SULPICIENS
L'année 1656 fut heureuse pour la colonie, et l'instruction primaire en particulier fit de notables progrès.
Les MM. de St-Sulpice, désireuse de continuer l'œuvre des Récollets et des Jésuites, vinrent s'établir à Montréal pour s'y consacrer à l'instruction de la jeunesse canadienne,
Les premiers Sulpiciens arrivés à Yille- Marie furent MM. Gabriel de Queylus, G-abriel Souard et Dominique G-alinée, prêtres, et M. A. Dallet, ecclésiastique, secrétaire de M. de Queylus.
M. Gabriel Souard, deuxième supérieur du Séminaire de St-Sulpice, fonda à Montréal en 1668, la première école primaire dont M. François de Belmont fut le premier maître. (1)
Nous lisons, dans le supplément de M. l'abbé F. Daniel, page 51 : " Pendant de longues années pour former et instruitre la jeunesse, le pays, à part quelques collèges! et quelques couvents, u'a eu que le prêtre qui, aidé de quelques pieux laïques, n'a pas cru se rabaisser en faisant l'école, à l'exemple du célèbre chancelier Gerson."
Nous voici arrivés à une époque de transition très importante. En 1686, plusieurs laïques formèrent une association et établirent en face du Séminaire de Montréal des écoles élémentaires pour l'instruction des garçons. (2) Les Sulpiciens aidèrent cette entreprise en fournissant le terrain sur lequel fut bâti une modeste maison d'école en bois. La carrière noble et méritante de l'instituteur était dès lors ouverte.
Plusieurs titulaires des écoles du Séminaire de Montréal furent admis plus tard dans les jangs du Sacerdoce.
(1) (2) J/eilleur.
Parmi ceux qui restèrent laïques on remarque MM. Dauphin, Bernard, Lafontaine, etc. etc; un peu plus tard, le Père Lucet qni tint alternativement l'école des garçons, au faubourg St- Laurent,et l'une des deux écoles établies en face du Séminaire.
Ce brave Père Lucet eut l'honneur de faire goûter du martinet à l'illustre Mgr. J. 0. Plessis, l'un des élèves les plus turbulents du grave magister. Le père Lucet, d'après le Dr Meilleur, était plus sévère qu'instruit et plus pieux qu'éclairé.
Le Séminaire de St-Sulpice, établi définitivement vers 1660, rendit de grands services à leducation primaire en protégeant les écoles tenues par des laïques qui trouvèrent dans cette institution, pendant près de deux cents ans, des soutiens assidus et des guides éclairés. Jusqu'à l'arrivée des Frères de la Doctrine Chrétienne, le Séminaire de Montréal fut le point de ralliement des instituteurs séculiers de la vaste région de Montréal. Ainsi, bien longtemps avant l'établissement des disciples du Bienheureux de la Salle en notre pays, les Messieurs de St-Sulpice, vaillamment secondés par des fonctionnaires du peuple, répandirent par toute la colonie les Ifoienfaits de l'instruction primaire.
petit séminaire de québec 1GGS
Le promoteur le plus puissant de l'éducation en la Nouvelle-France est sans contredit Mgr. de Laval. L'un de ses premiers soins en arrivant dans la colonie fut de pourvoir à l'instruction de la jeunesse. En 1668, cinq ans après la fondation de son grand séminaire, il établit le petit séminaire ou collège de Québec. Jusqu'à la cession, cette institution ne fut, à proprement parler, qu'une école préparatoire aux classes des Jésuites. (1)
Mgr de Laval fonda aussi à St-Joachim une autre école où l'on enseignait les arts et métiers, et où il voulait en outre former des instituteurs. Dans sa pensée, dit M. Chauveau, ce devait être à la fois une école normale, une école des arts et une école d'agriculture.
C'est donc à bon droit que l'école normale de Québec a reçu de ses généreux fondateurs et porte avec orgueuil le nom illustre du premier évêque de Québec. En accordant une si bienveillante hospitalité aux jeunes gens qui se préparent à l'enseignement, elle réalise.le plan de son auguste patron,
(1) Ferland.
questions diveses 13
Retour des Récollets Les Récollets ne revinrent à Québec qu'en 16*70- Ces religieux dévoués furent très utiles dans la suite comme instituteurs, surtout après la fermeture de l'Institut-Charron. (1) Cette dernière maison fondée en 1688 par un laïque qui lui donna son nom, devait recevoir les pauvres et les malades. Plus tard on y enseigna les arts et métiers et l'on y forma des instituteurs. Le roi de France accorda pour cette fin, en 1718, une subvention annuelle de 3,000 livres. Des difficultés de toutes sortes entravèrent l'administration de cet maison. Elle languit jusqu'en 1747. Des frères âgés et infirmes qui restaient à l'hôpital, donnèrent alors leur démission et devinrent euxmêmes les pensionnaires de Madame Youville et des Sœurs Grises qui les remplacèrent. (2)
Les Récollets, les Jésuites, le clergé séculier, les Sulpiciens et les instituteurs laïques furent donc les généreux apôtres de l'instruction primaire au Canada sous la domination française, Grarneau, parlant de l'état de l'éducation dans les premiers temps de la colonie, dit : " l'éducation des garçons fut abandonnée au
(1) Chauveau.
(2) Vie de Madame Youville, par M- Faillon.
clergé, qui fut le seul corps enseignant, à peu d'exceptiou près, avec les religieux sous la domination française. Le gouvernement ne s'occupa jamais lui-même de cet objet important. Soit politique, soit désir de plaire au sacerdoce en lui léguant renseignement, il laissa le peuple croître dans l'ignorance ; car alors, il faut bien le reconnaître, le clergé comme le gouvernement considéraient l'instruction populaire comme dangereuse et funeste à 'a tranquillité des Etats ; et le Canada fut encore moins exempt de ce préjugé malheureux que les autres pays, puisqu'il ne posséda jamais d'écoles de paroisses ; et que, chose inouïe, l'imprimerie n'y fut introduite qu'en 1764, ou 156 ans après son fondation." (1)
Notre historien national s'est mépris, croyons-nous, sur le rôle que le clergé a joué dans l'enseignement avant la cession. Que dans certains quartiers, tout comme de nos jours, il se soit trouvé des esprits étroits, cela est plus que probable ; mais que le clergé en général considérait alors l'instruction populahe comme dangereuse et funeste, nous le nions ; cette assertion est contestée par les faits inscrits dans nos annales pédagogiques. Mais M. Garneau est parfaitement dans
(i) Garneau, Hiat. du Can. vol. 1, p. 183.
le vrai, quaiid il condamne le rôle passif des gouvernements qui, sous le régime français, ne s'occupèrent pas de promouvoir l'instruction publique. Les autorités civiles voulaient avant tout la soumission aveugle des sujets. Et pour arriver à ce but il ne firent rien, ou à peu près rien, pour promouvoir les intérêts de cette belle cause. Si les représentants des rois de France eussent fait ouvrir un grand nombre d'écoles primaires, les Canadiens se seraient attachés d'avantage à l'agriculture ; comme les colons de la Nouvelle-Angleterre, qui dans les jours difficiles, trouvèrent leur salut dans cet amour du foyer constamment soutenu et développé par l'instruction.