CHAPITRE II
Enseignement de la langue maternelle : La lecture — Les leçons de <hos<s — Ltçcr.s intuitives de grammaire. — Les dictées. — L'enseignement oral de la géographie et de l'histoire. — De la rédaction.
Dans le chapitre qui précède nous uous sommes efforcés de démontrer combieu il serait désirable et opportun de remplacer le défectueux système de l'enseignement de la langue par la grammaire, par l'enseignement de la grammaire par la langue.
Ce dernier mode n'a rien de mécanique, et par lui on ne se contente pas de nourrir l'esprit des enfants seulement de mots, on le vivifie par la pensée, tout en le dévelopoant et le fortifiant par des exercices d'intelligence convenables, souvent répétés.
Des écrivains de mérite ont consacré leur vie et leurs talents à étudier et à préconiser ce système si favorable à l'instruction, à l'éducation morale et intellectuelle entre les mains de l'éducateur qui sait s'en servir.
Il serait trop long d'énumérer tous les noms des pédagogues illustres qui ont écrit sur ce BU-
jet. Qu'il suffise de nommer Pestalozzi, Cornenius, Froebel, Girard, Braun, Rendu, Pape — Carpentier, etc , etc
Ces noms offrent une garantie suffisante à tout instituteur qui désirerait entrer dans cette voie progressive de l'éducation, qui a non seulement pour but d'apprendre aux enfants à parler et écrire correctement, mais encore et avant tout à penser.
Cet enseignement mérite d'autant plus d'attention de la part de l'instituteur, que la langue maternelle est la plus importante de toutes les matières qui composent un programme d'éducation.
En effet, l'homme doit tout à sa langue maternelle : c'est par elle que la bienfaisante lumière de la raison est arrivée jusqu'à sa jeune intelligence encore enveloppée des ténèbres de l'enfance.
C'est à elle que le jeune homm3 est redevable de son avancement dans les sciences, les arts et l'industrie.
C'est elle qui procure à l'homme ces pures jouissances, ces douces joies que l'on éprouve autour du foyer parternel,
C'est elle qui fait connaître à un peuple ses grandeurs et ses malheurs passés.
Elle est le porte-étendard de la foi dans les pays chrétiens.
C'est à sa faveur que les rayons de la lumière divine du Sauveur pénètrent chez tous les peuples de l'univers.
En un mot, c'est elle qui conduit l'homme vers Dieu, en lui apprenant à le connaître, à l'aimer et à le servir.
Ah ! pour nous, Canadiens-français, cette belle langue que nous ont léguée nos pères est un trésor d'un prix inestimable !
Nous l'avons conservée au prix de grands sacrifices.
Nos luttes glorieuses du passé nous sont une garantie pour l'avenir.
C'est grâce à l'attachement profond que le Canadien professe pour sa langue/que le souvenir de son ancienne mère- patrie, la France, est resté si profondément gravé dans son cœur toujours français !
Il y a ici plus qu'une question de pédagogie, dit M. l'abbé Lagacé' dans un de ses rapports à l'Honorable surintendant de l'instruction publique :
"Le patriotisme et la religion y trouvent aussi leur compte. Nous ne resterons Canadiens.
français qu'à une condition ; c'est de nous attacher fortement à la langue de nos pères. Si nous nous donnons la peine de la cultiver, si nous avons soin de la parler et de l'écrire correctement, dans nos écoles surtout, nous acquerrons par là plus d'autorité pour nous faire respecter nous-mêmes d'abord et ensuite, pour faire respecter notre nationalité et notre foi.
" Or, qui dit canadien, dit catholique ; pour nous, ces deux mots sont synonymes.
;' C'est aussi ce qu'écrivait dernièrement un de nos journaliste ; " On n'est qu'à moitié canadien quand on n'est pas catholique."
Instituteurs, gravons profondément dans nos cœurs ces belles paroles, empreintes du patriotisme le plus pur, qu'écrivait il n'y a pas encore bien longtemps, le regretté M. Lagacé.
Dans le chapitre I du Livre Quatrième nous avons proposé non pas une innovation, mais un changement qui sans être nouveau, est cependant plein d'actualité.
Il est un principe fort sage et très accrédité, " qu'il faut toujours faire connaître les moyens d'appliquer le remède que l'on suggère, à cet effet, nous parlerons des moyens qu'il faut prendre pour rendre attrayant aux enfants l'enseignement de la langue maternelle.
Ces moyens sont aussi nombreux que les branches d'enseignement comprises dans un programme d'instruction publique.
Dans une école, l'instituteur doit s'appliquer à faire converger toutes les matières qu'il enseigne vers la langue maternelle.
Comme il est nécessaire que les efforts des individus composant une nation agissent dans un but commun d'activité, de même est-il nécessaire à l'école que les efforts que font les enfants pour étudier, comprendre et apprendre les matières qui s'y enseignent, tendent vers un but commun d'activité.
Ce but commun d'activité, vous l'avez coinpris, lecteurs, c'est renseignement de la langue maternelle.
De toutes les matières enseignées dans nos écoles, les suivantes sont celles qui offrent le plus de ressources pour renseignement intelligent de notre belle langue.
Les voici : 1. La lecture raisonnée, faite au point de vue de l'esprit de la langue et de la grammaire.
2. Les leçons intuitives de grammaire ; c'est-à-dire, renseignement de la grammaire par la lanarue.