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Quelques exercices fort simples de rédaction

Dans les quelques pages qui suivent, il est impossible de développer au long chacune de ces matières, nous nous contenterons de faire ressortir les nombreux et salutaires avantages qui résultent de la lecture faite au point de vue de la langue et de la grammaire. Nous bornant à une très courte analyse des cinq autres parties.

La lecture

Développer l'intelligence, former le cœur et l'esprit de l'enfant, augmenter son vocabulaire, lui inspirer le goût de la lecture sérieuse, et profitable, voilà à mon avis, ce que l'on doit se proposer en enseignant la lecture.

hi maître s'il sait faire lire, dit Rendu, exerce, sous toutes les formes, la faculté de penser. Il met en relief, en expliquant les mots, toutes les ressources de la grammaire. Si l'uniformité du livre de lecture existe, la leçon peut se donner

avec avantage et profit à toute la classe, dans le cas contraire, à chaque groupe en particulier.

Yoici de quelle manière l'on peut s'y prendre pour donner ces leçons :

Le maître doit d'abord lire le morceau d'une voix modérée et ferme, articulant et prononçant purement et énergiquement.

Puis, il s'appliquera dans un langage facile et simple, à faire sai-ir aux enfants le sens du morceau. Alors, il est temps de s'assurer par des questions habilement posées tantôt à un élève, tantôt à un autre, si ce que l'on vient d'expliquer à été bien compris.

Si la leçon se donne à un groupe en particulier, on devra faire lire à chaque élève une ou deux phrases, s'assurant qu'il en a saisi la pensée générale, qu'il en comprend parfaitement le sens et la valeur des mots qui la composent.

Et si la leçon se donnait à toute la classe, il faudrait se contenter de ne faire lire que quelques élèves, attendu que le temps manquerait pour faire lire tout le monde, vu que ces leçons ne doivent pas excéder quarante-cinq minutes. une heure tout au plus.

Il faut veiller avec vigilance sur la prononciation et l'articulation, et se bien garder de iu> pas laisser chanter les élèves.

Après que les enfants auront ainsi lu, l'on passera à la décomposition, au tableau noir, d'une ou deux phrases du morceau qui offrent le plus d'attraits pour l'analyse des mots.

Le maître lit une phrase, puis il l'écrit au tableau noir en caractères bien lisibles :

M. — Allons, Pierre, dis-moi ce qu'il y a d'écrit au tableau ? —Pierre lit la phrase suivante je suppose ; L es plantes avec leurs fleurs colorées* leurs feuilles et leurs fruits sont V ornement de la terre.

M. — A ton tour, Joseph (ici le maître s'adresse à un jeune élevé) dis-moi combien il y a de noms dans cette phrase ?

Joseph. — Il y a six noms, monsieur, plantes, fleurs, feuilles, fruits, ornement, terre.

M, — Pourquoi le mot plante, est-il un nom ?

Joseph. — Le mot plante est un nom parce qu'il désigne une chose.

L'on procédera de la même manière pour les autres noms de la phrase.

Puis on fera distinguer les différentes espèces de noms, le genre et le nombre de chacun d'eux, procédant toujours par intuition.

Yoilà le moment de donner la signification des mots : — On dira aux enfants, par exemple, que le mot plante est le nom par lequel on

désigne tous les végétaux ; leur dire ce que c'est qu'un végétal ; leur faire nommer quelques végétaux.

La fleur est la production des végétaux qui précède le fruit. Profitant de l'occasion, on fera nommer les différentes parties de la fleur.

Les enfants, toujours avides de nouveau, apprendront avec joie que dans une petite fleur on distingue d'abord le calice, puis, la corolle, les étaminés et le pistil.

De la même manière nous aurons une foule de choses intéressantes à dire sur les mots feuilles, fruits, terre, etc., etc., etc.

L'on ne doit pas passer à une autre phrase sans avoir fait remaïquer les difficultés d'articulation et d'épellation de certains mots.

Par example, le mot plante contient l'articulation double pi, le son an, l'articulation simple t, et le son simple e.

Faire remarquer que le mot feuille ne se compose que de deux parties : l'articulation simple/, et le son m mille euille.

Il ne faut pas perdre l'occasion non plus de faire distinguer les voyelles et les consonnes, ainsi que les différentes sortes dY.

Croyez-vous que cette phrase est épuisée ? lecteurs, détrompez- vous ; nous n'en avons vu qu'une partie bien minime, et c'est le plus beau qui nous reste à étudier.

Il nous reste encore la formation des familles de mots, au moyen de suffixes et de préfixes ; la découverte des contraires et des synonymes, la signification des homonymes, etc.

11 nous faut d'abord apprendre aux enfants qu'au moyen de lettres et de syllabes, appelées préfixes et suffixes suivant le cas, que l'on ajoute à certains mots, soit avant, soit après, l'on forme plusieurs autres mots qui sont de la même famille.

Par exemple, après avoir retranché e dans le mot plante, j'ajoute le suffixe ation, j'aurai plantation. Si au mot plante j'ajoute la lettre r, j'aurai le verbe planter, etc.

Après avoir terminé la formation de cette famille de mots, on peut faire remarquer avec à propos aux enfants, que le bon Dieu n'a pas créé les plantes seulement pour orner la terre, mais qu'elles servent aussi à nous nourrir et à nous vêtir. De plus elles fournissent la vie aux animaux.

Ainsi les enfants apprendront qu'en créant les plantes, le bon Dieu s'est plu à joindre l'utile à l'agréable.

Nous grouperons de la même manière la famille du mot Heur : ainsi du mot fleur nous aurons fleuraison ou floraison, épanouissement et développement de la fleur, l'époque où les fleurs fleurissent ; fleurdelisé, adj. ; fleurdetiser, v. ; fleurer V. ; fleuret, sorte d'épôe ; fleurette, petite fleur ; au figuré, propos galant, chanter fleurette ; fleuri, ie, adj. ; fleurir, v. ; fleuriste se dit d'une personne qui cultive les fleurs ; fleuron, vignette, ornement en forme de fleur ; fleuronné, orné de fleur, etc.

La famille du mot terre ; terrain, terrier, terrassier, terrasse, terrassement, terrasser, v. a., signifie remuer, transporter de la terre ; terrasser, v. a : jeter de force par terre, terrasser un adversaire ; terrasser, fig. consterner, faire perdre courage, cette nouvelle l'a terrassé.

Nous ferons trouver le contraire de fleurir ; faner.

Le contraire déplanter : arracher, etc., vie.

En dernier lieu, viendront les synonymes et l'explication des homonymes.

Ainsi, une seule phrase peut fournir matière à entretenir et amuser avec profit une classe entière, une heure durant !

Pendant ces leçons on ne remarque ni ennui, ni langueur, les moins avancés comme les plus instruits étant questionnés tour à tour.

Eh ! bien, si toutes les semaines une semblable leçon était donnée à l'école, quelle somme énorme de mots et d'expressions utiles cela ne représenterait-il pas au bout des quatre ou cinq ans que dure le cours primaire ?

L'instituteur qui se contente de faire lire tout simplement une page, deux pages de lecture chaque jour à ses élèves, sans leur donner la signification des mots, ne cherchant en aucune manière à leur faire saisir le sens et l'esprit de la phrase, l'idée mère du morceau, a-t-il atteint le but véritable de la lecture ? Certainement, non.

Que diriez vous d'un guide, conduisant des voyageurs à travers une ville. Rome, je suppose sans vouloir s'arrêter nulle part afin de donner une explication satisfaisante de telles ruines, de tels ou tels monuments, de certains endroits dignes d'attention ?

Yous diriez, évidemment, cet homme n'est

pas un guide véritable, et vous auriez parfaitement raison.

Ainsi donc, si l'instituteur, qui est le guide des enfants, se contente de les faire voyager

1VG l'enseignement primaire

à travers les aridités et la monotonie d'unelecture non comprise ; s'il multiplie ces leçons sans leur donner aucun intérêt, s'il n'explique pas certains mots dont l'élève ne connaîtra jamais la signification ; (cette connaissance du sens, de la valeur des mots est pourtant le secret de la diction) s'il ne s'arrête à certains termes capables d'intéresser l'écolier dont ils agrandissent le cercle des idées, n'agit-il pas exactement comme ce guide inepte, conduisant les touristes, à travers la Ville Eternelle, sans vouloir s'arrêter nulle part ?

Quels sont donc les fruits d'une telle lecture ?

Ils sont presque nuls, et les conséquences malheureusement en sont funestes.

Je dis que la lecture non expliquée, cette lecture si aride qui ne dit rien au cœur de l'enfant, produit des conséquences funestes.

Ne vous êtes-vous jamais demandé quelle était la cause de ce profond dégoût que l'on rencontre trop souvent chez nos jeunes gens pour toutes lectures sérieuses, pour toutes études profitables.

Retournons en arrière. Allons à l'école pri-

maire qu'ils ont fréquentée, c'est là trop souvent que nous découvrirons la cause de cette déplorable apathie.

Vous le savez, les bonnes comme les mauvaises habitudes se contractent le plus souvent dans le bas âge,

Par conséquent, c'est à l'école que devrait s'acquérir le goût de l'étude.

C'est à cette époque de la vie surtout, que les jeunes intelligences sentent le besoin impérieux de connaitre et de s'instruire, pour profiter avec discernement des ressources sans nombre que nous offre la nature.

Cependant, une multitude de jeunes garçons, après leur sortie de l'école, n'ont pas le courage d'ouvrir un livre utile, n'osent entreprendre aucune étude nécessaire à leur état, mais en revanche, éprouvent à dire ou entendre dire des choses insipides et insignifiantes, à savourer, comme de vrais Turcs, une demi douzaine de bonnes pipées de tabac canadien, bien plus de bonheur et de satisfaction qu'à lire quelques pages d'un ouvrage instructif et agréable..

Que devons-nous penser de cette verte jeunesse qui perd ainsi les heures les plus précieuses

de son existence à lancer des bouffées de fumée, image de ses jours, hélas ! qui s'envolent avec rapidité, sans laisser derrière eux aucune trace marquée au coin d'une intelligence développée.

Si beaucoup de nos jeunes gens ont en horreur toute lecture instructive, sommes-nous, instituteurs et institutrices des écoles primaires, sommes-nous, dis-je, complètement étrangers à ce triste résultat ? Ne négligeons-nous pas trop le développement de l'intelligence ? Ne sommesnous pas trop avares de ces explications qui sont absolument nécessaires à l'enfant pour qu'il comprenne ce qu'il apprend ou ce qu'il lit ?

A grands traits je retracerai les avantages nombreux et bienfaisants que procurent les leçons de ehoses, les leçons intuitives de grammaire, les dictées choisies el expliquées, et Y enseignement oral de la géographie et de C histoire.

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