‹ L'enseignement primaireChapitre 48 sur 51 · PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE

Avant de terminer ce Livre, nous croyons nécessaire de dire un mot sur la psychologie, c'est-à-dire sur cette partie de la philosophie qui. traite de l'âme, du moral et de l'intelligence.

Tout le monde sait que l'âme est le principe de la vie, et est douée de facultés morales,, intellectuelles et sensitives.

Ignorant comment il faut s'y prendre pour cultiver les facultés naissantes de son cher enfant, la mère n'est occupée qu'à l'instruire,, dit le religieux de Fribourg, elle ne pense pas du tout à faire de son instruction'une gymnastique de l'esprit. Cette ignorance est excusable. Mais chez l'instituteur de profession elle n'est pas tolérable ; car il est appelé à perfectionner les premières leçons de la mère.

D'après Montaigne, il s'agit pour l'instituteur de " forger les jeunes esprits en les meublant, et de les meubler en les forgeant." Mais pour meubler et forcer le cœur et l'esprit, il convient de connaître au moins l^s» éléments de {a psychologie.

Yoici la classification la plus rationnelle des facultés de l'âme :

Les facultés sen&itives, qui sont les seus externes, la vue. l'ouïe etc., et les sens internes, le sens commun, l'imaginative, l'estimative et la mémoire ; les facultés intell edives dont les piincipales opérations sont la perception, la réflexion, le jugement, le raisonnement et la mémoire intellectuelle ; les facultés appétitives dont la plus importante est l'appétit rationnel ou intellectuel, la volonté.

Le tableau qui suit, dont feu M. Lagacé se servait pour donner ses leçons de pédagogie raisonnée, facilitera la compréhension de ce qui ;préeède :

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Pour résumer : Le sens ou la faculté de percevoir tes impressions est une faculté tout à la fois passive et active ; passive en tant qu'elle reçoit les impressions ; active en tant qu'elle se les approprie pour en faire son profit.

L'imagination invente, c'est sa fonction. Pour inventer elle combine les divers matériaux que l'expérience lui a fournis, car il ne lui est pas donné d'en créer. L'imagination doit être cultivée dans l'éducation : mais elle doit en même temps être soumise à une sévère discipline, car elle est très sujette à s'égarer. Ce n'est pas à tort qu'on l'appelle la folle du logis. L'estimative : Au principe d'harmonie, qui est comme l'âme de notre âme, se trouve naturellement unie une échelle d'estimation. Ellefixe le prix des choses d'après les différentes qualités qui les distingue les unes des autres. (U

La mémoire : Elle est la faculté des souvenirs ; mais cette faculté fait un double travail. Toujours active, elle reproduit incessamment le passé, mais docile à nos ordres, elle interrompt les chaînes, pour nous remettre sous les yeux ce que nous demandons. La mémoire est encore une espèce de magasin où se rassemblent d'elles-

mêmes les diverses perceptions des sens et les diverses pensées qui ont été précédemment conçues. La puissance des souvenirs est toujours proportionnelle à la vivacité des impressions éprouvées, et à l'intérêt qu'elles ont inspiré. Tout le reste et comme écrit sur le sable mobile, s'efface bien vite, et ne laisse pas de traces. Les souvenirs ne s'entassent pas pêle-mêle dans le trésor qui les conserve. Ils s'y lient, et s'y rangent en bon ordre ; et c'est ce que la science de l'âme a nommé V associât ion naturelle des idées. (2) Il faut bien se garder de développer la mémoire au détriment des autres facultés. Ce système ne produit que des résultats futiles sans aucune utilité pratique. Faire apprendre des livres par cœur, c'es>t facile ; mais cela ne suffit pas. " L'esprit des enfants, dit un ancien, n'est pas un vase que nous ayons à remplir : mais un foyer qu'il faut réchauffer."

Trop de maîtres hélas ! ne s'occupent que du développement de la mémoire. Ils s'appliquent bien plus à gonfler cette faculté de mots et de dates qu'à orner l'intelligence, à former le cœur et à développer la volonté. C'est ce qui faisait dire à Buffon : " On a comparé l'éducation du

(2)D après !e Père Girard.

perroquet à celle de l'enfant : il y aurait souvent plus de raison de comparer l'éducation de l'enfant à celle du perroquet."

Montaigne reproche aux hommes de son temps de tomber dans le même défaut : " Le soin et la dépense de nos pères, dit-il, ne visent qu'à nous meubler la tête de science, de jugement et de vertu, point de nouvelles. Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire et laissons l'entendement et la conscience vides."

L'intellect, d'après Sanseverino, est la faculté qui a pour objet la compréhension des choses, en tant qu'elles sont immatérielles.

L'intelligence perçoit les idées, compare les objets fournis par l'expérience ; il juge de leur ressemblance ou différence ; il raisonne en allant du particulier au général ou du général au particulier.

L'appétit rationnel est un penchant à poursuivre un bien connu par la raison. Cette faculté n'est autre que la volonté. " La volonté, dit St-Thomas, est un certain appétit rationnel ." L'objet propre de la volonté, c'est le bi'-u pris absolument ou universellement.

Les instituteurs doivent s'appliquer surtout à donner une direction ferme et éclairée à la volonté et au caractère des enfants. De cette partie importante de l'éducation dépend bien souvent l'avenir de la jeunesse. La formation du caractère, répétait souvent le célèbre éducateur Rendu, est le but essentiel de l'éducation. Le caractère seul peut donner à l'homme cette rigidité morale qui l'empêche de s'écarter de la voie que son intelligence trace à sa volonté. Cet axiome " le caractère est à l'esprit ce que le lest est au navire ; il lui donne son équilibre et son aplomb, " est absolument vrai. L'éducation a pour fin de former les hommes, eh ! bien, elle doit donc, avant tout, se proposer de tremper le caractère. Et c'est dans l'humble école primaire que commence cette œuvre.

L'abbé Lagacé disait avec raison que l'âme humaine peut être comparée à un temple chrétien. Le cœur, la volonté, c'est le sanctuaire, le saint des saints. Ces colonnades magnifiques, ces riches portiques, ces nefs immenses, ces cinq portes qui y donnent entrée, ce sont les facultés végétatives, les sens externes, les sens internes et l'intelligence avec ses merveilleuses opérations.

Le grand moyen de former l'intelligence se réduit à ceci : " Faites penser tout haut, c'est-àdire faites parler vos enfants et vous remplirez un devoir impérieux envers eux et envers celui qui vous les a confiés. "(1)

(1) Braun.

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