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REFORMES SCOLAIRES

L'urgence d'améliorer la condition de l'instituteur saute aux yeux. Quand nous comparons les statistiques de notre province avec celles d'Ontario, nous sommes étonnés de la disproportion qui existe entre les salaires qui sont accordés respectivement aux fonctionnaires des écoles primaires du Haut et du Bas-Canada. Ainsi, les titulaires des écoles élémentaires, dans la province d'Ontario, reçoivent en moyenne un salaire de $400 ; chez nous, il est pénible de le dire, le salaire moyen que l'on accorde à un instituteur diplômé pour école élémentaire dépasse rarement la somme de $100. L?s instituteurs pour écoles modèles reçoivent en moyenne $250 ; les]directeurs d'académies. $300.

Et les institutrices pour écoles élémentaires ! Il appert, d'après les statistiques du département de l'instruction publique, qu'en moyenne ces dames reçoivent de $60.00 à $80.00 ; juste le prix d'une bonne cuisinière ; institutrices pour écoles modèles, de $100 à $125 ; une couturière habile gagne beaucoup plus que cela.

Chez nos voisins, les fonctionnaires du même degré sont payés généralement de $400 à $800.

Et voilà.

11 est facile de s'expliquer pourquoi le corps enseignant de la province de Québec possède un si grand nombre de nullités dans son sein. Nous l'avons déjà dit, et nous le répétons, jamais nos hommes dirigeants ne le sauront trop : aussi longtemps que le système d'engagement au rabais existera, aussi longtemps les instituteurs de mérite seront sacrifiés, et les petites maîtresses à «£15 encouragées.

Tant que ce déplorable état de choses durera, nous verrons les hommes sérieusement qualifiés s'éloigner de l'enseignement.

Après tout, comment peut-on exiger de celui qui a fait des études pédagogiques spéciales, à une école normale par exemple, qu'il se sacrifie durant toute une carrière pénible, souvent ingrate, pour un misérable pain quotidien ?

C'est là la stricte vérité ; avec la maigre pitance que les commissaires — bien souvent d'une libéralité plus que douteuse — donnent chaque année au pauvre maître d'école, il s»' procure tout au plus la nonrritu.e et des vêtements trèfi

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modeste. L'éducateur, eu uotre pays, se voit le plus souvent dans l'impossibilité de se procurer les joies pures et chrétiennes d'un foyer domestique.

La triste peinture que nous venons de faire de la situation de l'instituteur laïque dans la plus ancienne province de la Confédération est absolument vraie. C'est avec connaissance de cause que nous nous servons aujourd'hui d'un aussi sombre pinceau.

Donc, pour faire de l'enseignement une carrière véritable, il faut payer généreusement ceux qui se dévouent à l'éducation de l'enfance et de la jeunesse. Mais il faut aussi avoir le soin de bien choisir ces fonctionnaires ; qu'ils soient avant tout suffisamment qualifiés sous le triple rapport religieux, scientifique, et pédagogique.

Mais pour atteindre ce but, quel moyen faut-il prendre ? — 1. Protéger et aider de préférence les maîtres formés dans les écoles normales, et les instituteurs de mérite qui ont obtenu leur brevet d'un bureau d'examinateurs ;

2. liéformer le programme des bureaux d'examinateurs et en rendre plus sévères les examens, de manière que les pertes du professorat ne soient pas ouvertes à deux battants à tous ces

aspirants et surtout ces aspirantes de la onzième heure qui, à la faveur d'une série de questions apprises à la mode des perroquets, obtiennent un diplôme d'une valeur égale, suivant la loi, à celui qu'un homme sérieux mérite après des années d'études religieuses, scientifiques, méthodologiques et rationnelles. (1)

Un exemple fera mieux comprendre l'importance de cette réforme : il y a quelques années, non pas un siècle, dans une petite ville de notre province, existait, de par la grâce de Dieu et delà loi, un bureau d'examinateurs aussi généreux qu'expéditifs. Or, il arriva qu'un jour 90 aspirantes se présentèrent/devant leurs juges légaux pour obtenir, los unes un diplôme pour école élémentaire, les autres un diplôme pour école modèle. Mais, fort heureusement pour les timides jeunes filles, M M. les examinateurs étaient très affairés ce jour-là et firent tant et si bien qu'après deux longues heures d'interrogation, 90 lauréats sortirent triomphantes, diplôme en main, des salles de tortures ! (2)

(1) Mais je vois tous les jours le mal causé par des maîtres peu capables qui font perdre le temps et l'argent des élèves.

A'aisje sais lo. qu'il faut une 7oeation spéciale pour enseigner, et qu'elle est nioius commune qu'on ne le pensa ; 2o, que la distribution des diplômes faite aux bureaux d'examinateurs multiplie les instituteurs sans vocation ; So. «lue les écoles normales, eu éloignant ceux qui ne l'ont pas, rendent nn véritable service.

M . l'Abbé 11 A. Vkkukaw.

(2) (.'• fait nous a été raconté par UU homme qui suit de près le mouvement de l'instruction primaire en notre pays.

Que Ton juge maintenant si parmi cette fournée d'éducatrices en herbe, il y en avait un grand nombre capables de former une jeunesse chrétienne, virile et pratiquement instruite.

Ce que nous venons de dire n'est pas dans un but hostile aux bureaux d'examinateurs, au contraire.

Nous sommes de ceux qui croient en l'utilité de ces institutions, mais à la condition indispensable que les examens soient pratiques, sérieux et efficaces ; que ces bureaux ne soient pas des ouvertures créées exprès pour introduire dans le champ vaste et noble de l'enseignement une nuée d'éteignoirs, nuisibles à tous les points de vue au progrès de l'instruction primaire en Canada.

Puis, le seul fait que les quatre cinquième au moins des fonctionnaires de l'enseignement primaire de notre province sont des femmes, ne constitue-t-il pas une anomalie des plus criantes ? Tous les pédagogues s'accordent à dire que pour former une génération d'homme virils il faut des hommes comme éducateurs. Que les femmes forment des femmes, cela ce conçoit. Mais ce qui ne se comprend pas aussi bien, c'est que l'éducation des garçons soit confiée a de jeunes filles.

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Si nous laissons nos fils sous la tutelle de iîllettes, dans vingt ans nous aurons une génération d'hommes sans énergie et sans caractère. Confions donc le développement intellectuel et la formation morale des garçons aux instituteurs et l'éducation des filles aux institutrices. (1)

Nous espérons que ceux qui sont chargés de la hante mission de diriger la nationalité canadienne dans les deux grandes voies, intellectuelle et matérielle, se feront un devoir de corriger au plus tôt les défectuosités de notre système d'éducation.

C'est un devoir sacré dont l'accomplissement doit être cher à tout cœur catholique et canadien-français.

(1) D'après le dernier rapport de l'hoo, surintendant de l'Instruction publique de Québec, il appert que les écoles et maisons d'éducttion de tout genre en notre province sont dirigées par 6,850 titulaires. Sur ce nombre, 1,393 sont des hommes et la différence, 5,457 sont des femmes.

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