‹ L'enseignement primaire dans les pays civilisesChapitre 139 sur 219 · DANS LES ÉCOLES INDÉPENDANTES · texte numérisé non relu

DANS LES ÉCOLES INDÉPENDANTES

Catholiques.

Gar-

FiUes.

Filles.

Total.

général

Ontario.

1° Historique. — Dès les premiers temps de la colonisation, les loyalists qui étaient venus des États-Unis, après la constitution définitive de cette république, chercher un asile sur la terre cana-

dienne ont eu des écoles. La législature accorda à ces écoles des subventions en terre et en argent et vota en 1816 la première loi sur renseignement, et en 1823 la création d'un Board of éducation pour la province. En 1842, on comptait 1 721 écoles publiques {Common schools) et 65 978 élèves. En 1844, le rév. Egerton Ryerson fut nommé surintendant et, pendant les 33 années qu'il exerça cette fonction , il organisa le système des écoles qui caractérise la province d'Ontario et qui, au moment de sa retraite, en 1876, a figuré très honorablement à l'Exposition imiverselle de Philadelphie. Par la loi de 1850, complétée en 1853, il régla le système général qui autorise les écoles séparées pour les protestants, les catholiques et les gens de couleur; par celle de 1871, complétée en 1874, il rendit l'instruction primaire gratuite et obligatoire. En 1876, la fonction de surintendant fut supprimée et la direction de l'enseignement fut confiée à un membre du gouvernement qui prit le titre de ministre de l'éducation. A la fin de l'administration de M. Ryerson en 1873, l'Ontario possédait 4 662 Common schools avec 438 911 élèves et 170 écoles catholiques séparées avec 22 073 élèves.

2° État légal et organisation administrative. — Le ministère (Department) de l'éducation est chargé de l'exécution de la loi scolaire. Le ministre de l'éducation a sous son autorité les jardins d'enfants, les écoles publiques, les écoles du soir, les écoles supérieures {Iliijh schools) et les Instituts (Collégiale Institutes)^ les écoles d'art, les écoles modèles de comté, les écoles normales, les écoles de pédagogie, les Instituts d'instituteurs, les Instituts d'ouvriers (iMechanic's Institutes)^ les écoles industrielles. 11 a le pouvoir de faire les règlements nécessaires pour administrer ces établissements, fixer les examens, déterminer les fonctions et les devoirs des inspecteurs, des examinateurs et des instituteurs, etc.

Il est assisté d'un conseil de l'éducation {Committee of Council on éducation) composé du premier ministre, du ministre de l'éducation et d'autres membres élus pour deux ans. Ce conseil fait les règlements pour les écoles publiques, prescrit les livres de classe, nomme les inspecteurs des High schools, les examinateurs, etc.

Dans chaque comté, le conseil du comté doit nommer un inspec^ teur des écoles primaires; la province n'a pas voulu remettre le soin de cette nomination à l'élection populaire qui ne paraissait pas lui offrir assez de garanties sous le rapport de la capacité professionnelle. Il faut avoir subi des examens, enseigné pendant cinq ans au moins, dont trois ans dans une école publique. Les comtés

qui ont plus de 120 écoles doivent avoir deux inspecteurs. L'inspecteur inspecte les écoles, fait appliquer les règlements et répartit les subventions. Il y a 76 inspecteurs des écoles publiques, deux inspecteurs des écoles séparées et un inspecteur des écoles modèles de comté.

Au-dessous des conseils de comté sont les conseils de township, de ville ou de cité qui ont le pouvoir de créer dans les sections des School boards. Chaque section d'école est administrée par un bureau (Board of trustées)^ de trois membres élus par le peuple ; ce bureau fixe les taxes à payer pour l'entretien des écoles. Quand, dans une cité, le bureau des écoles primaires et des écoles supérieures est réuni, il prend le titre de Board of éducation.

Dans le système de l'Ontario, l'enfant entre à quatre ans au Kindergarten, à six ans à l'école, à treize à la High school, à dix-sept ou dix-huit à l'Université où, à vingt-deux ans environ, le jeune homme peut obtenir le grade de bachelier es arts. C'est un principe du système d'éducation nationale de l'Ontario de ne donner de privilèges ni à une classe de personnes, ni à une religion : « Le riche et le pauvre sont confondus. »

Les écoles privées n'ont réussi que par exception. La High school a été surnommée le Collège du pauvre, parce que l'État n'y demande qu'une légère rétribution et dans beaucoup de cas n'en demande aucune.

La province d'Ontario est divisée en comtés, les comtés en townships, villages constitués, villes et cités. Les comtés sont obligés de subventionner les High schools et de contribuer dans une certaine mesure à l'entretien des écoles publiques. Chaque toionship est divisé en districts scolaires ou sections d'écoles. Chaque section, village constitué, ville ou cité a un Board of trustées élu par les contribuables (hommes et femmes) qui a pleins pouvoirs pour lever la taxe d'école sur les habitants, proposer des candidats pour la nomination des instituteurs, régler les dépenses de construction et de traitement ; la nomination appartient au conseil de comté. C'est au gouvernement qu'il appartient de délivrer les brevets aux instituteurs, d'autoriser les livres de classe, de fixer les programmes et de déterminer les devoirs des inspecteurs et des instituteurs.

L'État n'a aucun rapport avec la religion et aucun corps religieux n'a voix dans l'administration des écoles ; mais, quoique aucune doctrine religieuse ne soit positivement enseignée dans ces écoles, l'éducation s'inspire de la pensée chrétienne.

Les classes commencent le matin par une prière et se terminent le soir par la lecture des Saintes-Écritures et par la prière ; aucun élève n'est obligé d'assister à ces exercices. Les ministres des différents cultes peuvent, une fois au moins par semaine, après la classe (à 4 heures), donner dans l'école l'enseignement religieux aux enfants de leur confession. Un catholique ne peut pas être contraint à fréquenter une école protestante et réciproquement.

Le Biitish North America ad, qui a constitué le Dominion of Canada y garantit aux catholiques de l'Ontario certains privilèges d'éducation, et une loi les autorise, ainsi que les protestants, à ouvrir des « écoles séparées » dans lesquelles les exercices religieux s'ajoutent au programme officiel de l'enseignement. Ces écoles séparées ont droit, comme les autres, à leur part dans les taxes locales et dans les subventions du gouvernement.

Une loi, votée en 1891, a établi l'obligation (qui existe depuis 1871) pour tous les enfants de 8 à 14 ans, à moins qu'ils ne reçoivent l'instruction dans leur famille où qu'ils ne soient incapables de la recevoir. Le gouvernement a jugé que, si la communauté avait le devoir d'entretenir des écoles élémentaires gratuites et si toute personne supportait une taxe pour cet entretien, l'obligation était nécessairement le corollaire de ce système .

Des inspecteurs du vagabondage (truants officers) obligent les enfants qui traînent dans les rues à aller à l'école et dénoncent les personnes qui emploient des enfants de moins de 14 ans.

L'Ontario se targue d'avoir réussi beaucoup mieux que les États- Unis à placer l'aduiinistration des écoles en dehors des influences politiques. En effet, les School trustées ne peuvent pas être pris paimi les membres de la municipalité ou du conseil du comté ; les inspecteurs ne sont pas élus par le peuple et personne ne peut obtenir ce titre sans s'être élevé au plus haut grade comme instituteur public. Cependant, il suffit de lire la dernière phrase de la brochure officielle par laquelle le ministre expliquait son système d'éducation à propos de l'Exposition universelle de Chicago pour s'apercevoir qu'il existe un certain antagonisme de race et de religion qui n'est pas sans portée politique \

1. « No narrow patriotism characterizes Ihe inhabitants of Canada. Wliile acknowledging Ihe rich héritage which is theirs as the most valuable of Brilish colonies, they esteem it of great value and importance to cullivate and préserve the most friendly relations with the entiro english speaking race. Settled, as the province has been, by people of différent nationalities and religions, a high regard for the broad principles of Ghristianity has enabled its citizens to work ont the educational problem in such

Les jardins d'enfants {Kinder g arien) du Board of trustées sont fondés par décision, un dans chaque section. En 1893, il yen avait 66 établis dans des villes, ils comptaient 6 375 enfants dont la moitié à peu près étaient présents.

Chaque section de township a une école publique, rarement deux, qu'administre un board de trois trustées élus pour trois ans. Chaque cité, ville ou village incorporé qui peut posséder plusieurs écoles est administré par un board de six trustées et plus. Il y a beaucoup de grandes et belles écoles urbaines. Toutes les écoles publiques sont entretenues au moyen de la taxe payée par les contribuables de la circonscription et d'une subvention de l'État, et, pour les écoles rurales, d'une subvention du township. L'instruction y est gratuite depuis 1871.

Les trustées, comme je l'ai dit, fixent le taux de la taxe, gèrent les fonds, établissent les écoles, proposent les candidats au poste d'instituteur, construisent les écoles en les aménageant conformément aux règles générales prescrites par le ministre.

Les règlements généraux obligent les instituteurs à tenir un registre de présence à chaque classe et un registre d'inscription, à ouvrir toujours leur école aux trustées, aux visitors d'école de la section et aux parents, à faire tous les ans un examen public des élèves sortants ; ils doivent visiter les classes quinze minutes avant l'entrée des élèves, s'assurer des conditions hygiéniques, défendre l'usage de livres de classe non autorisés, prescrire la langue anglaise pour tous les exercices. Cependant, dans les sections où la majorité de la population parle le français ou l'allemand, l'inspecteur peut autoriser, outre les livres réglementaires anglais, des livres en français ou en allemand.

Le cours d'études primaires comprend cinq années. Les matières de la première année sont la lecture, l'épellation et l'écriture, quelques notions orales de géographie et de grammaire, l'arithmétique, le dessin au tableau noir ; celles de la cinquième année comprennent la lecture accentuée, la grammaire, la composition et la rhétorique anglaise, la poésie anglaise, l'histoire du Canada et de

a way as to destroy largely the evils of bigotry and intolérance, and give rise under a non-denominational system to a happy, prosperous and intelligent and at the same time moral and « (iod fearing » people ». Il paraît que l'impartialité n'est pas partout scrupuleusement observée pour l'emploi des deux langues et que dans certains comtés de population mixte, comme ceux de Glengarry, Essex, Kent, on exclut parfois le français, malgré les réclamations des familles et quoiqu'il y ait autant d'enfants de langue française que d'enfants de langue anglaise.

l'Angleterre, surtout au xix* siècle, la géographie, l' arithmétique et la géométrie élémentaire, renseignement commercial ou agricole, le dessin à main levée. Il y a, en outre, des matières facultatives, comme Talgèbre ; dans chaque année, Thygiène, la gymnastique, la musique, Tinslruction morale et religieuse font partie du programme, ainsi que les récitations du vendredi.

Les élèves notés comme ayant une préparation suffisante peuvent, à la fin de la cinquième année, subir un examen et entrer à la High school.

Le nombre des maisons d'écoles publiques était en 1892 de 5876, dont 549 en pierre, 2 218 en briques, 2 490 en planches et 619 en bois brut.

Le traitement des instituteurs est en moyenne de 907 piastres, et celui des institutrices de 396. Dans les cités il peut s'élever jusqu'à 1 500 piastres au maximum ; il est de 386 et 268 dans les campagnes.

Un élève coûte en moyenne 8,34 piastres : 13,57 dans les cités, 7,25 dans les campagnes.

Le nombre total des élèves de l'enseignement primaire (écoles publiques et écoles séparées), qui était de 491 741 en 1891, se répartissait ainsi entre les cinq cours :

On voit que les trois premiers sont suivis par la majorité des enfants et que peu d'élèves restent jusqu'en cinquième année.

Les catholiques paient la taxe d'école comme les protestants, à moins qu'ils n'entretiennent une école séparée. Le terme Separate school s'applique d'ailleurs aux protestants et aux personnes de couleur aussi bien qu'aux catholiques, mais en réalité, il n'y a que les catholiques qui aient usé de ce droit. Pour créer une école de ce genre, il faut que cinq pères de famille au moins s'entendent en vue d'entretenir l'école ; dans ce cas, ils sont dispensés de payer la taxe pour l'école publique. C'est pour leur école qu'ils paient ; cette école est administrée par des trusleesy reçoit les subventions du gouvernement en proportion du nombre de ses élèves, suit à peu près les mêmes programmes que l'école publique et est placée sous

l'autorité des inspecteurs. Il y en a dans les villes et dans quelques districts ruraux, surtout dans l'Ontario oriental où les Français sont nombreux.

Les High schools et les Collégiale institutes (au nombre de 124 en 1891), où l'enseignement est un peu plus élevé, appartiennent, comme aux États-Unis, à l'enseignement secondaire.

Les Mechanic^s institutes (au nombre de 1 233 en 1891) et les Art schools (au nombre de 77 en 1891) sont des associations privées qui possèdent des bibliothèques, des salles de lecture et font des cours du soir.

L'Ontario se vante de posséder un système complet de préparation de ses maîtres, parce qu'on y est convaincu que pour enseigner dans une école publique ou une High school il ne suffit pas d'avoir fait des études, mais qu'il faut en outre avoir reçu une préparation spéciale de pédagogie ; c'est pourquoi il exige de ses maîtres de tout degré trois conditions : les études générales, la connaissance des principes de la pédagogie et un stage dans l'enseignement.

Il y a des cours de préparation (training schools) dans les Kindergàrten et dans les écoles modèles de comté, où l'on forme les maîtres de troisième classe (il y avait, en 1891, 1 323 élèves-maîtres dans les 60 écoles modèles). Il y a deux écoles normales, une à Toronto et l'autre à Ottawa ; on n'y est admis que par examen, après avoir subi l'épreuve de sortie de la classe des Junior dans une High school et avoir exercé au moins un an comme instituteur de troisième classe-, une école modèle est annexée à l'école normale. Les deux sexes sont admis à l'école normale, mais les jeunes filles et les jeunes gens ne peuvent être admis dans la même pension. En 1891 les deux écoles normales réunies avaient 107 élèves-instituteurs et 321 élèves-institutrices. Il y a, en outre, à Toronto une école de pédagogie dans laquelle sont formés les maîtres de première classe des écoles publiques, les assistants et principaux des High schools et Collégiale institutes et les inspecteurs ; cette école compte une centaine d'étudiants.

Tous les ans, pendant les vacances de Pâques, se tient un congrès d'instituteurs que des pédagogues qualifient d'educational parliament et pour lequel la législature donne une subvention de 200 piastres. Dans chaque comté ou district d'inspection, il y a un Teacher's institute qui reçoit une subvention de 25 piastres de l'État et autant du comté; ils se réunissent au moins une fois par an, tous les mois dans certaines villes ; les inspecteurs dirigent d'ordi-

Page 1