V. — Manitoba
1° Historique. — Lorsqu'en 1818 l'évêque de Québec envoya, sur rinvitation de lord Selkirk, fondateur de la colonie d'Assiniboia, les premiers missionnaires qui se fixèrent à Saint-Boniface, il leur recommanda l'éducation chrétienne des enfants et l'établissement d'écoles et de catéchismes.
En efTet une église et une école furent bâties sur le terrain concédé aux missionnaires sur le bord de la rivière Rouge ^ . Après la mort de lord Selkirk, la Compagnie de la baie d'Hudson rentra en possession du territoire d'Assiniboia ; elle fit à un ministre et à un instituteur envoyés par la Chwch Missionary Society une concession de terres semblable à celle qui avait été faite aux missionnaires catholiques, et une église et une école protestantes furent fondées en 1820 sur les bords de la rivière Rouge. La Compagnie donna, à partir de 1825, une subvention aux deux confessions ; le conseil d'Assiniboia accorda aussi plus tard quelques subventions pour les écoles.
Lorsqu'en 1870, à la suite de troubles et d'une insurrection qui durèrent trois ans, le pays entra dans le Dominion of Canada sous le nom de province de Manitoba, les habitants demandèrent que les écoles catholiques et protestantes restassent séparées, et l'acte de Manitoba, qui est la charte de cette union, sanctionna cette
1. En 1818, les sauterelles ayant entièrement détruit la récolte, les habitants durent alors chercher dans l'ouest des moyens d'existence en chassant le bison ; un instituteur les suivit et une école fut fondée à Pembina.
demande en portant que « dans la province, la législature pourrait exclusivement décréter des lois relatives à l'éducation, mais que rien dans ces lois ne devrait préjudicier à aucun droit ou privilège conféré, lors de l'union, par la loi ou par la coutume, à aucune classe particulière de personnes, dans la province, relativement aux écoles séparées» (art. XXII).
Le nouveau gouvernement fit la loi du 27 avril 1871 : « Acte pour établir un système d'éducation dans la province » (sanctionnée le 3 mai 1871), par laquelle l'organisation générale des écoles communes ou élémentaires était confiée à un conseil général ou bureau d'éducation divisé en deux sections, l'une protestante, l'autre catholique, chacune d'elles ayant sous son contrôle respectif l'administration des écoles établies, entretenues et fréquentées par les membres de sa section. Dans ce système, les écoles catholiques n'étaient pas seulement des écoles séparées, comme dans la province d'Ontario, mais elles composaient un système d'écoles placé sur le pied de complète égalité avec les écoles protestantes. Chaque conseil particulier avait sous son contrôle et son administration les écoles de sa section (art. X). Cette loi fut confirmée et complétée par plusieurs autres, depuis la loi du 5 mars 1872 jusqu'à l'acte des écoles de Manitoba de 1881.
L'accroissement de la population finit par donner la majorité aux protestants et, avec la majorité, le pouvoir de légiférer. En 1875, il avait été justement décidé que la somme votée par la législature pour les écoles élémentaires serait divisée entre les deux sections du conseil proportionnellement au nombre d'enfants de 5 à 16 ans résidant dans chaque arrondissement scolaire. D'après la loi de 1881, l'établissement d'un district scolaire ne devait pas être un obstacle à l'établissement d'un district scolaire d'une autre confession dans le même lieu, et les contribuables devaient payer leurs taxes exclusivement aux écoles de leur confession respective. Mais la lutte entre l'élément anglais et l'élément français était engagée. La loi scolaire a été plusieurs fois modifiée (1872, 1873, 1875, 1876) et en 1890 le parlement a voté la suppression de la langue française dans les actes publics et la loi du 1" mai 1890 relative au département de l'éducation. Les catholiques ont réclamé : récemment un avis du conseil privé de Londres a déclaré « illégaux et inconstitutionnels » les décrets du gouvernement du Manitoba et le gouvernement d'Ottawa a fait signifier ce jugement à Winnipeg.
En 1896, sons le ministère de M. Lanrier, il a été décidé que l'enseignement religieux pourrait être donné tous les jours pendant une demi-heure dans les écoles, si la majorité des conseils admi- I nistratifs de ces écoles y consentait ou si la demande était faite par un certain nombre de parents (10 dans les districts ruraux, 25 dans les villes), et que, si les enfants d'une même classe appartenaient à deux religions, la moitié de la semaine serait affectée à l'enseignement du protestantisme et l'autre moitié à celui du catholicisme.
2° État légal et organisation administrative. — Cette loi a supprimé le bureau d'éducation et ses deux sections et l'a remplacé par un Département de l'éducation qui fait fonction de conseil exécutif; uu bureau des ayiseui's { A dvisory board) a été créé et chargé de choisir les livres de classe ; les nouveaux inspecteurs nommés ont été en fait tous protestants ; l'école normale catholique a été supprimée. Les écoles publiques ont dû être toutes no-sectarian, c'est-à-dire qu'on ne doit pas y enseigner le dogme particulier d'une religion : mais l'oraison dominicale, la lecture de la Bible, l'enseignement des dix commanrlements de Dieu sont prescrits et cet enseignement, qui suffit d'une manière générale aux protestants, ne satisfait pas les catholiques ; ceux-ci se plaignent d'être victimes d'une transformation qui est contraire au texte de la charte de 1871 et n'est no-sectarian qu'en apparence.
De leur côté les inspecteurs déclarent que le but de l'école est de former la moralité autant que de donner l'instruction. « The whole System of government tends to develop the power of self control, » écrivait en 1894 le surintendant de Winnipeg. Les nouvelles écoles nationales ont seules le bénéfice d'être entretenues par les taxes des contribuables. Il y a un parti au Manitoba, comme aux États-Unis, qui demande la sécularisation complète de l'école; le clergé protestant est opposé à ce dessein. Il y a aussi mi parti qui demande que l'instruction primaire devienne obligatoire.
L'application du régime de 1890 a donné lieu à deux procès qui ont été en appel jusqu'au conseil privé, lequel a décidé que les écoles nouvelles publiques du Manitoba étaient no-sectarian.
Le pays est divisé en districts scolaires lesquels étaient, en 1894, au nombre de 916 \ Les écoles publiques étaient au nombre de 884, dont 627 en bois. Le traitement des maîtres est en moyenne de 632 piastres dans les villes et de 480 dans les campagnes.
1. La statistique comptait 426 districts en 1885 et 719 en 1890. Compte-t-elle les districts qui n'avaient avant 1890 que des écoles catholiques?
l'p:nseignement primmre. 23
L'enseignement dans les écoles nationales publiques est donné en anglais ou en français. C'est surtout sur les bords des rivières Rouge, Assiniboine, Seine et Rat que se trouvent les écoles françaises; en 1892, l'inspecteur constatait que les 3/5 de ces écoles étaient installées dans des maisons en bois, qu'elles étaient tenues en général par des institutrices dont le salaire était très faible, qu'on y apprenait en général l'anglais, qu'il y avait peu de garçons dans les classes supérieures.
En 1892, l'école normale (la seule qui subsiste depuis 1890) avait 60 élèves pour le cours développé et avait eu 153 étudiants dans les six cours sommaires de l'année.
Le nombre des aspirants de toute provenance qui avaient obtenu un diplôme ou un certificat d'instituteur était de 777 dont 8 seulement de première classe.
3"" Ressources financières. — En 1892, les dépenses totales des écoles publiques primaires s'élevaient à 735 298 piastres : 291 329 pour le traitement des maîtres, 399637 pour les bâtiments et le matériel, 44332 pour le chauffage, etc.
Il y avait, outre les 98538 piastres de subvention que l'État donnait aux écoles, les dépenses d'instruction (8 851 piastres), d'inspection (2081 piastres), celles de l'école normale (5 816 piastres), etc., qui sont à sa charge.
L'État a dépensé en tout 119 920 piastres. Les taxes municipales ont produit, d'autre part, 262297 piastres.
En 1894, la dépense totale était portée dans le rapport officiel pour 774865 piastres.
4° et 5° Établissement de la statistique et publications. — Depuis la loi de 1890, le département de l'éducation reçoit tous les ans les rapports des surintendants et inspecteurs des écoles publiques et rédige un rapport général qui est adressé au lieutenant-général.
Le dernier rapport, brochure de 91 pages, est intitulé : Report of the department of éducation, Manitoba, for the year 1894.
Ecoles nationales publiques.
ANHÉBS.
NOMBRE
des écoles.
ANKÉBS.
NOMBRE
(les écoles.
1883 (écoles protestantes). . . .
1885 id. ....