‹ L'enseignement primaire dans les pays civilisesChapitre 148 sur 219 · I. — Historique · texte numérisé non relu

I. — Historique

Les colonies de la Nouvelle-Angleterre ont eu de bonne heure des écoles publiques et gratuites, en partie du moins ; les puritains considéraient comme un devoir social d'instruire le peuple, afin de le mettre en état de chercher dans l'Évangile la raison de sa foi religieuse et la direction de sa conduite morale.

Dès 1642, un statut de la Cour générale de la colonie du Massachusetts^ ordonna aux autorités municipales de veiller à ce que tous les enfants reçussent l'instruction. L'ordre fut renouvelé en 1647 avec injonction, sous peine d'amende, pour tout town contenant au moins cinquante familles, de payer un maître qui enseignât la lecture et l'écriture, et, pour tout town comptant au moins cent familles, d'avoir une Grammar school^.

1. Les principales sources de ce chapitre sont les rapports annuels (Reports of ihe Commissioner of éducation), particulièrement le rapport de 1892-1893 qui contient, à propos de l'Exposition universelle de Chicago, de nombreux renseignements sur riiistoire des écoles et sur le système pédagogique; les circulaires {Circulars of information) du Commissaire de l'éducation, et les rapports annuels ou biennaux des surintendants des écoles publiques dans chaque État et dans quelques grandes villes. Voir aussi le rapport du Comité des quinze institué par la National educational Association, de Boston. Parmi les ouvrages français qui ont traité spécialement de l'éducation aux États-Unis je citerai seulement deux volumes qui sont le résultat de missions données par le Ministre de l'instruction publique, et dout le second est l'exposé le plus méthodique et le plus complet que nous possédions sur l'enseignement primaire aux États-Unis : L'Instruction publique aux États-Unis, Écoles publiques. Collèges, Universités, Écoles spéciales; rapport adressé au Ministre de l'instruction publique par M. G. Hippeau ; 1 vol. in-S», 1870, et Rapport sur l'instruction primaire à l'Exposition universelle de Philadelphie en 1876, présenté d M. le Ministre de l'inslruclion publique au nom de la Commission envoyée par le Ministre à Philadelphie, par F. Buisson, président de la Commission ; l vol, in-8°, 1878.

2. A propos de l'Exposition universelle de Chicago, le Board of éducation du. Massachusetts a reproduit le fac-similé du texte manuscrit des statuts de lt;42 et de 1647.

3. En 1635, le peuple de Boston avait déclaré, par un vote, qu'il était nécessaire d'avoir une école, et demandé au frère Philemon Purraont « lo become school masler for the teaching and nursering of children » ; l'année suivante, quelques fonds avaient été réunis par souscription volontaire et Daniel Maud avait été chargé de conduire l'école. Eu môme temps, la Cour générale avait attribué 400 dollars pour

Le journal de Winthrop constate que, dès 1635, il existait à Roxbury, à Boston, etc., des écoles entretenues par des contributions volontaires ou par des taxes imposées sur les habitants. Harvard Collège fut fondé en 1636. La constitution du Massachusetts (1780) consacra ce système, en déclarant que Téducation de toutes les classes de la nation était nécessaire pour le maintien de la liberté, et, en 1789, la législature obligea tout towti à entretenir une école pendant six mois de l'année et à enseigner l'orthographe, la lecture, l'écriture, la grammaire anglaise, la géographie. Bientôt après, les écoles furent dotées d'un terrain dans chaque town.

Les autres colonies de la Nouvelle-Angleterre votèrent, sous la même influence, des lois du même genre et possédèrent aussi des Common schools, placées le plus souvent sous l'autorité dii-ecte ou indirecte du clergé et consacrées presque entièrement à l'éducation religieuse de l'enfance : l'Ancien et le Nouveau Testament, le Psautier, le catéchisme y furent longtemps les seuls livres en usage.

Ce n'est qu'après la proclamation de l'indépendance que le sys-

la construction d'une école. L'ordonnance de 1G42 enjoignit aux selectmen de chaque town d'avoir « a vigilant eye over their brethren and neighbors, lo see, ' lirst that none of lliem shall suifer so mucli barbarism in any of their families as not to endeavour to teach, by themselves or others, Iheir children or apprentices so much Icarning as may enable them perfectly lo read the English longue and knowledge of the capital laws, upon penalty of twenty shillings therein ».

L'ordonnance de 164 7 est ainsi conçue :

« It being one cliiefe project of tliat ould deluder, Satan, to keepe men from the knowledge of the Scriptures, as in former times by keeping them in an unknowne longue, so in thèse latter times by persuadiug from the use of longues, that so nt least the trne sence and raeaning of the originall might be clouded by false glosses of saint seeming deceivers, that Icarning may not be buried iu the grave of our fathers in the Church and commonwealth, the Lord nssisting our endeavors ;

« It is therefore ordered, that evcry lownship in this jurisdiclion, after the Lord liath increased them to the number of 50 householders, shall then forthwith appoint one within their towne, to teach ail such children as shall resort to him to write and read, whose wages shall be paid either by the parents or master of such children, or by the inhabitants in général!, by way of supply, as the major part of those that order the prudentials of the towne shall appoint; Provided, those that send their children be not oppressed by paying much more than they can hâve them taught in other lownes ;

« And it is further ordered that where any towne shall increase lo the number of 100 families of householders, tliey sliall set up a grammar schoole, the Master thereof being able to instruct youlh so farr as they may be lited for the university ; Provided, thaï if any towne neglect the performance hereof above one yeare, every such towne shall pay 5 s. to the next schoole lill ihey shall perform ihis order, » {Mass. Coll. Records, vol. II, p. 203.)

Après l'ordonnance de 1647, Ezekiel Gheever vint à Ipswich et y ouvrit une école de grammaire; en i66i, il devint principal de la Town free schooi de Charlestown ; son enseignement est resté célèbre.

tème scolaire de T Amérique s'organisa peu à peu dans tous les États du nord en se modelant plus ou moins exactement sur les Common schools de la Nouvelle-Angleterre. On lit dans la constitution de l'État d'Ohio votée en 1803, cette phrase qui est reproduite de l'ordonnance de 1787 sur ce Territoire nord-ouest : « Religion, morality and knowledge being essentially necessaryto. good government and the happiness of mankind, schools and means of instruction shall forever be encouraged by législature provisions not inconsistent with the right of conscience. » Dès 1813, l'État de New York eut un surintendant des écoles. Gédéon Howley, qui exerça le premier cette fonction (1813-1821), s'appliqua à augmenter le nombre des écoles, qui était de 2631 en 1815 et s'élevait, à l'époque de sa retraite, à 6 300 dans rÉtat\

Cependant les progrès de cette période ont été faibles ; des pédagogues autorisés pensent même qu'au Massachusetts il y a eu plutôt déclin que progrès depuis la déclaration de l'indépendance jusque vers 1840.

Horace Mann^, secrétaire du bureau d'éducation du Massachusetts créé en 1837, commença à propager les bonnes méthodes, régla le système des Prlmary schools j Gramniar schools^ et High schools'^, il fonda des bibliothèques, des écoles normales^, des écoles du soir, et exerça pendant douze ans (1837-1848) une influence considérable sur la direction de l'enseignement non seulement au Massachusetts, mais dans toute l'Amérique.

Henri Barnard, secrétaire du bureau du Gonnecticut, puis com-

1. Le surintendant de l'État de New York rappelle dans son trente-huitième rapport annuel ^page LI) que c'est dans cet État que s'est développée d'abord l'idée de la Public êcliool, que cet État a été le premier à établir un fonds permanent des écoles, une inspection d'État, une préparation des maîtres, des Teachers insliliites.

2. Horace Mann (i 796-1 859), né de parents pauvres, a eu une vie rude pendant sa jeunesse, et ce n'est que grâce à une très énergique volonté de s'instruire qu'il put entrer en i8i6 à Brown Unlversity. 11 passa douze ans au barreau, puis entra en 1827 dans la vie politique et, en 1833, devint sénateur de lÉtat du Massachusetts. Lorsque la législature créa eu i«37 un Board of éducation pour réorganiser les écoles, il accepta le poste de secrétaire, renonça dés lors ù la vie politique, et poursuivit son œuvre à travers une suite ininterrompue d'obstacles créés par l'inimitié, la jalousie, rinsutBsance des ressources; mais il trouva, d'autre part, des partisans enthousiastes : c'est là qu'il commença la publication de son Common school Journal. En 1848, il fut nommé député au Congrès fédéral. Pendant les douze ans qu'il a passés au bureau d'éducation, il a refait l'organisation des écoles, créé les écoles normales, etc.

3. Le système des écoles graduées a commencé à Boston en 1847.

4. La première High school avait été fondée à Boston en 1821, avant Horace Mann. Le progrès des High schools, établissements publics, a eu pour conséquence le déclin des académies, établissements privés.

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