‹ L'enseignement primaire dans les pays civilisesChapitre 152 sur 219 · Il y avait sept écoles normales en · texte numérisé non relu

Il y avait sept écoles normales en

sont en grande majorité. L'éducation des enfants semble leur être dévolue par un don naturel, et il est plus logique de les voir instruire de jeunes garçons que de voir, dans d'autres pays, des classes de filles tenues par des hommes. Ce qui paraît manquer le plus au corps enseignant en Amérique, ce sont les garanties et la fixité -, les diplômes ne sont souvent valables qu'en un lieu et pour un temps limité; la nomination est faite, dans beaucoup de cas, pour un an seulement et par élection ; il n'y a pas de retraite ; beaucoup de femmes n'entrent dans les écoles que comme dans un poste d'attente, jusqu'à ce qu'elles trouvent un mari.

4" High schools. — Les Hîgh schools (hautes écoles) font partie du système des Common schools, entretenues sur les deniers publics et ouvertes à tous, le plus souvent gratuitement*. On y entre de plain-pied en sortant de la Grammar school, et on en sort pour entrer dans les universités ; aussi y enseigne-t-on souvent le latin et quelquefois le grec \ la littérature anglaise, le français, l'allemand, l'algèbre, la géométrie, la physique, la chimie, l'histoire générale, le dessin sont les facultés principales. Elles peuvent être compa- ]'ées à certains égards aux écoles municipales de la ville de Paris, ou mieux, peut-être, à un ReaJgymnasium allemand. 11 y en a de plusieurs degrés. Dans certaines petites villes, la High school consiste seulement en un département annexé à la Grammar school, comme le sont en France les cours complémentaires d'enseignement primaire supérieur; dans les grandes villes, ce sont des établissements séparés, voire même de très importants établissements.

C'est en 1837, à Philadelphie, qu'a été ouverte la première école portant ce nom, quoiqu'il y eût déjà dans le Massachusetts quelques établissements analogues. Depuis 1850, date de la fondation de la High school de Cincinnati, les progrès ont été rapides. En 1889-1890, on comptait aux États-Unis 2526 High schools avec 203 000 élèves (sans compter ceux qui étaient dans les classes primaires et qui figurent dans la statistique de l'enseignement primaire), dont la majorité se composait de filles (116000). 11 y a environ 800 écoles de cette espèce dans des villes ; elles sont en général plus importantes et plus complètement organisées que celles des campagnes; le nombre des jeunes filles qui obtiennent leur diplôme (graduate) y est trois et quatre fois plus considérable

1 . En 1889-1 890, les droits d'ècolage dans les High schools représentaient 405 000 dollars et les subventions des États et des municipalités, 4 354 ooo dollars.

que celui des garçons, et le nombre de ceux-ci va en décroissante Les garçons ont hâte d'entrer dans les affaires pour gagner leur vie.

5° Moyens d'instruction auxiliaires ou complémentaires. — A côté des trois degrés réguliers des écoles graduées : école primaire, école de grammaire, école supérieure, il y a des écoles et des cours publics et privés, des institutions et des publications qui concourent à répandre l'instruction et dont il faut faire connaître, au moins en peu de mots, le caractère.

L'institution des jardins d'enfants, qui est à la base de l'éducation, est jusqu'ici peu répandue en Amérique. Il n'y a que quatre grandes villes : Boston, Saint-Louis, Philadelphie et Milwaukee, qui aient établi un système de Kindergàrten publics, organisés de manière à servir de préparation à l'école primaire. Ces quatre villes, dont l'une, Boston, a été longtemps à l'avant-garde des améliorations pédagogiques et dont les deux autres doivent probablement cette création au génie allemand, possédaient, en 1889, 121 établissements de ce genre, renfermant environ 1850 enfants. La statistique a enregistré une soixantaine d'autres Kindergàrten publics, plus ou moins organisés, et renfermant chacun 30 à 150 enfants. Le jardin d'enfants conviendrait surtout à la classe ouvrière, quand le mari et la femme passent leur journée à l'atelier; mais aux Etats-Unis, la femme de l'ouvrier, qui travaille bien rarement hors de chez elle, n'a pas besoin d'envoyer ses enfants dans un établissement de ce genre.

Les cours du soir s'adressent au contraire, en général, à des jeunes gens qui sont sortis des écoles et qui veulent développer leur instruction ou suppléer à son insufïîsauee. Il y avait 150 villes possédant des cours du soir en 1889. L'expérience qu'en fait l'Amérique, disait le Commissaire de l'éducation dans son rapport de 1888-1889, n'est pas, jusqu'ici, de nature à encourager. Ces cours, qui coûtent par élève plus que les écoles primaires, sont confiés d'ordinaire, non aux maîtres des écoles publiques, qui ont assez de leur besogne du jour, mais à des personnes dont la plupart n'ont ni les connaissances, ni la méthode, ni l'assiduité nécessaires.

1. Ainsi, dans les Higli schools des dix plus grandes cités, on comptait en 1860 165 garçons et 157 filles qui avaient obtenu leur diplôme; en 1888, 600 garçons et 1720 filles; en 1889, 6i9 garçons et i 838 filles. Le rapport total des deux sexes, de 1860 à 1889, est de 26.5 garçons contre 73.5 filles. A Brooklyn il n'y a môme que 10 garçons pour 90 filles. {Report of Ihe Commissioner of éducation. 1888-1889, p. 776.)

Aussi les Américains en font-ils peu de cas. La durée des cours est généralement courte : 193 soirées à San Francisco, 117 à Chicago, 90 à New York, 56 à Paterson. A San Francisco il y avait à peu près autant d'élèves à la fin qu'au commencement. Mais à Chicago il y avait eu dans l'année 9189 inscrits, 3461 présents au début et 1 297 à la fin ; ce qui revient à dire que l'auditoire a été renouvelé plusieurs fois et est peu fidèle ; chaque auditeur n'a assisté en moyenne qu'à 40 classes.

Depuis quelques années les universités ont entrepris de répandre dans le peuple des connaissances plus variées et plus élevées que celles que l'écolier reçoit dans les Common schools. C'est ce qu'on nomme University extension et ce qui correspond à peu près à nos conférences et à nos cours populaires, en France, dont les premiers remontent à 1830, date de la création de l'Association polytechnique, et dont quelques-uns même sont plus anciens.

Dans son rapport ofîiciel de 1888-1889, M. W. T. Harris définit ainsi VUniversity extension: « Ce terme désigne un mouvement qui s'efforce de mettre l'enseignement supérieur à la portée de toutes les classes de la société qui ne peuvent fréquenter les universités où cet enseignement se donne. » Les Américains l'ont emprunté à l'Angleterre, où les débuts de ce mouvement remontent à l'année 1887\ En Amérique, le Chautauqua literary and scientific Circle'^y

1. Une société nommée The American Society for the extension of University teaching s'est formée en juin 1890 à Philadelphie et dans les environs, à l'imitation de VUniversity extension anglaise. Elle a fait, dans les deux années 1890-1891 et 1891-1892, cinquante-neuf cours dont la plupart consistaient en six leçons au moins, mais dont quelques-uns avaient jusqu'à vingt leçons. Le président de la société, dans une introduction au Handbook of University extension, dit qu'en Europe il y a des ministres de linstruction publique pour pourvoir, par des créations officielles, aux besoins de l'enseignement, qu'il en est autrement en Amérique, que VUniversity extension développera le goût des études désintéressées, fera comprendre au peuple l'utilité de l'enseignement supérieur, formera un trait d'union entre les classes, et servira aux conférenciers eux-mêmes, qui s'exerceront ainsi à exposer leurs idées. Le premier président a été M. W. Pepper, de l'Université de Philadelphie. Sous la présidence du Dr Edmund J. James, des comités locaux ont été formés. De Philadelphie, ce mouvement s'est étendu à tous les États-Unis. Brown University a constitué un grand nombre de centres de conférence ; l'Université de Chicago a fait de VUniversity extension un département spécial.

2, Le Chautauqua system of éducation avait exposé en 1893 à Chicago. Il déclarait dans plusieurs brochures que « the higher éducation should be extended to ail, young and old, rich and poor » et que le système, né d'une haute conception du but et des devoirs de la religion, doit stimuler le désir du développement intellectuel chez les personnes qui n'ont pas eu le bienfait de l'éducation universitaire. La première réunion de la Chautauqua assembly a eu lieu en 1874 et a eu pour objet de donner plus d'ampleur aux enseignements bibliques des Sunday schools. Le succès a conduit l'association à étendre son enseignement à d'autres matières. La Chautauqua assembly avait en iS9i uu budget de 141 000 dollars ; elle possède à

organisé en 1878, a été la première association qui ait encouragé le systematic home riading et établi des cours populaires ; ces cours, qui se font en divers lieux, ont compté 25 000 élèves inscrits en 1879. Depuis 1887, ce mouvement s'est fortement accentué. Les cours et conférences, qui sont faits par des professeurs et par des Bavants, sont accompagnés en général de résumés (syllabus) imprimés qui facilitent l'intelligence du sujet, et donnent quelquefois lieu à des examens et à des diplômes.

Beaucoup d'autres sociétés, particulièrement les grandes associations d'agriculteurs dites National Grange et Farmers' Alliance ont institué des cours et des conférences pour propager les connaissances utiles.

Les Commercial and business Collèges sont des établissements d'enseignement professionnel qui peuvent être considérés, ainsi que les High schools, comme des compléments d'enseignement primaire supérieur. Ils ont des cours du jour et des cours du soir dans lesquels on apprend la comptabilité, les opérations de banque et d'assurance, la sténographie, le type icriting, c'est-à-dire l'écriture à la machine qui est aujourd'hui d'un usage général aux États- Unis, la télégraphie. La plupart des jeunes gens et jeunes filles^ qui se destinent à devenir employés de commerce suivent pendant quelques mois (quatre à six mois suffisent ordinairement) des cours de ce genre. En 1892, 234 Business collèges ont adressé au bureau d'éducation des renseignements d'où il résulte qu'ils avaient 65412 élèves le jour et 12 444 le soir. Dans ces nombres ne sont pas compris 27 254 élèves qui suivaient les cours commerciaux Business courses, des écoles secondaires et collèges proprement dits.

Il faut citer aussi quelques écoles d'un genre spécial destinées à

Chautauqua (New York) un collège (Chautavqua Collège), un musée, un club, des salles de cours. En 1878, le Cercle littéraire et scientifique de Chautauqua a été organisé en vue de fournir aux anciens élèves de collège un moyen de faire une revue de leurs études, et à ceux qui n'ont eu qu'une instruction bornée d'avoir, comme les élèves de collège, des vues scientifiques sur le monde et sur la vie. L'association est affiliée à de nombreux cercles locaux fondés dans divers pUals ; elle fait faire des conférences sur plusieurs séries de sujets dont le programme est arrêté plusieurs années d'avance, publie ces conférences, qui peuvent ensuite être reproduites en différents lieux (à Paris, la Société des conférences populaires emploie un procédé analogue), se met en relation par correspondance avec les personnes qui désirent s'instruire. Elle patronne des clubs d'économie politique; M. Richard T. Ely, professeur à l'université du Wisconsin, qui préside cette branche, leur envoie des listes de sujets à mettre en discussion, ainsi que les livres et articles recommandés.

j. Dans ces Business collèges il y a moins de jeunes filles (14 500) que de jeunes gens (47 700).

ceux qui sont frappés d'une infirmité physique ou morale. Les premières écoles de sourds-muets en Amérique ont été fondées en 1817 et 1818 à Harifort (Gonnecticut) et à New York avec le concours d'un élève de l'abbé Sicard, directeur de l'Institut des sourdsmuets de Paris. Elles étaient en 1892 au nombre de 81 ^ aux États- Unis et donnaient l'instruction à 8 788 élèves. Il y avait, d'autre part, 34 écoles pour les aveugles, renfermant 3 437 élèves, 27 écoles pour les idiots, renfermant 6 103 élèves. Il y avait aussi 39 écoles spéciales pour les enfants vicieux dites Reform schools ou Houses of refuge, dont la première date de l'année 1825, mais qui n'ont commencé à être des établissements d'État qu'en 1848 ; on en comptait, en 1892, 79, qui renfermaient 22 378 enfants.

Parmi les établissements spéciaux, nous ne devons pas oublier le Girard Collège de Philadelphie, orphelinat fondé avecl'argent légué en 1831 par un Français ; il reçoit des jeunes garçons de six à dix ans et les élève jusqu'à l'âge de dix-huit ans, en leur donnant une éducation professionnelle.

Enfin, pour avoir une liste à peu près complète des établissements d'enseignement primaire ayant un caractère public, il faut citer les écoles indiennes, qui avaient exposé à Chicago une intéressante collection de devoirs et de travaux manuels.

Presque toutes les écoles publiques possèdent une bibliothèque scolaire. Quelques grandes villes dépensent pour les entretenir de fortes sommes. Ainsi, New York a consacré, en 1888-1889, 158 000 dollars (821 000 fr.) à la fourniture des livres de classe et à l'entretien des bibliothèques d'écoles primaires; Boston, 41000 dollars (213 000 fr.); Baltimore, autant; Philadelphie, 25 000 dollars (130 000 fr.). Il y a un grand nombre de bibliothèques publiques appartenant à des établissements d'instruction, à des sociétés savantes, aux Youngmen's Christian associations qui sont très nombreuses, à des municipalités. La statistique en a compté 3 647 en 1876, et 5 388 en 1885, possédant au moins 300 volumes ; une statistique de 1893 en a compté 3 804 possédant au moins 1000 volumes (il y en avait 2 987 en 1885). Le progrès est d'environ 27 p. 100 dans le nombre des bibliothèques, et de 66 p. 100 dans le nombre des volumes, qui s'élève aujourd'hui à 12 millions. Ces bibliothèques propagent le goût de la lecture et lui donnent satis-

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