I. — Royaume de Prusse
V Historique. — Quoique le moyen âge ait eu ses écoles, l'Allemagne fait dater de la Réforme le premier développement des écoles populaires: en Saxe, un décret ecclésiastique de 1540 a prescrit l'ouverture d'écoles du jour, et l'exemple a été imité dans la plupart des villes des États protestants ; dès l'année 1533, Wittenberg avait une école de filles. La guerre de Trente ans paralysa cet essor. Dans la seconde moitié du xvii^ siècle, une ordonnance fut rendue (1662) relativement à l'établissement d'écoles de village qui paraît n'avoir pas été exécutée.
Le second roi de Prusse, Frédéric-Guillaume T"" (1713-1740) prit, en vue d'améliorer la condition des maîtres d'école, des mesures qui, sans être toujours suivies d'effets, amenèrent la création de plus de 1500 écoles. Ce prince prit sous sa protection le groupe remarquable d'institutions pédagogiques que le dévouement de Francke était parvenu à fonder à Halle (ou plutôt à Glaucha, faubourg de Halle) dès la fin du xvii" siècle. Il publia en 1722 des lettres patentes par lesquelles il défendait de prendre « comme maîtres d'école d'autres personnes que des tailleurs, tisserands, forgerons ou charpentiers », voulant sans doute assurer ainsi le recrutement des maîtres parmi des gens qui, ayant un bon métier, avaient des moyens d'existence. Il publia (30 juillet 1736, 21 février 1737) les Principia regulativa, qui devinrent alors le code sco^ laire de la province de Prusse ; comme il s'affligeait du tort que l'incrédultité et les ténèbres causaient à ses sujets, il voulut y remédier par ses ordonnances et par la subvention de 50 000 tha- 1ers qu'il accorda pour attirer de bons maîtres et qui devait former le capital d'un mont-de-plété destiné à venir en aide aux institu-
leurs pauvres. La profession d'instituteur était regardée jusque-là comme très peu enviable, comme les lettres patentes de 1722 le prouvent; il mit la construction et l'entretien des écoles à la charge des communes. Le succès de ces prescriptions fat très médiocre, ainsi que l'avait été celui des mesures qui les avaient précédées.
Frédéric le Grand publia (12 août 1763) le Règlement scolaire général de la monarchie prussienne (General-Landschul-Beglement)^ rédigé par le pédagogue Hecker, fondateur du séminaire d'instituteurs à Berlin (1748) et promulgué par le roi. Ce règlement, très complet et même minutieux, devint et est resté la loi fondamentale du royaume. Il prescrivait et déterminait l'obligation scolaire, fixait la rétribution, infligeait des amendes aux parents des enfants qui ne fréquentaient pas et confiait la surveillance aux autorités ecclésiastiques. Mais, faute d'argent et sous l'empire des préoccupations militaires et politiques du souverain, il ne fut presque nulle part exécuté sous son règne et sous celui de Frédéric- Guillaume II. D'ailleurs, de graves difficultés survinrent entre les protestants et les catholiques au sujet de la surveillance, parmi les paysans au sujet du paiement de la contribution scolaire, partout à cause de l'insuffisance des traitements.
Cependant Frédéric -Guillaume II inséra de nouveau dans le Gode général de la Prusse (1794) le principe de l'obligation scolaire déjà introduit dans un règlement de l'année 1717 et dans celui de 1763. La première école normale avait été fondée en 1698 ; à la fm du xviii^ siècle, l'Allemagne en possédait une trentaine. La Prusse était loin d'être à cette époque aussi avancée que la Saxe et d'autres États de l'Allemagne : un membre du Consistoire supérieur n'hésitait pas à écrire qu'il doutait de l'avantage qu'avait un paysan à apprendre à lire. Le corps des instituteurs était toujours, à quelques exceptions près, mal recruté et mal payé; en 1779, Frédéric le Grand avait recommandé de donner les places d'instituteurs aux soldats invalides qui savaient lire, écrire et compter ; beaucoup d'entre eux recevaient seulement de 10 (37 fr. 50 c.) à 30 thalers (112 fr. 50 c.) par an.
C'est sous le règne de Frédéric-Guillaume III que l'instiniction populaire a commencé à recevoir du gouvernement des encouragements efficaces et une direction ferme. « C'est par l'instruction et l'éducation que l'homme et le citoyen se forment, et ces deux choses sont l'œuvre de l'école », écrivait le monarque (3 juillet 1798) à son ministre, et ses actes répondirent à ses paroles ; il créa un con-
seil supérieur de Vinstraction {Oberschul-Colleginm), puis il le remplaça (1808) par une section du ministère de l'intérieur spéciale à l'instruction, dont il confia la direction à Guillaume de Humboldt. Il aida à la fondation de plusieurs séminaires d'instituteurs ; il y eut même à cette époque une tentative de création d'école normale d'institutrices (en 1804).
Les revers de la Prusse en 1807 et l'amoindrissement de son territoire stimulèrent le patriotisme et firent considérer l'instruction populaire comme le remède salutaire. « Notre État, disait le roi, a perdu en puissance extérieure et en éclat ; mais nous devons et nous voulons apporter nos soins à gagner en puissance et en éclat intérieurs. Aussi est-ce ma volonté ferme que la plus extrême attention soit donnée à l'instruction du peuple. » Stein, son ministre, ajoutait : « Il n'y a rien à attendre que de l'éducation de la jeunesse. »
En 1817 fut créé un ministère des affaires ecclésiastiques, de l'instruction et de la médecine. Altenstein, qui fut le premier titulaire de ce ministère et qui le dirigea jusqu'à sa mort, donna une vigoureuse impulsion à l'enseignement primaire, publia l'ordonnance de 1819 qui devint le nouveau code de l'instruction, précisant les règles de l'obligation scolaire de 7 à 14 ans et punissant les délinquants et qui est encore aujourd'hui en vigueur. Il fonda, avec le concours de deux conseillers, Sùvern, puis Beckendorf, et sous l'influence du système de Pestalozzi, des séminaires pour préparer des maîtres capables et ouvrit un grand nombre d'écoles primaires.
Altenstein est mort en 1840. A cette époque, la Prusse possédait 23 64,6 écoles primaires avec 29 631 maîtres et 2 326 000 élèves \ à peu près autant de filles que de garçons. En 1837, les 45 écoles normales renfermaient 2 853 élèves ; en comptant les élèves de tous les degrés d'instruction, on trouvait alors 15.5 élèves par 100 habitants, proportion déjà très forte, mais qui différait d'une province à l'autre (18 sur 100 en Saxe, 13 en Posnanie). La dépense totale de l'État s'élevait en 1844 à 3119 000 tha- 1ers (11540 000 fr.) ; mais sur cette somme, 256111 thalers (947 000 fr.) seulement étaient affectés à l'instruction primaire.
1. Cette statistique n'inspire pas une entière confiance, car une autre statistique de 1837 donne 27 575 maîtres et 2 171 745 élèves (1 109 353 garçons et 1 062 392 en 1840, 21686 écoles publiques.
aux dépenses de laquelle pourvoyaient surtout les fonds communaux et les donations.
Sous le successeur d' Altenstein , Eichhorn, le mouvement se ralentit et une réaction se produisit sous l'influence piétiste. Diesterweg, directeur du séminaire de Berlin et pédagogue libéral, fut obligé en 1847 de résigner ses fonctions. Du règlement de 1817, qui mettait l'école sous la surveillance ecclésiastique, résultait-il que l'école appartenait à l'État, à l'Église ou à la commune ? Un . règlement de 1846 reconnut à l'évêque le droit d'approuver la nomination qui serait faite par le Regierung. Durant cette période, les instituteurs, peu payés et étroitement subordonnés, étaient mécontents .
La révolution de 1848 amena la retraite du ministre, l'avènement d'hommes nouveaux et des dispositions toutes différentes. Sous le ministère Gamphausen, un projet, présenté le 11 juillet 1848 par une commission de l'Assemblée constituante de la Prusse, portait que l'enseignement et la fondation des écoles étaient libres, que les parents ou tuteurs étaient obligés de faire donner aux enfants les éléments de l'instruction, que la construction et l'entretien des écoles étaient, en règle générale, à la charge des communes et exceptionnellement à la charge de l'État, que l'instruction était gratuite dans les écoles publiques, que les écoles devaient être placées sous la surveillance d'inspecteurs spéciaux et affranchies de la surveillance ecclésiastique. On débattait de nouveau la question de savoir si l'école publique devait appartenir à la commune ou à l'État. Dans le même mois, un autre projet, rédigé par les docteurs Diesterw^eg et Kapp , fut communiqué aux sociétés d'instituteurs ; il portait que l'école était un établissement d'État, qu'elle était gratuite, indépendante de l'Église, que l'enseignement devait y être donné sans distinction de culte, que les principes généraux de la religion seraient enseignés à l'école, mais non les dogmes d'une confession particulière.
L'assemblée ayant été remplacée par un congrès démocratique qui fut lui-même dissous le 5 décembre, il ne fut pas donné de suite à ces projets *, mais la Constitution octroyée par le roi le 5 décembre 1848 régla les matières de l'enseignement. Elle portait en substance : la science et son enseignement sont libres ; la jeunesse prussienne a droit à l'instruction primaire, laquelle doit lui être assurée par un nombre suffisant d'établissements ; toute personne ayant les qualités requises par la loi peut fonder une école et en-
seigner; les maîtres sont nommés par la commune; l'enseignement religieux est donné dans l'école, sous la direction du clergé ; l'école publique est gratuite ; le gouvernement nomme les institutem-s ; l'instruction est à la charge des communes, que l'État aide en cas d'insuffisance de ressources \
La Constitution {Allgemeine Landrecht) du 31 janvier 1850 a confirmé à très peu près ces dispositions, à l'exception de la gratuité. Elle classait les établissements publics d'instruction au nombre des établissements d'État et déclarait qu'il ne devait y avoir aucune acception de religion pour l'admission des élèves ; mais elle maintenait les écoles primaires sous la surveillance des autorités judiciaires et ecclésiastiques de la localité.
A cette époque, l'instruction était déjà largement répandue en Prusse. Car en 1851-1852 le nombre des recrues ayant reçu une instruction suffisante était de 75 p. 100 ; 20 p. 100 avaient une instruction incomplète ; 4,8 seulement n'avaient aucune instruction ; mais, tandis que cette dernière catégorie ne figurait que pour 0.6 dans la province de Saxe, elle figurait pour 10.4 dans celle de Prusse et pour 20.7 dans celle de Posen.
Les instituteurs et surtout les séminaires étaient devenus suspects après les événements de 1848. Sous le ministère Raumer, les trois Regulative des 1", 2 et 3 octobre 1854, rédigés par le conseiller Stiehl, firent une place plus importante à l'enseignement religieux aux dépens des autres branches et donnèrent à l'école, à une classe considérée comme le type, un programme dans lequel la mémoire jouait un plus grand rôle que le raisonnement. Elles soulevèrent une opposition que ne calmèrent qu'incomplètement les mesures prises sous le ministère Muhler par Guillaume I" depuis 1857 et après son avènement (1861). Il y avait encore en 1871 11.7 conscrits illettrés sur 100 dans la province de Prusse et 8.8 dans celle de Posen. Le tiers des instituteurs avait moins de 600 marcs de traitement.
A la fin de l'année 1861, la Prusse comptait 24116 écoles primaires publiques, avec 35372 maîtres et 2 875 836 élèves sur
1. Les principes fondamentaux des droits du peuple allemand, promulgués le 28 décembre 1848, portent que l'enseignement est libre, qu'il est placé sous la surveillance de l'État, et que l'autorité ecclésiastique n'exerce aucune surveillance, sinon sur l'enseignement religieux, que l'enseignement dans la famille ne souffre pas la moindre restriction, que les parents ou tuteurs doivent obéir aux prescriptions relatives à l'obligation scolaire, et que les États ou communes doivent entretenir des écoles en nombre suffisant pour les besoins de la population.
090294 enfants d'âge scolaire et, en outre, 1434 écoles privées
60 84021 élèves'. Le budget des écoles publiques montait à 449 SOOthalers (27 561 300 fr.) dont 2 321 000 payés par les élèves, 4 800 000 par les communes et fondations, 328 300 par l'État ; en ajoutant d'autres dépenses faites dans le cours de l'exercice pour l'enseignement élémentaire, on arrive à un total de 9 902000 thalers (35 374000fr.)^
Le parti libéral ne triompha qu'en 1872, avec l'entrée au ministère du docteur Falk. Celui-ci augmenta le nombre des écoles normales, améliora les traitements des institateurs, remplaça les Regulative de 1 854 par les Instructions générales du 15 octobre 1872, rédigées par le conseiller Schneider, qui tendaient à élever le niveau de l'enseignement.
Celui-ci, qui a été le ministre du Kulturcampf, créa en six ans 24 écoles normales dont le nombre fut ainsi porté à 99 (65 écoles protestantes, 30 catholiques, 4 mixtes), renfermant, en 1878, 6 728 élèves ; il fit voter la loi du 11 mars 1872, qui confirma la plupart des prescriptions de la Constitution de 1850, mais il plaça tous les établissements scolaires sous la surveillance et l'inspection de l'État, loi qui, restreignant l'influence qu'avait exercée de tout temps le clergé, souleva une très ardente opposition.
Ces instructions règlent l'organisation pédagogique non seulement pour l'école de village à une classe, mais pour toutes les écoles primaires, elles étendent et élèvent le programme des séminaires. Depuis l'année 1874, les écoles primaires de Berlin sont entièrement gratuites.
Depuis 1879, la direction ministérielle a changé, mais Técole a conservé la place importante qu'elle avait prise. Le ministre du culte a encore un certain droit d'inspection au point de vue religieux, et quelquefois cette intervention donne lieu à des conflits, parce que l'instituteur n'est plus sous sa dépendance. Un pasteur
1. Une autre statistique pour les années 1862-64, publiée par le bureau de statistique du royaume de Prusse, porte pour l'année 1864 :
ÉCOLES
PUBLIQUICS. PRIVBBS.
Villes. Campagnes, Villes. Campagnes.
TOTAL
Écoles 3149 21971 1119 341 26 580
Classes 11282 26 774 2 637 408 41158
Élèves 2 938 679 87 574 3 026 253
2. Un autre document (voir plus loin, p. 108) porte 29 821 739 marcs.
de campagne, dans un ouvrage récent, reprochait aux instituteurs d'être les uns, surtout les vieux, semblables à des caporaux faisant manœuvrer des recrues, d'autres, les jeunes, des pédants prétentieux aspirant à régenter le monde ; ce qui n'empêche pas que beaucoup d'instituteurs aient du bon sens et pratiquent leur devoir.
En 1886, les dépenses de rinstruction primaire dans le royaume de Prusse s'élevaient à 127 millions et demi de marcs (160 millions de francs).
En 1891, le nombre des écoles publiques primaires (Volksschulen) était de 34 742, avec 76107 maîtres et 4 916 476 élèves (sans compter environ 150 000 élèves des Mittelschulen) . Le nombre des écoles privées, qui a diminué de plus des trois quarts depuis 1871, n'était plus que de 495, renfermant 21 678 élèves. Il n'y a presque plus de recrues illettrées: 0.78 p. 100 en 1889-1890; la province de Posen, la plus arriérée, n'en comptait plus que 1.52 en 1893-
2* État légal et organisation administrative. — L'instruction est placée sous l'autorité du ministre des affaires ecclésiastiques, de la religion et de la médecine. De lui relèvent les inspecteurs, laïques et ecclésiastiques, qui sont des fonctionnaires d'État. Dans chaque province, le gouverneur administre l'instruction avec le concours d'un conseil des écoles ; il nomme les inspecteurs de cercle et les inspecteurs locaux, avec approbation du ministre. Dans chaque commune, un comité scolaire est chargé de l'administration de l'école et présente les candidats aux fonctions d'instituteur. La Constitution prussienne a fixé les points fondamentaux du système d'éducation nationale (art. 20 et 26), tels que l'obligation pour les communes d'entretenir des écoles, l'obligation pour les parents de donner l'instruction à leurs enfants, la surveillance de l'État sur les établissements d'instruction ; mais, quoique l'article 26 indique qu'une loi spéciale règle ces matières, il n'y a pas encore actuellement de loi organique de l'enseignement primaire en Prusse. Un projet de loi a été déposé, puis retiré, à la dernière session du Landtag (1891) ; il est probable qu'il sera de nouveau présenté.
L'enseignement primaire est réglé d'une façon générale par des ordonnances provinciales ou par l'usage. Certaines parties ont été l'objet d'une législation spéciale :
Lois du 22 décembre 1869, du 24 février 1881, du 27 juin 1890, réglant les secours à accorder aux veuves et orphelins d'instituteurs :
EMPIRE d'aLLEMAGNE. ROYAUME DE PRUSSE. 105
Loi du 11 mars 1872, réglant l'inspection des écoles *,
Loi des 6 juillet 1885-26 avril 1890 sur les pensions de retraite des instituteurs ;
Loi du 26 mai 1887 réglant la charge des communes dans les dépenses de l'enseignement primaire.
Le concours de l'État dans les dépenses de l'enseignement primaire a été réglé par la loi des 14 juin 1888-31 mars 1889. La rétribution scolaire est due, en principe, par tout élève, mais les indigents sont reçus partout sans payer et un certain nombre de villes ont établi la gratuité absolue.
L'enseignement primaire est obligatoire, de 6 ans révolus à 14 ans révolus. La règle est universellement observée, sans difficulté ; il n'y a pas plus de 0.05 à 0.06 p. 100 d'absences (enfants de vagabonds, etc.) ; les enfants protestants quittent l'école après la confirmation, quelquefois à l'âge de treize ans et demi. La haute direction de cet enseignement appartient au ministre de l'instruction publique. L'administration provinciale est du ressort des gouYevnem.ents (Regierungen). Des inspecteurs de cercle (Kreisschulinspektorcn) et des inspecteurs locaux (OrtschuUnspektoren) représentent le gouvernement et sont chargés de l'administration en ce qui concerne les questions pédagogiques. Le Landrath (chef de cercle) pour le cercle, le Gemeindevorstand (conseil municipal) et le Schulvorstand (conseil scolaire) pour la commune, s'occupent des autres parties de l'administration.
Les écoles sont ou à un seul maître (ce sont en général les écoles rurales), ou à deux maîtres, ou à trois et plus de trois maîtres. En 1886, sur 100 écoles, il y en avait 68 de la première catégorie, 17 de la seconde et 15 de la troisième.
L'organisation et le programme des écoles primaires sont réglés par V Instruction générale sur l'organisation, les travaux et le but des écoles primaires prussiennes du 15 octobre 1872.
En matière de programme, les communes n'ont aucune influence. Pour presque tout le reste de l'organisation scolaire, elles sont libres, sous réserve, toutefois, de l'agrément du gouvernement. Le programme comprend la religion,- la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la géographie, l'histoire de la Prusse, le chant, le dessin, l'histoire naturelle, l'histoire de l'homme; pour ces deux dernières facultés, l'enseignement est purement oral et les élèves n'ont pçis de livres. Pour les filles s'ajoutent la couture, le tricot, etc.; pour les deux sexes, la gymnastique.
En général, quand un instituteur doit être nommé, le comité scolaire (Schulvorstand) présente une liste de trois candidats que l'inspecteur des écoles transmet avec son avis personnel au gouverneur de la province, qui nomme. Dans le cas où l'instituteur exerce des fonctions à l'église, le comité scolaire doit s'entendre préalablement avec le ministre du cnlte. Les particuliers ont droit de présentation pour les écoles placées sous leur patronage.
L'instituteur n'est pas révocable; lorsqu'il a été nommé par le gouvernement, par la commune ou autrement, celle-ci ne peut plus le renvoyer. L'instituteur ne peut être nommé qu'après avoir satisfait aux examens prescrits. Le traitement de l'instituteur est acquitté, en général, par la commune.
Le traitement diffère suivant la commune et la province et est payé en partie par la rétribution scolaire, en partie par les fonds des communes et des fondations et en partie par des subventions additionnelles de l'État ; néanmoins, un instituteur principal ne peut avoir un traitement de moins de 810 marcs, non compris le logement et le chauffage.
La moyenne est d'environ 1 280 fr. dans les campagnes et de 1 600 dans les villes ; il s'élève à Berlin jusqu'à 3 900 marcs (4 875 fr.), logement compris. Les maîtres auxiliaires reçoivent un traitement moindre.
En 1886, les instituteurs et les institutrices des Volksschulen (non compris les Mittelschulen) se partagaient comme suit, au point de vue du traitement, y compris le chauffage :
INSTITU-
lïTSTITU-
INSTITU-
INSTITU-
TEURS
TRICES.
1951 à 2 100 marcs. . . .
TEURS
TRICES.
Jusqu'à 810 marcs ....
Au-dessus de 3 000 marcs .
L'article 23 de la Constitution prussienne, en harmonie avec les principes a(Jmis à la fin du iviif siècle sur l'organisation des écoles, porte que toute école publique ou privée est soumise à la surveillance d'inspecteurs nommés par l'État et que les instituteurs des
écoles publiques ont les droits et devoirs de fonctionnaires de l'État. La loi du 11 mars 1872 régit l'inspection des écoles. L'État, d'après cette loi, exerce son contrôle à tous les degrés de l'enseignement primaire par l'intermédiaire des inspecteurs de cercle et des inspecteurs locaux qu'il nomme lui-même.
Régulièrement, l'inspecteur de cerle doit inspecter au moins deux fois par an chaque école et chaque classe de l'enseignement public, et au moins une fois les écoles privées. Les inspecteurs de cercle doivent consigner le résultat de leur visite dans un rapport détaillé qu'ils adressent au gouvernement (Bezirks-Regierung). Les inspecteurs locaux adressent de leur côté un rapport annuel à l'inspecteur de cercle.
Les inspecteurs de cercle et les inspecteurs locaux doivent présider des conférences périodiques d'instituteurs.
A côté des établissements d'enseignement privés se trouvent les écoles du soir et les écoles du dimanche, les orphelinats, les maisons de refuge, les établissements des sourd-muets, d'aveugles, les Mittelschulen et les Hôheren Màdchenschulen, qui sont rangées parmi les établissements d'instruction primaire, etc. L'instruction, à tous les degrés et sous des formes diverses, est en Prusse l'objet d'une constante sollicitude des conmiunes et de l'État.
Les écoles privées sont absolument indépendantes de la commune ; mais elles sont soumises, comme les écoles publiques, à l'inspection de l'État. Le directeur et le personnel enseignant doivent présenter toutes les conditions d'aptitude et d'examen exigées des instituteurs.
3° Ressources financières. — Les dépenses de l'enseignement primaire incombent aux communes (Schulverbânde, Schulsocietàten) qui règlent à cet égard leur budget avec une grande liberté.
Beaucoup de communes exigeaient autrefois une rétribution scolaire des parents qui pouvaient payer; par les lois du 14 juin 1888 et du 31 mars 1889, la gratuité de l'instruction primaire a été introduite dans toutes les écoles publiques. Berlin et une douzaine de grandes villes avaient déjà établi la gratuité absolue avant cette époque. L'État, en vue de la gratuité, a, depuis octobre 1888, alloué un supplément de traitement aux instituteurs qui toutefois est payé, non pas directement aux instituteurs, mais aux caisses communales ou scolaires. Ce supplément s'élève à 500 marcs par instituteur principal ou unique, à 300 marcs pour les autres. Les instituteurs et les institutrices reçoivent encore un supplément de
traitement suivant leurs années de service. L'État, enfin, participe aux pensions de retraite à raison de 600 marcs par retraite. L'État se charge d'un certain nombre d'autres dépenses d'administration. Ainsi les dépenses des inspecteurs régionaux et locaux sont à sa charge. Il en est de même des séminaires d'instituteurs et des écoles préparatoires (Pràparanden-Anstalten) où sont reçus les jeunes gens qui se préparent à entrer dans les séminaires d'instituteurs.
Les dépenses de l'enseignement primaire en Prusse se sont élevées, en 1888, à 157000000 de marcs.
L'État y a participé en chiffres ronds pour 39 500000 marcs.
Depuis la loi des 14 juin 1888-31 mars 1889 mentionnée plus haut, la part contributive de l'État est augmentée de 29 000000 de marcs. L'État possède un fonds inaliénable formé de biens ecclésiastiques confisqués, etc., qui est affecté à l'instruction primaire; le revenu de ce fonds est d'un peu plus de 7 millions de marcs.
Environ 8 millions de marcs sont fournis par des revenus appartenant aux écoles*, le reste des dépenses est supporté par les communes.
Dépenses faites pour l'instruction primaire*.
TOTAL
VILLES