‹ L'enseignement primaire [microforme]Chapitre 25 sur 69 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous venons d’esquisser bien imparfaitement et à grands traits les principaux faits qui composent l’histoire de l'instruction primaire en la province de Québec. Nous avons omis bien des détails importants, nous avons passé sous silence nombre de dévouements. Sachant que la cause de l'instruction primaire est sacrée, surtout aux yeux de l’instituteur, nous avons cru utile de dérouler brièvement sous les regards de nos confrères les belles annales où sont consignés les généreux sacrifices de nos devanciers.

Il n’y a rien comme de s'inspirer au grand livre de l'histoire. C’est là que nous puisons

le courage nécessaire à l’accomplissement d’une mission. Et s’il est une carrière qui exige de ses membres de l'énergie et de la volonté, c’est celle du professorat.

Les splendeurs que procurent les richesses passent loin de nous. Simplicité, modicité, voilà le partage de l’instituteur ! Tracasseries, misères de toutes sortes, voilà la plus grande somme de nos appointements. Mais, le soir, quand la classe est terminée, la main sur la conscience, nous nous sentons encore plus heureux que le riche et le puissant. Nous avons déposé dans ces jeunes cœurs, confiés à nos soins, un germe bienfaisant qui fera d’eux des chrétiens et des citoyens suivant le cœur de Dieu.

En regardant en arrière, les jeunes instituteurs constatent les grandes choses accomplies par ceux qui ont creusé les premiers sillons intellectuels en notre pays, et cette vue leur donne un nouveau courage pour continuer dans la voie noble où ils viennent d'entrer.

Le professorat laïque est né sous d’heureux auspices en Canada. Inspiré par le patriotisme et la piété, protégé d’abord par les compagnies religieuses, puis généreusement aidé par le clergé séculier, il est aujourd'hui sous la haute égide

de l’épiscopat canadien. Aussi, l'horreur qu'inspire le mot /aïque en certains pays de l'Europe, est remplacé ici par l'admiration et la confiance.

La mission de l’instituteur laïque au Canada se résume dans l'inscription qui orne le drapeau de l’école normale Laval: Rendre le peuple meïilleur !

Oui ! rendre le peuple meilleur, c’est-à-dire, lui inspirer, de concert avec le prêtre, des idées chrétiennes, et lui donner une instruction en rapport avec les besoins de notre siècle, de manière à ce qu'il puisse soutenir avec honneur les luttes continuelles que se livrent les nationalités sur le terrain intellectuel et industriel, voilà la grande tâche que vous accomplissez depuis plusieurs années, anciens professeurs et instituteurs! Une carrière si bien remplie et couronnée de succès ne saurait nous laisser indifférents.

Nous sommes confiant en l'avenir.

Quelque chose nous dit que des jours meilleurs luiront bientôt pour l’ami du peuple par excellence. Avant longtemps l’enseignement deviendra une véritable carrière.

Un des politiciens les plus marquants de

notre pays (1) a déclaré, il y a quelques mois, qu'avant longtemps une somme: considérable serait consacrée tous les ans par la législature de Québec à l’amélioration de la position de l’instituteur. Nous faisons des vœux pour que ce projet patriotique se réalise au plus tôt.

L'instruction primaire a été de tout temps le préservatif le plus vigoureux contre l’anglicisation des Canadiens-français. Elle a dévelorpé bien des talents qui, sans la petite école n’auraient jamais été de taille à réclamer dans les enceintes parlementaires les droits légitimes de leurs compatriotes.

Le Canada-français est définitivement créé.

Mais il lui faut grandir encore, prospérer ct soutenir en tout temps une comparaison flatteuse avec le Canada-saxon.

L'arme la plus puissante des sociétés aujourd'hui, c’est l'instruction pratique et l'éducation chrétienne. Qui trempera cette lance, qui l’aiguisera et apprendra au peupie à s’en servir ? —$era-ce le professionnel, l'industriel, ou le commerçant ?—Non, non! Ce sont les véritables amis de la société : le prêtre et l'instituteur.

(1) L'hon. H. Mercier, premier ministre: de la province de Québec.

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