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efforts, nourrir leurs forces, les organiser, les décupler, et en diriger le faisceau vers les réalisations immédiates.
Activité ne signifie pas tapage, vaines paroles ni déclamations, mais application constante des facultés créatrices ordonnées méthodiquement vers un objet déterminé. L’individu n’est fort que par le groupe qui l’utilise et le complète. Il serait exagéré de lui demander de tout savoir, de tout prévoir. Il suffit que, instruit de son rôle, exécutant l’acte qui lui est confié, il assure l’œuvre que poursuit la collectivité.
Donc, instruire d’abord, organiser et grouper ensuite, distribuer les tâches, exiger que chacune soit remplie scientifiquement: voilà la discipline des forces d’une nation, où nous n’entendons pas faire sombrer la liberté d’action, l’initiative, la spontanéité, la débrouillardise. Mieux préparé, le Canadien français comprendra tout le bon qu’il peut tirer d’une discipline ainsi conçue, adaptée aux exigences de son génie propre, qu’il assouplira à ses mouvements, à laquelle il joindra l’élégance, laissant de côté le pas de parade pour le joyeux pas de course où se rythme l’agilité d’un corps libre et sain.
Il nous faut des hommes, écrit M. Henri Hauser dans son livre sur Les méthodes allemandes d'expansion économique. Créons des hommes, créons des compétences. Et, lorsque nous y serons parvenus, ne les laissons pas s’épuiser dans des recherches sans résultats. Surtout, ne les livrons pas, avec leurs découvertes, à la rapacité sans cesse en éveil de l'adversaire. Horonons-les. Consultons-les. Ces hommes nous donneront le plan de l’édifice auquel chacun travaillera.
L'édifice! S’imagine-t-on encore qu’une œuvre quelconque puisse naître et se développer sans le secours d’un esprit qui l’anime et la dirige? Et que dire des destinées de tout un peuple? Croiton qu’elles se réaliseront par le seul effet d’un harmonieux hasard ? Partout il faut, pour triompher, une ligne de conduite tracée d’avance et des individus qui sachent où ils vont et qui donnent plein rendement. C’est ce que nous obtiendrons par l’enseignement professionnel placé à la base d’une réforme économique. Ces individus seront maîtres d’abord dans leur domaine propre, dans le rayon immédiat de leurs constants efforts. Ils accompliront, en connaissance de cause, la tâche que nous leur aurons demandée. Puis ils prêteront leur concours averti à la conduite des affaires publiques, faisant pénétrer dans l’administration de notre fortune nationale les princi- , pes qu'ils auront préconisés toute leur vie, qu’ils auront fait passer dans leurs œuvres.
L'avenir est à ce prix. Pour persévérer, pour survivre; pour prouver que nous sommes ceux que nous croyons être et manifester
Zepi p pres
notre personnalité; pour garder notre langue, véhicule de notre histoire, expression immatérielle et totale de tout un peuple, qui constitue pour l’homme, où qu’il soit, un droit naturel et sacré; pour que vive en nous notre raison d’être et pour qu’elle éclate aux yeux de tous et s’impose comme une réalité nécessaire, intangible; pour qu'aux arguments de parole et aux arguments de plume nous ajoutions l’argument plus fort, vivant, incisif comme l’action, irréfutable comme la vie, évident comme le mouvement, l’argumenthomme; pour que nous soyons, dans une civilisation qui en partie n’est pas la nôtre, des égaux que l’on respecte, et chez qui l’on est forcé de reconnaître des qualités de race et l’intelligence victorieuse; — préparons-nous, dans le culte de la supériorité.
EpouaArp MoONTPETIT
Professeur à l’École des Hautes Études Commerciales.