Ibid., 2c leçon
moins possible, et lui faire trouver le plus possible * ». — Nous concéderons volontiers à Spencer qu'une telle méthode peut, entre les mains de bons maîtres, développer excellemment les esprits. Mais nous lui demanderons si elle est compatible avec le principe de Futilité dont il a fait la clef de voûte de tout son système. La fin de l'éducation, nous a dit Spencer, c'est l'acquisition du savoir le plus utile. Ce que l'éducateur doit obtenir, c'est que l'enfant possède, à sa sortie de l'école, toutes les connaissances nécessaires à la vie. Or, le meilleur moyen en est-il de laisser l'enfant les trouver par lui-môme, les découvrir à nouveau, et recréer, pour ainsi dire, à lui seul, toute la science? Que l'on songe au temps, aux efforts, au génie dépensés pour la moindre découverte. Peut-on raisonnablement espérer qu'un enfant, môme averti et guidé par le maître le plus habile, puisse refaire à la fois l'œuvre d'un Euclide, celle d'un Galilée, celles d'un Descartes, d'un Newton, d'un Pasteur? L'instruire suivant la méthode que préconise Spencer, n'est-ce pas le condamner à ne posséder jamais qu'un mince bagage de connaissances utiles? Entre la méthode qui consiste. à « faire trouver le plus possible » et le principe utilitaire, il y a une contradiction manifeste.
Bain est un utilitaire plus conséquent, qui déclare qu'une telle méthode ne saurait constituer que « les friandises et les bonbons* », non le fond même de l'enseignement. Comte, d'ailleurs, avait réfuté par avance Spencer quand il montrait que l'emploi de la méthode
1. Spencer, De l* Éducation intellectuelle, morale et physique ^ p. 123.