Ibid.^ p
La langue allemande ni la langue anglaise, selon lui, ne sauraient constituer pour un esprit français une gymnastique comparable à celle du latin ; leurs « formes grammaticales, si différentes des nôtres », sont « en opposition trop grande avec la tournure de nos pensées pour seconder en nous le mouvement de la pensée * ».
On le voit par cette phrase, nul n'a mieux compris que Cournot l'esprit de renseignement libéral. La vertu de cet enseignement, il Ta bien senti et bien dit, « consiste bien moins dans des manifestations actuelles et dans les connaissances qu'il inculque d'une manière durable, que dans le tour qu'il donne à l'esprit et dans les habitudes secrètes qu'il lui fait prendre : de manière que son influence, destinée à produire des effets très sensibles dans le cours continu de la vie, reste pour ainsi dire infiniment petite et comme latente à un moment donné * ». Le but de l'éducation libérale, dit encore Cournot, est « de former les âmes et de discipliner les esprits' ».
Cette conception très nette du but de l'éducation libérale suggère à Cournot une distinction très fine et très juste — et que, pour notre part, nous retiendrons — entre l'esprit de l'enseignement libéral et sa matière. Il se refuse à lier le sort de l'Enseignement classique à celui de tel ou tel programme d'études, non pas même des études gréco-latines. « Les matières de l'Enseignement secondaire changent en effet selon les lieux et les temps...; mais le caractère essentiel de l'Enseignement secondaire reste au fond le même, partout où s'établit
1. Cournot, Des Institutions (V instruction publique en France, 1864, p. 57.