Cf. Enquête, Déposition de M. Brunetière
classique était autrefois libéral. Mais la redoutable concurrence de TEnseignement moderne Ta incité à employer les mêmes moyens qui faisaient le succès de son rival, à se « moderniser », si bien qu'aujourd'hui ses programmes sont à demi utilitaires, tandis que ses méthodes continuent à s'inspirer de la tradition libérale. Quant à TEnseignemenl moderne, ses origines mêmes faisaient de lui un enseignement strictement utilitaire. Quand on fonda l'Enseignement spécial, on prétendit créer un instrument pour former des commerçants, des industriels, des agriculteurs. L'Enseignement spécial était, suivant les expressions mêmes du ministre qui le transforma en Enseignement moderne, « un enseignement d'une nature très particulière, spéciale, comme l'indiquait son nom, où les préoccupations de la culture générale n'avaient pas encore pénétré* ». Plus tard, en 1890, lorsqu'on voulut rendre quelque vigueur et quelque prestige à cet Enseignement qui végétait, on pensa que le vrai moyen serait d'emprunter à l'Enseignement classique ce qui avait fait sa force et son autorité, c'est-àdire le souci de la culture générale. On remania donc ses programmes, et, tout en conservant l'ancien fond d'études « spéciales », on y ajouta quelques études désintéressées ; on y fit plus grande la part des lettres ; on y introduisit même, au moyen des traductions, l'étude des littératures grecque et latine. Et l'on crut de bonne foi avoir créé « un haut enseignement de culture générale », alors qu'on n'avait abouti qu'à fonder un enseignement hybride, à demi utilitaire, à demi libéral, c'està-dire ni utilitaire ni libéral.