Instructions, p. x
l'esprit, c'est de donner, par la vertu d'un savoir dont la majeure partie se perdra, une culture qui demeure * ». Ici, quelque mépris pour le savoir perce déjà. La pente est dangereuse. Et la plupart des systèmes libéraux, s'y laissant glisser, finissent par admettre que renseignement ne doit pas vouloir instruire et qu'il lui suffit d'enseigner à penser *. L'élève qui sort de nos lycées peut, selon ces systèmes, être un ignorant ; ce qui importe, c'est qu'il ait « l'esprit bien fait ». Volontiers prendraientils pour devise cette apostrophe de Rousseau à des codt tradicteurs qui lui reprochaient de ne rien enseigner à Emile : « Messieurs, vous vous trompez; j'enseigne à mon élève un art très long, très pénible et que n'ont assurément pas les vôtres, c'est celui d'être ignorant. Vous donnez la science, à la bonne heure; moi, je m'occupe de l'instrument propre à l'acquérir ' ».
Cette sorte de prédilection pour l'ignorance a fait accuser l'enseignement libéral d'être tout formel. Le reproche ne s'adresse avec justesse qu'à certaines interprétations erronées de la doctrine libérale. Il n'atteint pas l'enseignement libéral bien compris, tel que nous essayons de le définir. Non, notre ambition n'est pas de « former des ignorants », si l'on peut ainsi parler. Nous n'admettons pas que toutes les connaissances acquises par nos élèves doivent « se perdre ». Si nous consentons qu'ils oublient le grec, le latin, les théorèmes de géométrie, la nomenclature chimique, parce que nous croyons que le bénéfice de ces études ne con-