‹ L'enseignement secondaire et la démocratieChapitre 71 sur 94 · Rousseau. Emile, liv. ii · texte numérisé non relu

Rousseau. Emile, liv. ii

siste que dans la culture dont elles sont le moyen, en revanche nous voulons que ces jeunes gens possèdent, à leur sortie du lycée, — et pour ne plus les perdre — toutes les connaissances morales nécessaires à un homme libre. Notre enseignement libéral, s'il fait bon marché du savoir pour ainsi dire matériel^ attache au contraire le plus grand prix au savoir mora/. A cet ordre de savoir nous attribuons une valeur intrinsèque, indé pendante de celle qu'il peut avoir comme moyen de culture, parce que, tandis que la connaissance de la pile de Bunsen ou de la règle : credo Deum esse sanctum^ n'est pas, en soi, nécessaire à la pratique de la liberté, au contraire, les enseignements que nous donnent, à travers les siècles, les Socrate, les Sénèque, les Marc-Aurèle, les Pascal, ou, d'une façon plus précise, la connaissance des règles qui, selon ceux qui furent les plus sages des hommes, doivent, en chaque circonstance de notre vie, dicter notre conduite, cette connaissance est véritablement indispensable à celui qui veut être un homme.

L'enseignement libéral se défend donc d'être une école d'ignorance ; il se refuse à être un enseignement formel. Le jeune homme que nous aurons élevé sortira-t-il de nos mains l'esprit vide ou peuplé seulement de stériles formules; ne sera-t-il pas au contraire muni des plus essentielles connaissances, s'il sait, suivant l'expression de M. Lachelier, « ce que les hommes ont fait, pensé, senti aux principales époques de l'histoire* », s'il connaît les expressions les plus belles de la loi morale, s'il reçoit, en un mot, de notre enseignement une doctrine de la vie?

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