‹ L'enseignement secondaire et la démocratieChapitre 83 sur 94 · J. Lemaître, La France de demain du 15 juin 1898, p · texte numérisé non relu

J. Lemaître, La France de demain du 15 juin 1898, p

taxe compliquée et subtile; l'anglais, avec sa particule adverbiale si variée, si expressive, qui matérialise et colore les idées et les sentiments les plus impalpables, avec ses auxiliaires qui expriment des nuances de pensée inconnues au français, Tallemand et l'anglais ne sont nullement superposables au français, direct, simple, fin, plus abstrait que pittoresque. Que résulte-t-il de ces dissemblances? C'est une difficulté extrême, insurmontable pour des enfants, à traduire exactement et avec précision, à rendre les tours, les mots, les mouvements et comme la physionomie de la pensée ; c'est une nécessité de se contenter d'à peu près, d'expressions impropres, de périphrases, de tournures inexactes. « Souvent, dit M. Bossert, l'impossibilité de traduire est le meilleur des commentaires. Quand Macbeth, dans une de ses dernières tirades, s'écrie en maudissant la vie : oui, oui, brief candie! nous traduisons : éteins-toi^ court flambeau! Mais quelle énergique éloquence dans ce monosyllabe répété, d'un sens si plein qu'il n'a plus besoin du verbe qui l'accompagne d'ordinaire ! De même, la Lénore de Bûrger s'écrie : lier ist fier! ce qui veut dire que les morts sont morts^ pâle interprétation de ces deux adverbes monosyllabiques reliés par la plus simple des formes verbales. Une ballade de Gœthe, intitulée le Pécheur, est, d'un bout à l'autre, pour le traducteur, une lutte contre un texte impossible à atteindre * ».

« Impossible à atteindre », voilà un aveu qui est grave. N'est-il pas à craindre que des élèves à qui le professeur aura répété souvent : « Cette tournure, cette expression sont intraduisibles », ne prennent l'habitude

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