‹ L'enseignement secondaire et la démocratieChapitre 85 sur 94 · Cf. Marion, VÈducation dans VUnivcrsUéy p. 346 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. Marion, VÈducation dans VUnivcrsUéy p. 346 et suiv

s'intéresse au sujet du devoir qu'il corrige. Toute Tingéniosité du monde ne vaut pas, pour rendre une classe vivante et variée, l'accent ferme et animé, la conviction et le feu d'une parole sincère. Plus un maître renouvellera son enseignement, y mettra de lui-même, de sa pensée, de ses goûts, de ses préoccupations, plus cet enseignement sera varié, plus il intéressera les élèves et captivera leur attention.

Avoir des élèves attentifs, cela est certes un grand point; mais ce n'est qu'un point de départ. Que les élèves écoutent attentivement le maître qui parle, c'est bien; mais qu'ils parlent eux-mêmes, voilà qui est mieux. Bien loin de substituer son effort à celui des élèves, bien loin de leur épargner tout tâtonnement, toute peine, le maître doit multiplier pour eux les occasions de chercher, de réfléchir, d'agir. Dire le moins possible, faire trouver le plus possible, tel devrait être le mot d'ordre parmi les professeurs d'un enseignement libéral. C'est assez dire qu'il faut repousser, comme absolument opposée à' l'esprit de cet enseignement, la méthode dogmatique et tout ce qu'elle suppose.

Les « cours » d'abord, ou, d'un€ façon plus générale, le monologue du maître prenant la parole aussitôt les leçons récitées et ne l'abandonnant qu'au roulement du tambour. Un dialogue, ou plutôt une causerie que le professeur conduit adroitement, où il questionne et suggère plus qu'il n'enseigne, interrogeant, non pas un seul, mais tous, ne permettant à personne de s'isoler, entraînant toute la classe dans un effort commun qu'il stimule et dirige, voilà le modèle d'un enseignement vraiment actif et excitateur de pensée.

enseignement libéral où tout, au contraire, doit être concerté pour tenir constamment en éveil la pensée des élèves, l'obliger à l'attention, à la recherche, à Teffort. Comment y réussir? Distinguons la méthode en classe et hors de la classe. En classe, une méthode active consiste d'abord à exercer l'attention des élèves. Or, c'est une loi psychologique que tout ce qui dure cesse de retenir l'attention. Il n'est pas de maître un peu observateur qui n'ait été frappé, à la fin d'un exercice trop prolongé, par l'attitude significative de ses élèves, postures nonchalantes, regards distraits ou errants, débandade des esprits qui se dispersent. En conséquence, notre enseignement fuira la monotonie*. Cela ne veut pas dire qu'une classe doit être décousue et qu'on y doit passer sans cesse d'un exercice à un autre, d'un thème à une version, d'une correction de composition française à une explication d'auteur latin ou grec. Cela veut dire seulement que le professeur doit mettre tous ses soins à varier, à renouveler l'intérêt d'un môme exercice. Tous les maîtres connaissent les moyens propres à réveiller la curiosité qui se lasse, interrogation adressée à propos à un élève distrait, question inattendue posée à toute la classe, procédé nouveau d'explication, tour paradoxal donné à un lieu commun, généralisation ou transposition adroite des faits, comparaisons familières, etc. Ces moyens, certes, ne sont pas à dédaigner et certains professeurs en obtiennent des résultats surprenants. Le meilleur moyen cependant — et le plus sûr — sera toujours que le maître prenne plaisir luimême à ce qu'il fait, qu'il aime lauteur qu'il explique,

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