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CHAPITRE XI

De la Tflcbe doctrinale des nniTersiUs catholiqi

La tâche doctrinale des universités Ci liques est .immense. Est -elle suffisami comprise de ceux-là même qu'elle de le plus intéresser? Nous ne voulons p mettre en doute. Il y aurait plus qu'un j ii y aurait une faute, peut-être irrépar.

à la méconnaître. Qu'il nous soit permis de l'esquisser en traits génér et de démontrer, s'il est possible, auî prits les plus rebelles son opportunité, urgence et sa grandeur. Lorsqu'on i ce que nous sommes résolus d'accompl beauté de l'œuvre ralliera peut-être à les hommes de bonne foi ; dans tous les elle commandera le respect et l'estii ceux mêmes qui, aujourd'hui, se per tentde nous dédaig^ner.

Le besoin le plus impérieux des âmes, à notre époque, c'est la vérité. Jamais elle n'exerça moins d'empire.

Des trois g*randes sources par lesquelles elle jaillit jusqu'à nous : l'expérience, la raison et la foi, les deux dernières sont à peu près taries pour une multitude d'intellig'ences. Le courant nous emporte dans la direction des sciences de la nature, de l'observation et du fait. Les sciences de l'âme et la métaphysique, en première lig*ne, sont délaissées ou niées ; la théologale et les sciences de l'ordre divin le sont plus encore. Les savants seuls abondent, les philosophes sont rares, les lhéolog*iens plus rares, et plus dédaignés que les philosophes. ^L'expérience a tout crédit, la raison et la foi comptent à peine. Aussi les ténèbres sont-elles g*randes parmi nous : si la nature matérielle se révèle. Dieu et l'homme en ce qu'il a d'immortel se voilent, et, s'il fait jour sur la terre, il fait nuit noire dans le ciel.

La . vérité subsiste quand même :

l'homme en la contemplant ne la crée pas, il en est T humble témoin ; pareillement , lorsqu'il s'en détourne, il ne la détruit pas ; et son apostasie ne fait que montrer combien la vérité est nécessaire. A mesure qu'il la nie, les abîmes se creusent, les mœurs se corrompent, le g^énîe s'éteint, les g'rands caractères s'en vont, les lois fléchissent, les sociétés s'ébranlent, les races s'atrophient : tout meurt.

Aussi les hommes de la science positive auront beau nier la science philosophique et la science religieuse, il n'est pas en leur pouvoir de les supprimer. En dépit de leur nég*ation les traditions immortelles de la raison persistent, consig^nées dans l'histoire en traits indélébiles, et g^ardées dans le secret, par des âmes vivantes qui en conservent l'inviolable dépôt. M. Aug^uste Comte et ses disciples ne feront pas oublier Aristote ni Platon. A travers tous les blasphèmes d'une g^énération

pour laquelle Dieu semble un être fini, et sa science un rêve de cerveau d*enfant, la tradition divine de la foi ne fléchit pas. Que dis-je? elle se renforce. L'autorité qui la g^arde est plus visible^ ses rayons sont plus éclatants. Le foyer brille moins, sa flamme est moins expansive; mais elle est plus concentrée et plus intense. Quand bien mêmeon ne frappe pas le silex pour en tirer Tétincelle captive, la flamme y est : ellç en peut jaillir, et il n'appartient à personne de réteindre.

Il y a donc pour Thomme trois sphères de vérités : la première renferme les connaissances positives, elle a pour flambeau Texpérience ; la seconde comprend les connaissances rationnelles, elle a pour astre la raison ; la troisième embrasse toutes les connaissances suprarationnelles ou divines , elle a pour centre la foi. Tel est le patrimoine intellectuel de la race humaine.

Il n'est pas donné à tout homme ni à tous

les siècles de le faire fructifier ég'alement dans ses diverses parties. Certains hpmmes ne font usage que de leur raison expérimentale, d'autres se vouent à la contemplation de ce monde idéal que la raison spéculative explore; et il en est enfin qui, écoutant la voix de Dieu et de son Christ , se consacrent à recueillir et à traduire en lang^ue humaine les mystères et les oracles de l'Infini. Suivant les courants qui les entraînent, les siècles et les hommes se mettent en communion avec la nature, avec l'humanité ou avec Dieu. Ce sont les trois centres nécessaires autour desquels g^ravile toute intellig*ence ; et quiconque veut apporter à la somme des vérités acquises un appoint nouveau, est contraint de puiser à l'un de ces trois foyers. Toute œuvre doctrinale a forcément pour objet de mieux nous révéler la nature avec laquelle nos sens nous mettent en rapport,! le monde intime et idéal delà raison, ou le monde divin de la foi.

Les universités catholiques ont-elles une

tâche spéciale en cette œuvre de lumière?

Ne s'agit-il pour ces institutions que de restaurer l'antique enseignement de leurs vénérables aïeules? N'ont-elles qu'à secouer la poudre des vieux livres de nos Docteurs et de nos Pères, et qu'à commenter à notre g*énération ces chefs-d'œuvre incompris? Est-ce pour refaire simplement les disciples de Pierre Lombard, d'Albert le Grand, de saint Bonaventure ou de saint Thomas d'Aquin, que nous allons ouvrir de nouvelles écoles? Le passé a-t-il tout dit, et n'avons-nous plus qu'à en apprendre les leçons oubliées, ou bien l'avenir a-t-il des secrets à nous livrer? Faut-il reg^arder en arrière, ou croire en l'avenir?

Bref, les universités catholiques ont-elles une œuvre urgente, providentielle à accomplir, oui ou non ?

Énoncer de telles questions, c'est les résoudre. Celui qui croirait que la nature n'a plus d'énigmes à nous poser, que la science philosophique n'a plus qu'à s'immobiliser dans

des solutions depuis long*témps formulées, que la foi n a plus de développements à recevoir^ celui-là méconnaîtrait étranglement la nature, T homme et Dieu. L'histoire lui înflig'erait d'ailleurs un démenti sans réplique.

La science ne va-t-elle pas toujours entassant découvertes sur découvertes? La raison, sous l'ég^ide de la foi, ne combat-elle pas toujours, avec des armes renouvelées et plus solides, des erreurs toujours plus vieilles et mieux démasquées ? L'esprit de Dieu cesse-t-il, un instant, de communiquer aux hommes une intelligence plus nette et plus étendue de sa parole, de ses desseins et de ses œuvres qui vont g*randissant ? La science divine se déroule avec les siècles, il est des temps où Dieu dévoile des secrets qu'il avait cachés jusque-là. Quand il apparut à Moïse :

Je suis, dit-il, le Dieu d'Abraham, d'Isaacetde Jacob ; et je ne leur ai pas dit mon vrai nom: Adonaï (1). Dieu n'efface jamais aucune des

{{) Exode, ch. 6.

pag*es delà Révélation; maisjl nous accorde de les mieux lire : ce qui était vag'ue se précise, ce qui était enveloppé se découvre; et c'est en cela que consiste, d'après saint Thomas d'Aquin, l'élément progressif de la théolog'ie (1). Dès qu'un dog'me est promulg'ué, il faut que la théolog'ie s'en empare et l'interprète. L'énoncé suffît à la foi; le commentaire et l'interprétation sont nécessaires à rintelligence raisonnée de la Foi. Une g^rande vérité qui concerne la constitution même del'Eg'lise, l'infaillibilité, a été définie : les docteurs n'ont-ils pas à en faire, si l'on peut ainsi dire, la théolog'ie?

Des universités catholiques qui se fonderaient en reg*ardant seulement le passé, ne comprendraient g'uère la mission qui leur est échue ; elles ne pourraient aspirer à séduire ni à entraîner la jeunesse; vieilles en naissant, le jour de leur inaug'uration serait celui de leur décès.

(I) Somme théologique (2. 2. q. 4 a 7).

Soit, dira-t-dn, il y a du nouveau à faire; mais quoi ? Indiquez-le.

L'œuvre nouvelle, c'est la synthèse actuelle de tout le savoir humain. Une telle harmonie existe en elle-même; elle est la première loi de la vérité; mais elle n'existe pas pour la masse des contemporains, et il esturg^entde la leur montrer.

Des savants trop nombreux vivent dans cette erreur, qu'entre la science expérimentale et la foi il existe une opposition fatale, et que, si la science est vraie, la foi est fausse. Il faut leur prouver jusque dans le moindre détail que rien, dans la science, ne heurte les mystères de la foi, que tout au contraire les illumine et sert à les mieux comprendre. Des philosophes enseig'nent que la raison humaine est le dernier faîte de nos connaissances et qu'au-dessus d'elle il n'y a pas d'enseig^nement divin ; il faut leur démontrer que cet enseig'nement existe, et que, loin de contredire à la raison, il la con firme, la complète, et l'élève jusqu'à Dieu.

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Cette œuvre semble bien simple : elle est immense. Assurément la thèse g'énérale de rharmonie entre le monde divin de la foi, le monde humain de la philosophie et le monde matériel de la nature, est vite établie. Mais ce n'est point là ce que nous demandons. 11 nous faut un rapprochement point par point, détail par détail, de ces trois mondes ; une telle œuvre ainsi comprise réclamera tout un siècle, des milliers d'ouvriers et plusieurs g^énérations. En effet, pour harmoniser les trois sphères de connaissances dans lesquelles se concentre tout l'ensemble du savoir humain, il est nécessaire de les bien connaître. Où sont donc, je le demande, les savants qui se sont consacrés à l'étude des sciences philosophiques et théolog*iques? Où sont les philosophes qui ont appliqué leur esprit aux sciences divines et à celles de la nature ? Où sont enfin les théolog*iens qui, comprenant le g^rand sens de la théologale, ne sont restés étrangers à aucune des sciences humaines et matériel-

les et les ont toutes connues, du moins dans leurs g*énéralités?

De tels hommes sont-ils nombreux en France, en Europe? Leur existence serait un phénomène, car ils ne naissent pas tout formés; ils se préparent lentement et laborieusement. Qu'on nous montre les institutions françaises, et même étrang*ères, d'où ils auraient pu sortir ! Est-ce de nos séminaires? Est-ce de nos facultés de théologale? Est-ce de nos facultés des lettres? Est-ce de nos facultés des sciences? Toutes les connaissances humaines , aujourd'hui , sont enseig^nées séparément; on les isole ou on les oppose, quand il faudrait les réunir. Au lieu de faire de la science synthétique et comparée, on ne fait partout que de la science analytique et séparée.

Dans les séminaires, la théolog'ie, nous lavons vu, est condamnée à être une science professionnelle; elle lang'uit un peu routinière, sans se renouveler, toujours aux pri-

ses avec les mêmes textes et les mêmes interprétations, et aucun élément nouveau ne vient rajeunir les antiques formules. On se contente de réfuter sommairement les erreurs contemporaines et d'opposer des arg^uments presque toujours trop vag^ues aux attaques précises d'une science qu'on ne connaît pas assez, pour la combattre avec succès.

Dans les facultés de théologie, Tapolog'étique absorbe toutes les forces. Vivant face à face avec le monde hostile à nos dog^mes, les professeurs sont plus à même de comprendre cette opposition et plus capables de la vaincre. Aussi, les meilleurs travaux d'apolog*étique sont-ils sortis non pas des séminaires, mais des facultés de théolog'ie. Cependant tous ces travaux, excellents en eux-mêmes, manquent d'ensemble.

On voit bien que, malg'ré leur talent souvent hors ligne, ces maîtres ne sont initiés ni aux généralités de la science, ni à une philosophie puissante, ni même aux trésors

inépuisables de nos traditions relig^ieuses.

Et lorsque Tun d'eux est renommé par sa supériorité dans la science positive, la philosophie ou la tradition, il se renferme dans sa sphère spéciale el ne sait pas rattacher la science expérimentale à la foi, ni apporter à la science les lumières supérieures de la révélation.

Dans nos chaires de philosophie universitaire , risolement des problèmes dé la raison est un principe. On a grand soin de creuser entre la philosophie rationnelle et la philosophie relig*ieuse d'infranchissables abîmes, comme si la raison et la foi pouvaient perdre à un tel rapprochement. Lorsqu'on s'avise de les mettre en présence, ce n'est trop souvent que pour les opposer et les affaiblir par cette opposition apparente. Quant aux chaires scientifiques où il serait à souhaiter que les maîtres se contentent d'exposer les faits de l'expérience et les résultats de l'observation, c'est de là que par-

lent les excursions les plus intempestives dans le monde de la conscience et de la foi.

Le savant, comme tel, n'est qu'un profane; il n'a pas le droit d'entrer dans le cénacle où Platon enseig^ne, ni de franchir le seuil du temple où Dieu dit son nom. Qu'il se borne à enreg'istrer les phénomènes et à les classer ; son domaine est restreint à la rég^ion de l'expérience ; s'il veut interpréter rationnellement ou relig*ieusement ses observations, qu'il se déclare philosophe ou théolog'ien et qu'il parle au nom de sa philosophie ou de sa foi. Mais non, devant une cornue, il proclame que Dieu n'est pas ; et, l'œil fixé sur le microscope, il enseig^ne que l'âme est introuvable.

On le voit, la grande œuvre de la synthèse de tout le savoir humain est à réédifier; et il appartient aux universités catholiques d'en proclamer Turg'ence et d'en poursuivre, sans plus tarder, la difficile exécution. En effet, nous l'avons^tabli, il ne faut compter ni sur les séminaires, ni sur

les facultés de théologale dont plusieurs causes fatales paralysent l'action, ni sur les facultés des lettres ou des sciences.

L'œuvre ne s'accomplira pas> ou elle ne s'accomplira que par les nouvelles universités.

Il faut pour cela que le plus largue esprit doctrinal les anime. Qu'est-ce qu'un tel esprit? Je réponds, sans hésiter : l'esprit catholique au sens le plus vrai du mot, ou pour mieux dire, Tesprit théolog*ique.

Il implique l'universalité et l'harmonie :

par l'une il embrasse toute doctrine, aussi bien la doctrine delà science naturelle, que la doctrine de la raison et les enseig'nements de la foi ; par l'autre, il rapproche ces trois mondes, et en subordonnant, d'une part, les sciences expérimentales à la métaphysique, d'autre part, les sciences rationnelles aux sciences de l'ordre divin, il réalise la plus mag*nifique synthèse que Tintellig^ence de l'homme soit capable de contenir et de rêver.

C'est de la théolog^ie , dira-t-on : or la théolog'ie est pour les incroyants une science usée, et, pour certains croyants, une science faite. Si elle est usée, à quoi peutelle sei^vir? Vos universités ne lui rendront pas la vie. Si elle est faite, elles sont inutiles, il ne leur reste rien de neuf à accomplir; elles ne seront qu'un vain retour au passé.

Rien n'est plus faux. La ihéolog^ie n'est ni une science usée, ni une science terminée. L'erreur des incroyants qui pensent en avoir fini avec la science théolog*ique, n'a d'ég'ale que celle des croyants qui se persuadent que le livre de la science sacrée est rempli, le volume scellé, et qu'il suffit d'en tirer de nouvelles éditions.

Tant qu'il y aura des hommes de foi qui n'auront répudié ni la raison ni la science, il y aura dans leur intellig^ence un effort persistant pour mettre la science et la raison d'accord avec la foi. L'unité est le premier besoin de notre esprit. Or, qu'est-

' ce que la doctrine théoIog*ique ? la synthèse de la science, de la raison et de la foi. Qu'est-ce que le théolog*ien (1)? Tesprit universel qui sait lire, dans les phénomènes elles lois de la nature, les phénomènes et les lois de Tâme humaine, et, par tous les phénomènes et toutes les lois delà création, aug*urer de la vie intime de TÊtre incréé ? Il fait plus et mieux encore. Initié par Dieu même à la connaissance du principe absolu, il sait que tout en procède et que tout y retourne, que l'éternelle loi divinement révélée rég'it conformément à elle-même aussi bien le monde matériel que le monde humain.

Partout où la foi, la raison et la science coexistent, la théolog^ie ne saurait être usée ; loin de là, elle est impérieusement nécessaire. Dans notre monde humain, la science existe-t-ellé? La philosophie existet-elle? La foi existe-t-elle ? Nous le demandons aux incroyants.

(1) Lire le panégyrique de saint Thomas d'Aquin par le père Lacordaire.

Us ne nieront pas la science ; sa puissance n'a jamais été plus active ni son autorité plus obéie. Et la philosophie, la croientils morte? Elle ne peut pas plus périr que la raison. Sans doute, elle est sujette à des déclins; mais, toujours occupée à construire des théories, même en se proclamant sceptique, elle ne meurt pas. Elle prouve qu'elle vit encore, puisqu'elle bâtit un système.

Au surplus, il y a dans les dog'mes révélés toute une g^rande philosophie qui ne saurait disparaître du monde, elle est impérissable comme la foi qu'elle interprète et qu'elle défend. Mais la foi est-elle éteinte? On le croit peut-être. Illusion. Est-ce une foi décrépite, oelle qui se trouve g'ardée par la société la plus puissante, par la hiérarchie la plus compacte que l'histoire ait jamais vue?

Si donc aucun des éléments de la science théolog'ique n'est usé, comment la science le serait-elle? Non, loin de périr jamais, ^Ue subira la fortune des trois lumières dont elle doit mélang*er harmonieusement les rayons.

Toutes les découvertes dans la science de la nature, tous les prog^rès dans la science de rhomme, loin d'effrayerma foi, la réjouiront au contraire en lui prophétisant des clartés plus pures et une science divine plus étendue.

La théolog^ie n'est donc pas une science surannée, etjnous ne pensons pas davantag^e qu'elle n'ait plus rien à dire.

Les œuvres de Dieu ne sont jamais closes.

Même après le Sabbat de l'Eternel ouvrier^ elles se développent et g*randissent. Les espèces se succèdent ; les mondes se remuent et prog'ressent dans la lumière et dans l'unité; l'humanité croît et se multiplie; le Christ paraît; son mouvement relig*ieux parcourt l'univers et décrit des orbes g*ig*antesques qui enveloppent peu à peu le g*lobe entier.

Pourquoi la théologûe, qui est la lumière du Christ, s'immobiliserait-elle? Au nom de qui veut-on lui donner pour limite tel siècle ou tel g*énie? Il y a deux parts dans

toute science : l'une invariable et fixe, l'autre mobile et progressive. Les principes sont immuables ; les conclusions se succèdent et les applications chang'ent à l'infini . Un esprit mieux éclairé, enrichi d'éléments nouveaux, en pourra toujours tirer de nouvelles; et comme les conclusions reflètent sur les principes dont elles découlent la clarté qu'elles en ont reçue, les principes d'une science peuvent, sous ce rapport, acquérir eux-mêmes un surcroît de splendeur.

Au point de vue des principes^ nous le savons, la doctrine théolog*ique est faite, La foi ne saurait être modifiée d'un iota : les articles du symbole, les définitions del'Eg^lise, l'Écriture sacrée, ne sauraient être changées: et il ne faut pas attendre de nouveaux évang*iles ni même de nouvelles épîtres.

Quant aux Pères des premiers siècles, aux docteurs du moyen âg'e, et aux théolog*iens qui les ont suivis, tous ont apporté à l'exposition et à la défense des dogmes une

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DES UNIVERSITE?*ÏÏSffl8nQUES. 281

intellig'ence admirable et une philosophie sublime. Leurs enseig^nements forment le riche dépôt de notre tradition doctrinale; mais ce serait les bien mal comprendre que de se limiter à la lettre de leurs écrits.

Ils ne sont pas pour nous une borne, ils sont des g'uides ; ils ne nous ferment pas la route, ils l'ouvrent plus spacieuse. Le maître n'a pas pour mission seulement d'enseig'ner au disciple la science faite, il doit encore lui révéler la science à faire. Nos anciens dans la foi sont nos maîtres : Dieu nous g'arde d'être jamais infidèles à leur esprit ! Mais, tout en marchant sur leurs traces, n'oublions pas que la lumière de Dieu g'randit, et qu'à l'exemple de nos aïeux, nous devons vouer notre intelligence aux prog*rès de la doctrine.

La théolog*ie, immual)le dans ses principes, se modifie dans ses formes et se fait à chaque siècle. Dans ce mouvement incessant, rig'norance, les passions, les intérêts occasionnent plus d'une erreur : bien des

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imperfections se g^lissent, bien des fautes:

se commettent, plus d'un sophisme se mêle aux raisons solides que Ton apporte à l'interprétation du dog'me ; mais le siècle suivant corrig'e le siècle qui a précédé, et le temps , sous Tœil de Dieu , se charg'e de consumer et d'emporter tout ce qui n'est pas incorruptible.

Les Pères de l'Ég'lise ont fait la théolog'ie qui convenait à leur époque et aux erreurs contre lesquelles ils devaient se défendre.

Les docteurs du moyen âg*e, et au-dessus d'eux saint Thomas d'Aquin, ont fait eux aussi la théolog'ie de leur temps. Ils ont embrassé dans la plus vaste et la plus harmonieuse synthèse toute la science, toute la philosophie de cet âg^e, et toute la foi traditionnelle. Sous la g'arde de ce monument immortel les croyants ont vécu et y vivent encore. Ceux mêmes qui, aujourd'hui, ne le connaissent point, en saluent, par la pensée, les vieilles splendeurs; on dirait qu'à six siècles de distance, cette œuvre puissante

les protégée et que son ombre seule les met à Tabri de toute attaque.

Les pyramides sont debout : FEg^ypte n'a pas à craindre Tenvahissement des sables.

Depuis la synthèse réalisée au treizième siècle, aucun essai pareil n'a été tenté. Au seizième la théolôg*ie s'est limitée aux controverses avec les protestants et a porté ses efforts principalement sur l'étude de l'Eg'lise, de la hiérarchie, des sacrements et du culte. Au dix-septième, les mêmes discussions se sont perpétuées; mais rien d'orig*inal n'a été produit par les g^énies pourtant sans pareils qui en sont la g*loire. Les uns se contentaient de traduire dans un g^rand lang^ag'e la tradition divine; et les autres, appliqués à la science ou à la philosophie, donnaient un essor nouveau à l'esprit humain avide de mieux connaître la nature et de pénétrer dans le monde de la raison qu'Aristote occupait un peu trop en maître.

Au dix-huitième siècle, la théolog*ie, en

France surtout, est devenue purement apologétique; elle a dû se préoccuper de Finvasion formidable du matérialisme et du rationalisme menaçant d'emporter dans son torrent, non plus la foi, mais la raison ellemême. Le dix-neuvième a suivi le mouvement de celui qui l'avait précédé ; ses meilleurs génies chrétiens n'ont travaillé qu'à défendre la foi sur Je terrain du sentiment et de l'imagination comme Chateaubriand, sur le terrain politique et social comme de Bonald, le premier Lamennais et Montalembert, sur le terrain de la doctrine comme de Maistre, Lacordaire, Gratry : je ne parle que des morts.

Ne sent-on pas qu'il y a désormais une grande ceuvre à accomplir, et que l'heure est venue de reprendre, en la rajeunissant, la vieille synthèse doctrinale du treizième siècle?

Nous en avons la conviction : c'est là ce que réclament, à leur insu, une foule d'esprits ; c'est le vœu secret qu'ils ne se for-

• Il

mulent peut-être pas encore, mais qui se remue au plus profond d'eux-mêmes.

Il y a d'inexprimables tiraillements dai les âmes. On subit le prestig-e d'ui science qui. depuis quatre ou cinq siècles, fait des découvertes inouïes et démontré l'e reur enfantine de nos pères sur plus d'i point grave ; on croit à la raison humai) dont les faux systèmes ont été mieux conni et les lois étudiées par une analyse pli savante ; on se sent subjug^ué par une I qui répond toujours à d'invincibles besoin dont la puissance divine résiste à toutes I attaques et défie le temps lui-même :

y a des hommes qui se sentent de l'éterni par leur âme relig-ieuse, de leur temps p leur raison et par leur science. Que passe-t il sous leurs yeux? la g^uerre imp des sciences contre la philosophie, de la pi losophie et des sciences contre la Foi. Cet lutte n'est pas seulement en dehors d'eu elle est en eux-mêmes; de là, tous les troubl du dehors et tous les déchirements du d

dans. Que faire? Mettez-vous sans retard à la synthèse théologique de tout le savoir humain. — Elle eîfiste, reg-ardez; ilyaeinq clés qu'elle est faite. — Non, non, la syn- ?se du moyen èg-e ne saurait suffire, et ilà pourquoi la résurrection des univerés est si opportune.

En veut-OD la preuve? La science du )yen Age est dépassée, ruinée, réduite poudre. Son astronomie, sa chimie, sa ysique et sa physiologie, sont plus vieilles e l'armure de ses chevaliers. Quant à la ilosophie, il est impossible que nous ne lions pas compte des travaux prodigieux li, depuis quatre siècles, ont eu l'étude de me et l'Infini pour objet. Si solide quesoit, ns ses bases, la philosophie ancienne, elle ut, sans s'amoindrir, prêter l'oreille à des mmes comme Pascal, Descartes, Fénelon, ilebranche, Leibnitz, et croire qu'elle prendra d'eux plus d'une vérité. Spinoza, int, Heg-el, et, après eux, tous les partisans

du matérialisme scientifique ont formulé de perfides systèmes : de telles erreurs ne paraissent pas sans provoquer des luttes d'où la vérité sort plus nette et plus inébranlable. 11 en est des hérésies contre la raison comme des hérésies contre la foi : elles confirment et mettent en relief ce qu'elles semblaient vouloir ébranler et détruire. Enfin, si la foi est restée la même, ses dog»mes sont plus définis, Tarchitecture de TEg'lise est mieux connue, Taclion de Dieu sur les peuples et la place du Christ dans l'histoire sont plus visibles.

Tout serait donc préparé pour une œuvre semblable à celle dont le moyen âg^e nous a donné l'exemple. Après les ténèbres du neuvième et du dixième siècle, lorsque la science parut avec les Arabes et la philosophie avec les livres d'Aristote, un mouvement invincible entraîna les esprits à mettre en harmonie cette science et cette philosophie avec la foi des docte urs.

Depuis plus d'un siècle nous nous débat-

zSs DE LA TACHE DOCTftIHALE

tons dans la nuit. Avec Bacon, notre science expérimentale se crée. Avec le seizième sièe, les matériaux d'une philosophie plus rg-e et plus puissante se multiplient : c'est leure ou jamais de nous mettre au labeur, lisons la lumièi'e dans ce chaos et accortns cette science et cette philosophie ec une foi qu'elles ne connaissent pas sez , et qui, elle-même, les ignore. Avant le la synthèse du moyen âg^ se créât, il ist passé de longs jours ; entre le Maître s Sentences et saint Thomas d'Aquîn il s'éule plus d'un siècle. Combien attendrons- >us avant de voir nos universités consomer leur œuvre et produire les grands ouiers de lumière dont notre monde a bein ? Qu'importe ! Le temps est à nous, ou utôt il est à Dieu ; et Dieu même sera itre force dans ce travail entrepris pour triomphe de la vérité.

Quiconque aura compris la mission provintielle de nos universités verra combien iCS resteraient au-dessous d'elles-mêmes.

DES UfllVEESITliS CATnOirQURS. 2»

si elles se bornaient à i'enseig^nement di droit, des lettres, de la médecine, en y ajou tant ce qu'on nomme vag-uement l'esprit ca tholique.

Il faut, avant tout, que les sciences d( l'ordre divin y soient largement enseig-nées Il est upg-ent que des chaires spéciales nou; mettent sans retard en présence de toute Ii science théologique des anciens; les Pèrei de l'Ég-lise sont peu connus; le Ireizièmi siècle et la scolastique le sont moins encore on a à peu près oublié les controverses di seizième. Il faut reprendre une connaissanci précise de tout cet antique édifice, et, puisque nous devons y apporter des éléments noa veaux, il est indispensable d'en connaîtn tout le dessin , pour ne pas nous exposer j des hors-d' œuvre et peut-être à d'incons oientes destructions.

L'œil fixé vers le passé, nous somme!

en communion intime avec l'âme de noi maîtres, et il ne nous reste plus qu'à re

cueillir les inspirations du présent et à nous étendre vers Tavenir.

Trois chaires seraient d'une importance capitale à ce point de vue : la chaire de philolog'ie sacrée , la chaire des sciences naturelles, la chaire d'histoire. Il est de la plus pressante nécessité que F étude des lang*ues nous arme pour rintellig*ence du texte de nos Saints Livres , que celle de Thistoire nous prépare à les interpréter historiquement , et que Tétude des sciences naturelles nous permette de mieux lire les premières pag'es de la Genèse. Autour de ces trois centres se rnultiplieraient les chaires spéciales qui auraient pour objet Tétude expérimentale de la nature. Une chaire de.

philosophie, couronnant ce vaste enseig*nement, le ramènerait à Funité rationnelle, et rallierait autour d'elle toutes les chaires de littérativï*e et de droit. Enfin, les chaires d'apolog»étique viendraient se serrer autour des chaires classiques du dog'nie, de la mo-

raie et du droit canon. Elles défendraient au jour le jour contre les attaques du dehors Tédifice menacé. On le verrait s^élever peu à peu, et il ne tarderait pas à abriter les întellig'ences qui, fortifiées à son ombre, iraient ensuite attaquer Terreur et la prévenir jusque dans ses principes.

Telles sont les lig^nes de l'œuvre totale.

Nous nous bornons à les esquisser (4). Qu'on

(\) Qu'il nous soit permis^ pour compléter notre pensée, de tracer en abrégé un projet d'organisation d'une Écoîe normale du clergé, ou d'un Séminaire supérieur qui deviendrait bientôt une Faculté de théologie. Nous avons surtout en vue Paris; mais il serait facile de constituer en France quatre ou cinq séminaires supérieurs avec deux ou trois provinces ecclésiastiques groupées autour de la métropole cen^ traie.

Vingt-cinq évéques se sont unis à S. E. le cardinal-archevêque de Paris pour la fondation de l'université libre; il y a lâ un élément certain de force et d'autorité qui, en peu d'années, pourrait produire une grande école théologique digne des plus célèbres de notre histoire.

Chaque évêque peut créer dans son diocèse quelques bourses destinées à entretenir constamment dans l'unitersité catholique un petit nombre d'élèves boursiers^ auxquels se joindraient des élèves payants, venus des divers points de la province« Les uns seraient choisis librement, au concours^ parmi

se pénètre seulement de l'esprit doctrinal de notre admirable relig^îon, et la lettre viendra

les élèves sortant de rhétorique; les autres^ approuvés par leurs éyêques respectifs, seraient admis à l'université, après examen.

Le clergé ne devant pas rester étranger au mouvement de la science et de la littérature, il y aurait grand avantage à discerner les aptitudes des élèves boursiers, et à destiner celui-ci aux sciences, celui-là aux lettres, les autres à la théologie. Nous aurions ainsi des licenciés et des docteurs es lettres ou es sciences, à côté des bacheliei^s et des docteurs en théologie. Il serait même à souhaiter qu'on fit un an de sciences avant d'entrer dans la faculté de théologie.

Le cours de théologie embrasserait au moins six années : deux de philosophie et quatre de sciences sacrées. Quatre professeurs seraient indispensables dès la première année : un pour la philosophie, un pour les lieux théologiques, un pour l'histoire ecclésiastique^ un dernier pour l'Écriture Sainte. - Dès la troisième année, la Faculté de théologie peut être constituée avec les professeurs mentionnés et ceux de dogme, de morale et de droit canon.

Tel est, ce nous semble, le minimum nécessaire à une faculté de théologie. Ne serait-il pas facile de le réaliser sans bruit et sans trop de frais?

On devine les avantages inappréciables que trouveraient les élèves ecclésiastiques destinés aux letties, aux sciences et à la théologie, réunis dans la même université, sous la direction intellectuelle des professeurs libres, et sous la direction . morale non moins importante de deux ou trois prêtres choisis à dessein.

DES DNITERSITÉS CATHOLIQUES.

d'elle-même. L'âme fait le corps. L'i habile, quand son art le passionne, embarrassé pour choisir et trouver so Irumenl?

La liberté de renseignement supérieur va ouvrir à la vérité une ère nouvelle. Elle était captive, enchaînée, elle sera désormais affranchie; elle s'immobilisait aux mains du monopole, elle se répandra, elle se développera sous rinftuence des âmes convaincues qui en ont le culte et de TEg^lise qui, née du Christ pour rendre témoig^nage à la vérité, usera mieux que personne de Tindépendance conquise. Nous sommes pleins de confiance. Qu'on nous permette, en terminant ces pag*es, de dire ce que nous espérons. L'avenir est le domaine réservé de Dieu , mais il est aussi celui des espérances de l'homme ; et c'est un devoir en même temps qu\in besoin de Finterrog^er

du reg'ard : cette vue relève et encouragée à Faction.

Le premier effet qu'obtiendront nos universités, pour peu qu'elles restent fidèles à leur mission, sera la concorde des esprits.

Non-seulement elles ne perpétueront pas la g-uerre doctrinale dont on gémit ; elles l'apaiseront. En effet, ce qu'elles vont combattre, c'est l'ig'norance, et surtout Tig^norance de la vérité religieuse : or, de toutes les causes de nos divisions, il n'en est pas de plus active ni de plus tristement féconde, Tant qu'elle subsistera, les préj ugés se multiplieront; à mesure qu'elle diminuera, ils disparaîtront. Les erreurs qui prennent naissance dans les cœurs corrompus pourront résister sans doute à la lumière ; mais elles sont moins à craindre. Réunissons d'abord dans le vrai les intelligences droites, et nous aurons la paix de Dieu promise aux hommes de bonne volonté, cette paix contre laquelle ne prévaudra jtfinais la conspi-

ration des sophistes et des âmes dég»ràdées.

Quelle heure bénie et prospère que celle où nous verrons les hommes de la science divine et les hommes de la science terrestre se tenir par la main, entraînet* en avant et en haut Fhumanité dont ils sont les g'uides et les Vrais maîtres! Tandis que les uns exploiteront la terre, les autres conquerront le ciel; ceux-ci parleront à Tâme, du Père qui est aux cieux , ceux-là fouilleront ce sol d'où le corps a été tiré et feront servir à Tesprit toutes les forces de la nature matérielle domptée par eux. Cette heure ne peut être éloig^néè; nos universités la préparent : ce qu'elles cherchent, ce n'est pas Talliance de la croix et de Tépée, c'est l'accord de la pensée de l'homme et du verbe de Dieu.

Cet accord naîtra spontanément dans tout cœur loyal, le jour où, dépouillé de ses préjugées et affranchi de l'ig^norance, il aura entrevu les splendeurs de la Foi. Ce premier bienfait aura une portée incalculable : telle est l'influence de la vérité que, partout où

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elle règ*ne, elle devient un principe de force, de fécondité et de progrès.

Nous verrons apparaître les hommes complets, au lieu de ces esprits partiels et amoindris qu'une formation insuffisante et systématiquement exclusive a multipliés parmi nous. Une des plus pures gploires des universités nouvelles sera de les présenter fièrement au pays et à TÉg^lise dans un prochain avenir. L'arbre se ju^e à ses fruits : les institutions qui se créent pour donner renseig*nement supérieur, se feront connaître par les sujets d'élite qu'elles auront formés. Ce sont eux qui devront prouver que la foi ne diminue point la raison , que la science divine ne rétrécit pas ^ la science humaine, que le chrétien est plus qu'un homme, et, qu'à titre ég*al, l'intellig*ence instruite des mystères de Dieu domine de bien haut celle qui les blasphème, les répudie ou leur reste étrang'ère.

Jusqu'à ce que nous ayons fttit nos preuves, nous n'avons qu'à travailler modeste-

ment, ardemment, sans bruit. C'est ce qui a lieu : les universités nouvelles s'honorent par des débuts où le zèle n'a d'ég^al que la modération et le haut esprit de conciliation de^ maîtres. En cette circonstance comme toujours, le calme, la justice et la'plus délicate courtoisie se sont trouvés du côté dé la vérité et du bon droit. Lorsque les hommes éminents, formés à la pleine lumière de la doctrine , deviendront plus nombreux, leur influence ne tardera pas à se faire partout sentir. Ils seront les vrais sauveurs de la patrie en détresse, et nous croyons que ce sont les seuls qu'il faille attendre. Il est du moins permis de Tespérér.

Ceux qui n'ont eu pour guide que les enseigpnemerits précaires d'une science positive, ou les doctrines d'un rationalisme étroit, ont donné leur mesure. Ils ont vu, ils voient encore décliner dans leurs mains tout ce qu'ils ont touché : la littérature, les arts, la science, la philosophie et même cette science souveraine qui rég'it les peu-

pies, les affranchit et les moralise. Quoi d'étonnant? Dieu leur manque ; et Thistoire ne nous montre nulle part ni jamais de so< ciété prospère sans une haute doctrine religieuse. Là est le foyer sacré où s'allume la flamme des artistes, la source intarissable de l'inspiration qui fait chanter les poètes ; là est le dernier mot des secrets tant recherchés de la science, le suprême oracle que la philosophie ne trouve pas en elle-même ; là enfin réside la force surhumaine pour créer un peuple, pour le rég*énérer, quand il est déchu, le conserver en équilibre, une fois rég'énéré, et pour tenir constamment en haleine l'humanité qui doit prospérer toujours et toujours monter vers Dieu.

N'est-ce pas une science synthétique, et par là-même relig^ieuse, qui a élevé les pyramides, construit le Parthénon, inspiré Platon^ Sophocle et Homère, dicté la loi des douze Tables, donné à Rome son org^anîsation de fer, eng*endré avec le Christianisme toute une civilisation supérieure, des vertus in-

connues, un art original, une poésie i velle, des peuples nouveaux? IiOrsque ( doctrine se voile ou disparaît, les institut nées à sa lumière ne tardent pas à mou corps sans âme, elles se décomposer retournent à leur néant.

Nous qui avons reçu la parole indéfî ble du Christ, nous ne craignons pas qu doctrine disparaisse du monde; mais i pouvons la voir répudiée par des peu] trahie chez eux par l'insuffisance de ses g-anes ou voilée un moment derrière nuages de l'erreur. C'est le spectacle d jourd'hui, et la cause première de lat terrible par laquelle passent quelques f pies modernes.

Qu'elle se montre à nouveau, et nou!

tarderons pas à voir une terre nouvelle.

Il y a là un puissant aiguillon .pour muler les jeunes courages et l'ambitioi ces universités chrétiennes dont l'avenii si grand.

Que les hommes de la science totale se hâtent et viennent justifier ces espérances qu'ils portent en eux et dont vivent, à cette

heure troublée, tant de cœure croyants et intrépides.

A ce point de vue, Tœuvre des universités g^randit; et cette loi de liberté apparaît comme un monument sacré élevé pour être un abri à la conscience relig'ieuse.

Qui désormais oserait y toucher? Une de nos meilleures espérances, c'est qu'il sera respecté et ne tardera pas à être le témoin de la réconciliation des intelligences sincères^ un moment divisées.

Ce que le Père Lacordaire a écrit de son ,lit de mort sur la loi de l'enseig'nement secondaire, nous pouvons le redire avec autant de justesse de la liberté d'enseig^nement supérieur. Il est doux à notre piété filiale de reproduire ces p8rg*es immortelles et trop peu connues. On les croirait écrites à la clarté de Dieu même : la mort, en touchant de son aile les g»randes âmes, les ins-

CONCLUSION. a03

pire souvent et leur fait parler le langag'e de l'éternité.

c< La Révolution de 1848 avait enfin éclaire « une notable portion de la bourg'eoisie a française, et elle avait entendu que trois « cent mille hommes d'esprit ne suffisent « pas pour g»ouverner une nation de 34 mil- « lions d'hommes, si elle n'est pas préparée <c d'en haut par des lois qui s'imposent à la a conscience et créent, avec le respect de a Dieu^ le respect de l'homme lui-même.

« Cette lumière était tardive, mais elle « s'était faite et elle permit à M. le comte « de Falloux, ministre de Tinstruction pu- « blique et des cultes, de présenter à l'As- « semblée lég*islative un projet de loi, éla- « bore par une commission qu'il avait « nominée lui-même et qui révélait, par sa « composition seule, le progrès des esprits.

« On y voyait M. de Montalembert à côté « de M. Cousin, M. l'abbé Dupanloup à côté de M. Thiers, M. Laurentie en face « de M. Duhois, les noms catholiques mêlés

« aux noms universitaires, et tout un en- « semble d'hommes honorables, mais rap-f (< proches de loin, et qui indiquait que la (( raison, la log*ique et Téquité allaient enfin « traiter cette suprême question. En effets (( tous ces hommes si divers d*orig*ine et de « croyance parvinrent à s'entendre sur le « principe et le mode de la liberté d'enseia g^nement, saiis même excepter de son bé- « néfice les ordres religieux, et la loi fut « adoptée le 45 mars 4850, à une g'rande « majorité, après que la France eût g*émî a quarante ans sous le monopole d'une îns- « titution laïque. Il avait fallu trois révolu- « tions pour briser cette servitude, comme a au seizième siècle il avait fallu trente-six « ans de g^uerres civiles et religieuses pour « arriver à Tédit de tolérance et de pacifia cation qui fut la gloire de Henri IV, ente core plus que ses victoires. La loi sur la « liberté de renseignement a été l'édit de c< Nantes du dix-neuvième siècle. Elle a mis « fin à la plus dure oppression des cens-

« ciencesy établi une lutte légitime ^^ntne ce tous ceux qui se consacrent au sublime « ministère de l'éducation et de Tensei^ne- « ment, et donné à tous ceux qui ont une <c foi sincère, le moyen de la transmettre (f saine et sauve à leur postérité,

« La foi n'est pas un sentiment dénué « d.' expansion, une sorte de trésor occulte et <( avare qu'on garde pour soi dans le secret ^ de son cœur. C'est,- au contraire^ tout ence semble^ le plus profond et le plus comnau- <c nîcatif des sentiments de l'homme. Le re- (c pousser en lui, en déshériter ses enfants, « le contraindre même à les vouer à une in- « croyance précoce; n'est-ce pas un sup* « plice contre nature, qui surpai^se tous ceux « que les tyrans ont inventés contre leurs « victimes? Et lorsqu'on vient à réfléchir « que ce supplice était infligé dans un pays a catholique aux familles chrétiennes, on « ne peut qu'admirer la patience d'un si a grand peuple et admirer aussi cette -main « de Dieu qui fit choir successivement

Tfc^r

a trois dynasties, pour amener M. Thiers à a défendre, du haut de la tribune, cette li- « berté^ qu'il nous avait refusée en disant « autrefois : L'éducation, c'est l'empire. »

a Oui, c'est l'empire : mais lorsque le (( monopole n'existe plus, lorsque la con- « currence est ouverte entre tous, croyants « et incroyants, <5'est l'empire donné au plus « dig*ne, au plus dévoué, et, puisqu'il faut a toujours qu'il y ait lutte ici-bas, entre le « ))ien et le mal, entre l'erreur et la vérité, a quoi de plus juste que de leur dire : Gomi battez, et règne qui peut 1 Comme l'édit « de Nantes fiït pendant un siècle l'honneur « de la France et le principe fécond de l'é- « lévation intellectuelle et morale de son « Église, ainsi la loi sur la liberté de l'en- « seignement sera-t-elle la borné sacrée où « nos dissentiments, au lieu de se résoudre « en haines et en oppression, ne se livreront « plus qu'une guerre légitime, d'où sortira « le progrès naturel de la Société.

« Si une main téméraire, quelque puis-

< santé qu'elle fût, osait un Jour touchei :i cette borne plantée d'un commun accc

< au milieu de nos discordes et de nos ré^ 1 lutions, qu'elle sache bien que Louis XI I dans toute sa g^loire, n'a révoqué l'é 1 de Nantes, qu'en déshonorant son règi I en préparant le dix-huitième siècle et : ruine de sa maison. Il y a des points de ; l'histoire qu'on ne doit plus remuer : l'é - de Nantes en était un, la loi sur la libe ; d'enseig-nement en est un autre (1). »

(I) Le Testament du P. Lacordaire, publié par le conit< KoDtalembert.

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