CHAPITRE X
De quelques objections contre les universités catholiques.
Les partisans sincères de la liberté sont rares. Tel en proclame bruyamment le principe abstrait, et se montre, dan& la pratique, intolérant et despote. Tel se dit libéral, lorsqu'il fait partie de l'opposition; et si d'aventure il escalade le pouvoir, vous ne rencontrerez pas de pire autocrate. Mieux vaut César que ces faux libéraux. César a la franchise de son despotisme, il Térig-e en dog*me avec une sorte de cynisme qui ne saurait tromper personne; il fait des serviteurs, il ne fait pas de dupes. Ces prétendus libéraux démag'og^ues ont de faux masques, et ils ne sont, à vrai dire, que les tartuffes de la liberté.
On Ta bien vu dans les débats du parle-
ment, lorsqu'il s'est agi de Tenseig'nement supérieur. Certes, s'il y avait une loi équitable, que dis-je ? s'il y avait une loi qui s'imposait aux prog*rammes de tous les partisans de la liberté et du droit commun, c'était bien celle-là.
Comment! voilà des pères de famille, des hommes convaincus, qui, au nom de la conscience, de la relig*ion, de la justice et du droit commun, réclament la liberté d'enseig*ner leurs fils suivant leurs croyances, et c'est dans le camp de ceux qui se disent libéraux, que se forme l'opposition la plus implacable!
Il y a des cas où la haine est sans pudeur.
Si, pour certains adversaires de la liberté de l'enseignement, la conscience, la religion et la justice ne sont rien, il y a un principe qui du moins devait leur commander le respect, c'était la liberté même dont ils se proclament si haut les purs chevaliers. Non :
la haine a été plus forte que la liberté. Au fond, ces hommes ont la haine du catholicisme, et c'est à ce sentiment indigne
qu'ils ont obéi en essayant de barrer la route à une loi de liberté.
On eût compris que les partisans déclarés du despotisme eussent affirmé Fomnipotence de TEtat et repoussé tout ce qui pouvait y porter atteinte : c'était log'ique. Mais que des libéraux aient eu cette audace , c'est une contradiction par trop révoltante.
Leur conduite prouve qu'il ne faut pas croire à ces parleurs de liberté qui cachent sous ce nom sacré des haines et des passions tyranniques qu'ils n'oseraient étaler sans voile.
Les despotes ne sont pas tous ceux qu'on pense. Gardons-nous de tous les rusés, de tous les fourbes, de ceux qui essaient aujourd'hui d'emprunter la plume de Tacite^ pour stig'matiser Néron, et qui, demain^ organiseront impudemment le Comité de Salut public.
Loin de nous la pensée d'envelopper dans la même réprobation tous ceux qui, à des
points de vue divers, ont fait opposition à la liberté de Tenseig^nement supérieur. Il y a des oppositions respectables ; il en est qu'il faut savoir excuser.
L'homme qui obéit à ses principes peut être dans Terreur ; mais sa conduite loyale commande le respect. Il ne trompe personne, et surtout il ne se ment pas à lui-même.
Nous trouvons tout simple que l'école césarienne, dont nous ne saurions trop flétrir les dog'mes, ait maintenu le principe de FEtat enseig^nant sans rival. C'était une conséquence de son système de pouvoir absolu.
Rien n'est plus dang^ereux pour les consciences et pour la liberté que cet abandon de rintellig-ence, de sa formation et de son avenir à une autorité sans contrôle.
Tout absolutisme est immoral. Contre la puissance humaine il nous faut des g^aranties. Le met-on en doute, lorsqu'il s'ag'it des intérêts matériels? Pourquoi, alors, livrer sans restriction et sans sauveg'arde les in-
térêts de l'âme ? A noire époque troublée, le besoin de sécurité prime tout dans certains conservateurs; ils veulent être tranquilles à tout prix, et la paix mensongère que leur promet le pouvoir absolu leur fait sacrifier jusqu'à l'indépendance. Ils ne connaissent plus ce fier adage : malo periculosam libertatem quàm tranquillam servitutem ; entre les périls de la liberté et la tranquillité de la servitude, leur choix est fait : ils préfèrent la quiétude des asservis.
Mais notre but n'est pas de réfuter ici les partisans du monopole de l'Etat dans la fonction d'instruire la jeunesse française, nous signalons seulement les catégories diverses suivant lesquelles ils peuvent être classés.
•A côté du césarisme et [de la démocratie autoritaire, remarquons un groupe distinct d'hommes très-modérés d'ordinaire et amis de la liberté, qui n'ont pas vu sans regret et sans crainte la promulgation de la loi : ce sont les universitaires à Rien de plus naturel,
sinon de plus lég^itime. Attachés de cœur à Tuniversité , pouvaient-ils voir sans tristesse s'évanouir un monopole qui avait pour eux tant (i'avantag'es ou plutôt tant de prestige? Il leur eût fallu une rare abnégation pour accueillir avec sympathie une loi qui portait atteinte à de glorieux privilèges. Et puis, les débats parlementaires avaient mis à nu quelquefois avec rudesse, rarement avec exagération, presque toujours avec vérité, les vices de Tenseigneinent officiel, ses lacunes ^t sa décadence. De telles révélations n'étaient guère propres, on le comprend, à rallier à la cause de la liberté ceux qui, par elles, se sentaient plus ou moins blessés.
Enfin, ce n'est jamais sans quelque appréhension que certaines natures circonspecies envisagent un avenir nouveau. Le régime de la liberté a ses avantages; mais il a ses inconvénients.
Que sortira-t-il de cette émancipation qui va donner libre carrière à toutes les doctrines
les plus opposées ? La doctrine catholique a de grandes chances de victoire, ne fût-ce qu'en raison de la puissance hiérarchique de rÉg'lise : donner la liberté, n'est-ce pas lui préparer pour aujourd'hui le succès, et pour demain le monopole? Cette concurrence sans frein, que produira-t-elle? Un prog'rès dans les études, ou un amoindrissement? On distribuera plus de diplômes:
ces diplômes seront-ils délivrés avec une sévérité qui g'arantira le travail et maintiendra le niveau des études, ou bien seront-ils donnés avec une complaisance qui abaissera les intelligences, sûres d'obtenir sans effort un titre nécessaire mais illusoire ?
Ces questions et d'autres encore ont vive^* ment préoccupé un certain nombre d'esprits; aussi on se rend compte sans peine, par ce simple exposé, des défiances, des hostilités, des colères^jui, dans une fraction de l'opinion publique, ont accueilli la loi sur la liberté de l'enseig^nement supérieur.
Mais la loi est promulguée , elle se défend d'elle-même; contents ou mécontents, il faut la subir, je dirai mieux, il faut savoir en user.
Or, les défiances, les hostilités, les colères qui se sont fait jour, à propos de la loi, éclatent encore et poursuivent les universités naissantes. Ce n'est donc point avec la faveur du public que se créeront les facultés libres, et surtout celles des universités catholiques. Tant mieux. La guerre ne nous déplaît pas; si elle a ses périls, elle a seif gloires ; elle ne permet point qu'on s'amollisse, et elle seule fait les forts.
J'ai bon espoir pour toutes les semences jetées dans la tempête : elles lèvent mieux.
Toutefois, sans nous alarmer de l'opposition que l'œuvre des universités catholiques rencontre, il est bon de s'en occuper. Il ne faut pas laisser répandre dans l'opinion ces misérables sophismes qu'on nous objecte, et
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dans lesquels on ne sait ce qu'il faut le plus flétrir, de Terreur ou de la haine. Ils sont plus haineux encore, si c'est possible, qu*ils ne sont faux.
Les catholiques ont obtenu la liberté, non pas une liberté de faveur, naais une liberté de droit commun. Y a-t-il rien de plus lég'itime ? Sous la g^arde de cette liberté ils se mettent à l'œuvre, est-il rien de plus respectable ?
Cette activité effraie ceux qui, n'écou- (ïint que leurs passions haineuses, foulent aux pieds les droits imprescriptibles de la conscience, et pour lesquels un adversaire n'est plus un homme, mais un ennemi. Ils dénoncent à l'opinion publique ce qu'ils nomment l'envahissement du parti clérical.
Ûu'est-ce que ce lang*ag*e barbare inventé pour servir de mot d'ordre à une tourbe sans aveu qu'on pousse, les ranges serrés, au renversement de ce qu'il y a de plus saint, et qui voudrait souiller le temple avant de les brûler?
Si cléricalisme et catholicisme sont synonymes, pourquoi ne pas prendre cette dernière dénomination, qui n'est pas, du moins, €^ntachée de mépris et qui a le mérite de la clarté? Mais non, le sectaire a besoin de l'obscurité pour dissimuler ses sophismes.
N'ayant ni la vertu, ni la force du respect, il se sent faible, et il croit trouver dans Tinjuré et le mépris l'arme qui manque à celui qui n'est ni dans la vérité ni dans la charité.
Que veulent -ils donc dire, ceux qui crient à l'envahissement de l'esprit clérical ? Est-ce du cléricalisme, de remettre en honneur dans l'inteUig'ence française les sciences religieuses tombées dans un si lamentable discrédit? Est-ce du cléricalisme, de restaurer dans la raison publique la science de Dieu ébauchée par Platon et Aristote, si largement conçue par les docteurs de l'Eglise, et traduite dans une langue immortelle par les grands écrivains et les lumineux génies du dix-septième siècle? Est-ce du
cléricalisme, de former des chrétiens armés d'une puissante doctrine pour défendre leur foi? Est-ce du cléricalisme, de protég'er la liberté fragile de la jeunesse et de la soumettre à une discipline intellig^ente qui la dresse peu à peu à la pratique et aux devoirs de la liberté virile ? Est-ce du cléricalisme, de n'être point l'esclave de son temps, de n'en point vouloir subir les préjugées irrélig'ieux et les tendances matérialistes? Est-ce du cléricalisme enfin, de penser que l'enseig^nement officiel a des lacunes, et de concevoir la haute éducation intellectuelle autrement que l'Etat?
Eh bien, nous ne voulons pas autre chose.
Il peut y avoir^ dans le catholicisme comme partout, et nous le déplorons, des natures qui n'en comprennent pas et qui même en défig*urent l'esprit ; si c'est là le cléricalisme, qu'on le dise, mais qu'on cesse une fois pour toutes de confondre sous le même mot et d'envelopper dans la même
répulsion ceux qui professent et des doctrines et des sentiments tout contraires.
Entend-on par cléricaux ceux qui ont la haine de leur temps, ceux qui, fermés à toute inspiration nouvelle de Dieu, ne voient dans l'avenir que la restauration artificielle du passé; qui confondent la politique et la relig^ion, identifient le roi et le Christ; ceux qui rêvent de rallumer des bûchers et de renouveler les drag'onnades?
Où sont-ils ? N'est-ce pas là un fantôme créé à plaisir, un mythe, une sorte de spectre noir évoqué par les hommes qui ont donné lieu au spectre roug*e, et destiné à ég*arer cette portion de l'opinion publique où sévit rirrélig^ion et où fermentent les haines sociales? Alors même que de tels hommes existeraient, qu'un tel parti s'org^aniserait ; qu'en pourrait-on déduire contre le catholicisme ? De tels hommes et un tel parti doivent garder la responsabilité de leurs actes : la g*rande Egalise du Christ n'a rien à démêler avec eux.
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Les écrivains et les publicistes qui prenDent à tâche de ne montrer le catholicisme que sous la figure du cléricalisme savent bien ce qu'ils font. Nous leur croyons trop d'esprit pour les supposer de bonne foi, mais ils se souviennent du meniez, meniez ioufours, et ils finissent par persuader au bon peuple que le catholicisme est une coterie, que les chrétiens sont des sectaires, qu'ils n'ont plus la France pour patrie, maïs Rome, qu'ils vendraient leur pays pour une parcelle des Etats de l'Eglise, qu'ils vont faire table rase du code [civil, ramener le monde à six siècles en arrière, et que les universités catholiques seront les foyers de cet esprit de. réaction, le plus implacable ennemi de ce qu'on nomme la civilisation moderne.
En vérité, il faut que l'opinion en France soit tombée bien bas pour tolérer de pareilles absurdités. Quand même une mino- * *té quelconque fournirait par ses paradoxes
et ses violentes prétentions un certain prétexte aux injures qui accueillent les universités naissantes, quand bien même cette minorité réussirait à créer des universités, elle serait dans son droit en usant de la liberté. Où est le mal? — Elle va corrompre la France. — Dormez tranquilles, honnêtes g^ens; la France n'a pas à craindre d'être envahie par ces violents, par ces réactionnaires, s'ils existent. Ce qui la menace, ce n'est pas la réaqtion^ c'est la révolution.
On a déboisé les forêts, et il n'y a plus de bois pour les bûchers ; mais le pétrole est là, et on sait quel usagée en font ceux qui ont trouvé le moyen d'allumer dans le cœur du peuple la haine de Dieu, la haine de l'Église et de leurs frères.
En voyant naître les universités catholiques, on s'effraie encore et l'on dit : Prenez g'arde, c'est la guerre civile des esprits.
Ceux qui parlent ainsi connaissent bien mal l'état. réel de notre pauvre patrie. S'ima-
ginent-ils donc que les esprits vivent en paix et ne forment qu'une famille de frères?
Ne voient-ils pas que, depuis plus d'un siècle, la guerre civile est partout, dans la politique, dans la science, dans la littérature, dans les arts, dans la philosophie, dans la relig*ion ? Ce qui se passe dans la rue est l'image de ce qui se passe dans le secret des cœurs. Quand Tincendie dévore les monuments, les églises et les palais, il y a longtemps déjà que la haine couve dans les êtres farouches qui se sont faits incendiaires. Quand les citoyens s*entr'égorgfnt, et que la guerre civile descend dans la rue, c'est qu'elle rugit depuis longtemps dans les âmes. Qui oserait dire qu'elle est calmée, et que la paix est faite ? Au dehors peut-être, mais au dedans, il s'en faut bien ; dans les actes, soit ; mais dans les paroles, que d'homicides ! Si donc la guerre existe, les universités catholiques ne peuvent pas la produire. Elles la perpétueront, disent nos ennemis. Comment ! Est-ce que jamais
les chrétiens ont passé pour des révolutionnaires, ailleurs qu'au tribunal de Néron ou aux yeux de Julien TApostat? Alors, je demanderai si nous allons voir revivre les jours de cette tyrannie féroce ? Évidemment on ne le voudrait pas. Si de tels jours renaissaient, nous le déclarons, nous nous montrerons ce que nous fûmes, et on verra que notre fière indépendance n'a pas vieilli.
Lorsque des doctrines contraires sont en présence, il y a g^uerre, g^uèrre inévitable. Sans doute la tolérance, le respect mutuel, la douceur et la justice peuvent établir, entre des convictions opposées et les hommes qui les défendent, ime certaine harmonie apparente. Un catholique et un libre -penseur peuvent, sans en venir aux mains, vivre côte à côte. Un peuple protestant et un peuple catholique ne sont pas, à cause de l'opposition de leur croyance, nécessairement en g^uerre. Si tous les chocs de doctrines se traduisaient toujours en luttes
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brutales, la terre entière serait le théâtre d'une immense tuerie.
Toutefois, on ne peut le nier, la division des esprits est un objet permanent de troubles et de discordes. Un peuple où elle règ^e ne saurait se flatter de rester lon^ftemps tranquille; et il ne sera jamais ni puissant ni prospère, l^es hommes tant soit peu clairvoyants, soucieux de l'avenir et de la force de leur pays, ne s'y trompent point : il n'en est pas un qui ne désire établir dans la nation l'entente des esprits, pas un qui n'y travaille selon sa mesure. Le mobile qui les pousse n'est pas seulement le secret désir de la tranquillité, mais encore la conviction que le progrès matériel lui-même est au prix de la concorde des âmes.
Or, disent les adversaires du catholicisme, ne voyez-vous pas que vos universités vont fomenter de nouvelles divisions, en donnant une recrudescence nouvelle à des idées relîg^ieuses qui étaient à la veille de disparaître de notre société cultivée? Oui, ces idées s'en
allaient : c'est notre persuasion intime et bien réfléchie, le système actuel de Tenseig^nemeirt supérieur nous acheminait peu à peu, à rinsu d'un g*rand nombre, à la destruction de la foi dans les inlellig*ences lettrées. Si on Teût laissé produire tous ses fruits, avant un demi-siècle, on eût pu voir le triomphe complet du scepticisme relig*ieux et philosophique. Je comprends que les hommes qui voient dans la saine philosophie ou dans la religion une cause de discorde, qu'il est urg*ent de supprimer, aient attendu avec impatience l'heure de leur destruction totale; et je trouve tout simple qu'ils crient à la g^uerre civile des esprits, devant cette loi de liberté qui se dresse comme une barrière contre Tenvahissement du scepticisme et des doctrines radicales.
Et quelle paix veulent-ils donc ? la paix dans la mort, la tranquillité dans le néant.
Grand Dieu ! où s'arrêterait-on dans les démolitions, si l'on poussait à bout cette
funèbre doctrine? Dieu est un ferment de discorde parmi les hommes; ils n'ont jamais pu s'entendre sur lui : qu'on supprime Dieu.
La relig^ion est une source de luttes , elle allume des guerres parfois implacables :
qu'on supprime la relig^ion. Le Christ est venu apporter la division parmi nous ; car il est un signe auquel on contredit (1) : qu'on supprime le Christ. La philosophie a des écoles ennemies , toujours en dispute ; ces voix dissonantes nous sont un supplice :
qu'on supprime la philosophie. Les catholiques protestent contre certaines tendances matérialistes et de monstrueuses erreurs sociales; ils ont raison peut-être; mais nous ne pouvons avoir la paix avec eux : qu'on supprime les catholiques. Ainsi raisonnent tous les tyrans.
Qui voudrait donc d'une paix ainsi achetée ? Certes , nous souhaitons l'harmonie des esprits autant que personne ; nulle puis-
(1) Évangile selon saint Luc.
sanee humaine n y a plus travaillé que le catholicisme ; mais nous la voulons dans la vérité, dans le Christ et en Dieu. Pour y parvenir nous ne demandons pas qu'on détruise ou qu'on supprime ce qui nous g*êne, nous demandons qu'on nous laisse libres.
La liberté suffît à la vérité, et c'est notre foi absolue que nous sonames les dépositaires de la vérité relig*ieuse. De là vient notre avide besoin de l'enseig^ner au monde , et de la répandre d'^abord dans notre pays ^ui se meurt, parce que cette lumière divine lui est interceptée.
Julien l'Apostat nous refusait des écoles : il trouvait, lui aussi, que nous allumions dans l'empire la guerre civile des esprits. Nous avons eu des écoles malgré lui. Le monde a connu la vérité chrétienne : cette vérité a-t-elle fait mourir le vieux colosse romain? Non , il est tombé de décrépitude ; et si cet esprit nouveau, qu'on décore aujourd'hui du nom dédaigneux de clérical, ne se fût trouvé là, que serait devenue, sous les pieds des
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barbares, cette civilisation romaine dont le cycle était épuisé?
Les temps ne sont pas les mêmes; et néanmoins il existe entre ces époques, si éloignées l'une de l'autre , plus d'une analogie transparente. Une vieille société s'écroule, comme autrefois le vieux monde païen, sensuelle, inquiète, sceptique. Qui peut la sauver, si ce n'est l'Esprit du Christ, seul vivant, seul immortel ? Il demande à rayonner comme il resplendissait jadis; sa doctrine, voilée par des préjugés sans nombre, plus répandus* et plus perfides, va trouver enfin, dans les universités catholiques , des foyers pour concentrer et projeter sa flamme.
Le vieux monde apostat en tressaille : et, au lieu de s'ouvrir à cette lumière, il en a peur, il demande qu'on le laisse à sa nuit; il veut que rien ne trouble la paix de son tombeau. Nous ne l'écouterons pas. Aujourd'hui, comme au temps de la société païenne, nous rouvrirons nos écoles et nous enseignerons à nouveau. Si la lutte entre les esprits de-
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vient plus vive, nous ne craindrons rien d'elle. Les vainqueurs pacifieront toutes choses, et ce n'est pas nous qui douterons un instant que notre foi ne reste maîtresse du champ de bataille.
. Nos ennemis le savent ; et c'est parce qu'ils nous redoutent, qu'ils nous dénoncent lâchement à leur parti, et à l'opinion française, comme des fauteurs de g*uerre civile... entre les esprits.
Qu'on se rassure ; si la patrfe n'a pas de plus redoutables adversaires que nous, elle peut se réjouir. Ceux qui l'ont faite, ceux qui ont défriché son sol, ouvert ses premières écoles, adouci ses mœurs, élevé ses rois et instruit son peuple, comment s'y prendraient-ils pour détruire ce qu'ils ont si admirablement construit? Ils ont le génie qui crée et qui sauve, ils n'ont pas le g'énie de la destruction et de la haine. Ce qu'ils ont accompli témoig'ne de ce qu'ils pourront faire encore : leur passé doit g*arantir leur avenir.
N'insistons pas davantage sur ces objec-
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lions qui , dans un certain parti, sont devenues des lieux communs d'exploitation facile pour ces écrivains qui ont pris à tâche d'ameuter les passions contre le catholicisme.
Il ne faut pas espérer de rallier de tels adversaires, il faut se borner à les confondre.
En dehors d'eux, l'œuvre des universités catholiques ne rencontre plus que des défiances et des oppositions qui n'ont rien de blessant. Nous ne voulons pas les relever en détail; l'avenir se chargée de donner la réponse: sachons attendre. Lorsque l'expérience de la nouvelle loi aura été faite, lorsqu'on aura vu les catholiques appliquer à l'enseignement supérieur le dévoument, la constance, la sag'acité qu'ils ont su déployer dans l'enseig'nement secondaire, nous n'en doutons pas, les esprits sincères qui voient s'ouvrir avec crainte cette ère nouvelle de liberté, seront les premiers à applaudir.
Pourquoi , du reste, redouterait-on ce
rég'ime de concurrence qui, dans d'autres pays, en Ang^leterre, en AUemag'ne, en Suisse, en Italie, partout, donne des résultats si féconds? La doctrine ne gagne rien à être centralisée : ce qu'il lui faut, c'est la liberté et la spontanéité. Ces prog*rammes qui creusent une ornière à la pensée de tout un pays^ finissent par Tétouffer à force de la contraindre ; et , au bout de quelques années, on ne tarde pas à voir les esprits dépérir dans un enseig^nement mort sous les bandelettes et les réserves officielles.
Toutefois, ce n'est pas en un jour que les universités libres pourront faire sentir leur influence et témoig'ner de leurs bienfaits.
11 faudra le temps. Les g*ermes des g'randes œuvres ne s'accusent tout d'abord que timidement ; mais qu'on les laisse g'randir, il n'est rien qu'ils ne puissent donner.
Après tout, que pouvons-nous perdre à faire l'expérience de la liberté des doctrines? Toutes nos constitutions sont plus ou moins
révisables. Les peuples portent en eux la lumière et la force de se conduire ; si les lois décrétées sont bonnes, le temps les confirme ; elles passent dans les mœurs et elles deviennent inébranlables ; si elles sont mauvaises, on souffre d'elles, une juste opposition les mine bientôt, et Ton se vengée du mal qu'elles ont pu faire en en décrétant de meilleures.
Nous ne redoutons point pour la loi de Tenseig^nement supérieur une pareille infortune.