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L'entente cordiale

C'était vers la fin de la seconde semaine dejaîlvier. Je me trouvais à Montréal, faisant et recevant les visites ordinaires de la saison, avec plus ou moins de satisfaction. . En bon campagnard, je n'aime guère la ville, et moins encore la tyrannie de son étiquette.

Un soir, après un dîner copieux, je me trouvais seul, me prélassant dans un large fauteuil près d'un

bon feu de cheminée, et me félicitant de cette solitude inaccoutumée.

Je songeais ;

Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe?

Tout à coup la porte de ma chambre s'ouvre brusquement, et un ami entre tout essoufflé : « Venez vite, dit-il, je viens vous chercher ; il y a une réunion de journalistes à quelques pas d'ici. On vous attend pour ouvrir la séance, qui promet d'être intéressante ; allons, venez-vous ? »

J'accepte, et nous partons.

Arrivé au lieu indiqué, je trouve une dizaine de journalistes assis autour d'une longue table, et eausant amicalement.

Immédiatement après mon entrée dans la salle, on procéda à la nomination d'un Président et d'un Secrétaire. Puis, il fut convenu qu'aucun membre de cette réunion ne pourrait parler plu? de cinq minutes ; que personne ne pourrait l'interrompre ; et que l'entente cordiale régnerait pendant toute la durée de la séance.

Le Président, ayant pris le fauteuil, annonce que la séance est ouverte.

A l'appel nominal, chacun se lève et dit son mot- Ce qui va suivre est un compte-rendu fidèle de cette réunion, probablement unique dans les annales du journalisme.

Comment et dans quel but cette réunion avait-elle

été convoquée ? Quels étaient les noms du Président et du Secrétaire ? Pourquoi l'appel nominal se fit-il par le nom du journal, et non par celui de l'éditeur? Ce sont là autant de questions que je me proposais de faire, mais qu'il fallut renvoyer après la séance. J'appris, cependant, que le Président n'était point le rédacteur-en-chef dujournal qu'il représentait ; mais quel était ce journal, et pourquoi le représentait-il ?• encore deux questions renvoyées après la séance.

On verra plus loin si j'eus lieu d'être satisfait, d'être forcé d'attendre la réponse à toutes ces questions à la fin de la séance.

Voici dans quel ordre chacun fut placé, sans aucune contestation.

Le Président.

A la droite.

Le Courrier du Canada.

Le Journal des T.-Rivières.

Le Franc-Parleur.

La Minerve.

Le Canadien.

A la gauche.

Le Journal de Québec, L'Evénement.

Le Bien-Public.

Le National.

Le Secrétaire.

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