‹ L'entente cordialeChapitre 4 sur 8 · LE MONOLOGUE · texte numérisé non relu

LE MONOLOGUE

Le Président fait ici une longue pause ; il semble lutter intérieurement avec lui-même, et parait accablé de tristesse. Bientôt, il est absorbé par*quelque pensée pénible qui ledomine, et sans se douterqu'on puisse l'entendre, il murmure ces paroles, entrecoupées de profonds soupirs :

«Chose étrange, que mes erreurs politiques me frappant si vivement en ce moment î Oui, je suis forcé de le reconnaître ; j'ai été injuste en dénonçant Sii' George comme traître à son pays. Et pourquoi? Etait-ce pour la question Manitoba-Brunswick ? je l'ai prétendu; mais, la vérité est que ce n'était

qu'un prétexte spécieux. La Minerve a donné la vrai*1 raison; et là, encore, j'ai eu tort ; car, après tout, la question sulpicienne n'était pas une question politique. De plus, elle n'était pas aussi claire que je l'ai prétendu. N'a-t-il pas fallu dix ans pour la régler à Rome ?

Avec un peu de patience, le ministère conservateur aurait réglé la question politique d'une manière satisfaisante.

Quelle corruption effrénée ; quelle fourberie ; quelles criantes injustices commises à ce sujet par le ministère rouge-grit ! et quel triste résultat ! En quoi ma désertion du parti conservateur, et mon alliance avec les rouges-grits, ont-elles été avantageuses à notre nationalité et à la cause religieuse ? N'ai-je pas par-là,gravement compromis l' une, et affaibli F autre ? — Je me suis donc fait duper sottement, en me laissant^ attirer dans le parti rouge-grit. Nai-je pas été victime de mon entêtement, en persistant dans cette fausse politique, malgré les représentations d'amis plus éclairés que moi, et assurément plus attachés aux intérêts véritables de notre nationalité ? N'ai-je pas été le jouet ridicule des rouges-grits, qui se sont servis de moi dans les élections, et qui aujourd'hui se moquent de mes représentations, et m'accablent de leurs dédains ?

N'ai-je pas fait un mai irréparable à la cause religieuse, comme à la cause nationale ? Qu'y ai-je

gagné, si eu n'est l'indignation de tous les conservateurs et le mépris des honnêtes gens ?

En effet, n'ai-je pas contribué, plus que qui que ce soit, à semer la division parmi les conservateurs en faisant une guerre aussi insensée qu'injuste au Ministère et à ses organes ?

N'ai-je pas été entraîné, dans mon aveugle passion, à favoriser ouvertement les ennemis de la cause nationale et religieuse, en m' appuyant sur eux pour réussir plus facilement à renverser Sir George, sans m' inquiéter des conséquences funestes de sa chute ?

La Minerve n'a-t-elle pas dit l'exacte vérité, dans sa revue rétrospective, et dans la peinture qu'elle a faite de la triste position dans laquelle nous sommes par suite de nos divisions intestines, quorum pars magna fui ?

N'est-il pas vrai, qu'en tout temps, tous les amis de l' ordre et de notre nationalité, et à leur tête les évoques et le clergé de la Province, furent opposés à ma politique, dont les conséquences ont été si fâcheuses ? Eh bien ! puisque mes erreurs ont cornmencé par une injuste accusation, et une honteuse défection, ne dois-je pas y mettre fin par une généreuse rétractation ? l'occasion présente n'est-elle pas très- favorable pour rentrer enfin dans le bon chemin ?

Qu'est-ce donc qui peut me retenir, si ce n'est un honteux respect humain ? Cette rétractation, quoique

tardive, n'est-elle pas ma seule planche de saint ? Oui, je ferai enfin mon devoir, coûte que coûte.»

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