Le Temps du 3o mars 191 7, a* page, 3* col
rSlO QUATRIÈMB PARTIE
au bon sens, allait-elle correspondre au ton nouveau? Oa \mi tout de suite l'espérer en constatant un heureux changement dans les procédés de la censure, La presse fran- <?aise recouvra, avec M. Ribot, le droit de parler presque librement des affaires de Grèce, Nos censeurs nleurent {ilus pour mission expresse de« blanchir » le roi assassin. Il fut permis d'envisager la nécessité de son départ; le 10 mai, le député Dillon signalait à la Chambre des com- ' munes « la ferme attitude adaptée par les journaux parisiens vis-à-vis de la situation grecque » (i). Les inquiér tudes des protecteurs habituels du roi augmentèrent.
Peut-être pour décourager les initiatives, on fit courir des bruits d'abdication volontaire, bruits invraisemblables pour tous ceux qui connaissaient Constantin et un de ses mots favoris : « Je ne suis pas Othon ». On recourut -ensuite au changement du personnel ministériel. Afin <i'cchapper de nouveau au châtiment différé qui paraissait se rapprocher, le roi se décida* à se séparer de ses Ijommes de confiance, de ses dociles instruinents trop compromis, et à rappeler ceux de demi-confiance.
Le ministère Lambros qui avait présidé aui assassinats de décembre, qui, après avoir tout promis sous le coup de la peur, n'avait, en réalité, presque rien tenu et nous avait constamment trahis, qui laissait renaître ou môme ibmentait l'agitation hostile et les menées agressives indiquées à la fin du chapitre précédent (pages 3o5 et 807), fut sacrifié .
Il semble toutefois qu'il y ait eu dés -hésitations. Vers îe 20 avril, il y avait un faux départ du cabinet Lambros. lie 4 mai seulement, M. Zaïmis prenait sa place et accep-
i. Le Temps da la mai 191 7, 1" pag^e, 6* col.
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tait pour la troisième lois de servir la cause royale. Le danger était qu*à une amélioration apparente corréspon* dissent, de la part de TËntente,^ des concessions de nature à entraver le mouvement national dirigé par M. Veniselos.
Or, le salut de la Grèce, la sécurité des alliés exigeaient le développement de ce mouvement et son extension à l'ensemble du pays . Il n*est peut-être i>as téméraire de supposer qu'avec la perception exacte du chemin tait par cette idée chez les alliés, ont dû concorder des conseils de prudence, de simulation, de machine en arrière, et ces conseils ont fini par amener la substitution de M. Zaïmis à iM. Lambros, en vue d'arrêter la marche d'événements redoutés.
Lors du deuxième ministère Zaïmis, M . Gustave Hervé aurait voulu que l'Entente dit au roi : « si dans vingt* quatre heures, Veniselos n'a pas repris le pouvoir avec mission de tenir la parole donnée aux Serbes, nous vous renvoyons à Berlin, vous et votre gracieuse épouse » (i). Mais, à propos du troisième ministère Zaïmis, il écrivait : « il faut espérer que les alliés auront assez de bon sens pour accepter provisoirement — jusqu'à la fin de la guerre — cette solution boiteuse, et qu'ils ne vont pas perdre leur temps, en ce moment où ils ont d'autres chats à fouet-* ter, à détrôner le mari de la Hohenzollern d'Athènes » (a).
Sous une forme vulgairement violente, il a ainsi tenté de paralyser les velléités d'action libératrice. Au moment, où, chez nous, commençaient à se réveiller le sentiment
1. La Guerre Sociale du 8 octobre 1915, et il traitait de « poules mouillées » ceux qui pensaient autrement.