‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 115 sur 116 · Le Temps du a mars 1918, 4* page, a* col · texte numérisé non relu

Le Temps du a mars 1918, 4* page, a* col

A la fia de juillet 1919, Grecs et Italiens ont réussi à s'entendre ; on ne connaît pas encore les détails de raccord intervenu entre M. Veniselos et M. Tittoni, mais on sait que, devant la Conférence de la paix, les deux gouvernements marcheront en parfaite harmonie sur ttmtea les questions pendantes entre eux. Ce sera bien, si TAmérique ne se laisse pas embobeliner par la Bulgarie au détriment de la Grèce.

Le 32 juin 1917, le Petit Parisien avait annoncé Farrîvée à Paris de mon successeur venu, disait-il, « en con^é « et il ajoutait : « nul plus que M. Guillemin n'avait dioit à cette faveur si enviée de la permission, car personne plus que lui, sur le front diplomatique de la Grèce, qui fut un jour un vrai front de bataille, n'a déployé plus de ténacité courageuse et fait preuve de plus d'habile clairvoyance ». La faveur si enviée de la permission alla même, il faut le croire, jusqu'à celle d'une longue prolongation : le I*' septembre, M. de Billy prenait, en qaalilé de titulaire, la direction de notre légation et, le 21, présentait ses lettres de créance au roi.

L'installation à Athènes de notre nouveau miriistra coïncida avec ceUe d'une nouvelle mission militaire IViinçaise. Un peu plus tard, le général Sarrail était remplacé à la tête de l'armée d'Orient par le général Guil la uni at, arrivé à Salonique le 22 décembi»e. En juin 1918» 1 e dernier avait lui-même pour successeur le général Franche t d'Esperey (1).

UnLivre blancpubliéen août I9i7,rendait évidente pour

I. Venu à Athènes en touriste dans le courant de 191 o, il av;ii^ un peu plus tard, été un concurrent du général Eydoux pour le commandement de notre mission militaire. Le roi m'avait chargé,

n novembre lyio, de transmettre à Paris son vif désir de voir le

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les plus obtus la trahUonde Constantin envers son pays, envers son alliée serbe, envers nous.

Le aj août, par i88 voix, la Chambre proclamait (9) « le caractère sacré des conventions internationales et des obligations d'alliance de la Grèce vis-à-vis de la Serbie », manifestait la conviction « que la nation tout entière est prête à tous les sacrifices pour participer à- la lutte universelle en faveur de la liberté aux côtés des Etats alliés», et exprimait « son entière confiance )> dans le minislère Veniselos.

Puisque l'Entente acclamait le retour de M. Veniselos au pouvoir, elle aurait dû tout de suite veiller à lui fournir les moyens matériels de bien gouverner. On ne semble pas s'ôtrç partout avisé à temps de la nécessité de ravitailler la Grèce libérée de son monarque boche, de lui laisser la disposition de ses bateaux, de Taider k subvenir aux dépenses indispensables, de la mettre à même de jouer son rôle à nos côtés.

Constantin régnant bénéficia de secours financiers intempestifs (pages 24^ ^* ^60) et du débarquement inconsidéré de blé (page agS). En revanche, des privations inexcusables suivirent le changement de régime ; rinsuffisance en ce cas et l'excès précédent ne se compensent pas, mais s'additionnent comme fautes successives . Il n'y avait aucun intérêt à faire regretter l'époque du blocus par une population affamée, à procurer ain«i des armes à la propagande constantino-bpche toiijpurs aux aguets, empressée à exploiter les souffrances popu^

général Eydoux occuper ce poste; mais M. Veniselos, de^on côté, m'avait prié de demander à notre gouvernement d*agir df^ Inimême sans se laisser influencer par ce désir. 3. Le Temps du 3o août 1917, 2' page, 3* col.

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laires, à retonmer contre T Entente une politiqae de mauvais résultats.

A la 9uite de la conférence des alliés tenue à Paris, du 219 novembre au 3 décembre, et à laquelle assistait M. Veniselos, celui-ci, d'après ses déclarations au corres» pondant de la Hextia (i)« se félicita des décisions prises au sujet des demandes de la Grèce au point de vue finan* cier et commercial et, en partioulier, au point de vue du ravitaillement. Les actes, il faut l'espérer, auront valu les décisions. Plug Texécution était rapide, plus vite on enlevait tout prétexte à une agitation favorisée par la négligence apportée à la satisfaction de besoins pressants, et par l'indulgence, qui n'est souvent qu'une forme de la négligence, accordée à certains complices de l'ancien état des choses. Des arrestations et des internements durent être opérés à Athènes pendant l'absence du président du conseil, pour mettre un terme à des menées coupables.

De rétour en Grèce, le 2 janvier 19 18, M. Veniselos daBs un discours prononcé le lendemain, en plein air, devant le peuple athénien,^ confirma les bons résultats de la conférence de Paris : « Toutes mes demandes, dit-il (2), ont été approuvées par les alliés sur tous les points », et la Grèce sera ainsi à même, ajouta-t-il, « de contribuer au triomphe des idées démocratiques aux côtés des alliés envers lesquels elle tiendra les engagements qu'elle a pris ».

A cet effet, la mobilisation graduellement opérée dès le début du nouveau régime, reçut, en mai et juin 1918, une grande extension. En mars, le général Danglis avait été

I. Le Temps du 12 décembre 1917, a* page, i" col. st. Le Temps du 5 janvier 1918,4" page, 5* coi.

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nommé généralissime. Les troupes grecques combattirent vaillamment contre les Bulgares. Après un succès en avrils elles étaient victorieuses le 3o mai et participaient, en septembre, à l'attaque générale des troupes de l'Entente en Macédoine bientôt libérée par la capitulation de la Bulga rie (229 septembre) .

Dans la soirée du !•' février, une mutinerie militaire avait éclaté àLamia.Le mouvement fut vite réprimé ; mais il démontra que les adversaires boches du nouveau régime n'avaient pas renoncé à l'abattre, (^eles coupables agents de Constantin devaient ôtre étroitement surveillés et non amnistiés, réduits à Fimpuissance et non admis,pour cause de parenté ou d'amitié, à bénéficier d*une tolérance plus ou moins étendue. Il ne faut ni s'adoucir au moment du péril, ni nier le péril par hâte de s'adoucir. Vigilance et énergie étaient nécessaires . M. Veniselos^ le reconnat : « Les événements de Lamia, dit-il, persuadent le gouvernement qu'un changement radical d'attitude envers ses adversaires s'impose » (i), et on procéda à des arrestations qui auraient dû êtes faites depuis longtemps (a).

En mars étaient arrêtés à Athènes deux officiers grecs venant d'Allemagne, de Gœrlitz, où un aide de camp de Tex-roi les avait endoctrinés et payés pour une oeuvre d'espionnage, de complot, de criminelle sédition.

Ces deux officiers furent jugés et condamnés à mort. Dans son réquisitoire le commissaire royal dit : « Maintenant le masque est tombé et les dernières révélations

I. Le Temps du 6 février 1918, 4' page, 3' col. et i" page, 6* col.

a. Le 8 décembre 1918 M. Gounaris, Tancica chef d'état-major Metaxas et un de leurs agents internés à Ajaccio depuis juin 1917 réussissaient à s'évader ; quelques jours après, ils étaient arrêtés en Sardaigne et ont été gardés par le gouvernement italien.

APfiis MON DÉPART

mettent en pleine lumière la conspiration da chef de bande àZurich. Les alliés doivent changer d^opinion surce qu'il convient de faire de Constantin » (i).

Ceux pour qui « le masque » de Constantin n*est tombé qu'alors sont d'une étonnante composition ; ils ont vraiment mis du temps à comprendre. Au quai d'Orsay on serait du nombre : d'après le ministre des Affaires étrangères grec, M, Politis, c'est « le procès des officiers de Gœrlitz qui a démontré l'hostilité manifeste de l'ex-souverain contre les alliés d au gouvernement français (q). Le gouvernement français ou plutôt le quai d'Orsay si long à convaincre en cette circonstance, s'est donc montré aussi follement crédule à l'égard de Constantin qu'à Pégard des Turcs et dee Bulgares.

Pour conclure, un fait iudéniable est celui-ci : tous en France ont considéré comme un grand succès de revenir, en juillet 1917, à la situation acquise, malgré l'argent allemand et les inQuences de la cour, en juillet iQiS, au moment de mon rappel. Nos dirigeants ont triomphé d'être parvenus à ressusciter la Chambre élue deux ans avant et dissoute au bout de cinq mois, cette même Chambre dont j'avais eu, estima-t-on, le tort de saluer la naissance, et dont l'élection avait irrécusablement démontré l'impuissance des intrigues allemandes ; et impuissantes elles furent jusqu'au jour où l'Entente commit, malgré mes avis réitérés, la faute initiale de faire des promesses à la Bulgarie au préjudice de la Grèce, faute à laquelle elle ne tarda pas à joindre celle de tolérer la dissolution arbitraire de l'assemblée dont elle a été depuis heureuse de favoriser la reconstitution.

I. Le Temps du i"^ avril 1918, tf page, 6* col. 3. Le Temps du 21 avril 1918, 4* page, 4' col.

3So QUATRiilfB PABTIB

La BouYolIe attitude de PEntente a pponvë la eiair» ▼oyanee dédaignée par elle de celui qui avait tout de aaite dénoncé le péril de la faiblesse à Tégard de la Bulgarie^ jugé utile de se solidariser aree la majoHté électorale régulière de la Grèce, et conseillé de mettre un terme h nos ménagements pour la cour d^ Athènes et pour le minisf tère à sa dévotion.

Même en évitant de faire état d'avantages pluaonmomi» hypothétiques, en s'en tenant aux conséquences ino(mtas» tables, au resserrement certain du iVont oriental et k ses résultats économiques, tout esprit raisonnable reeouMttrfl que la guerre eût revêtu un caractère .beaucoup plus promptement favorable à PEntente, si celle^^ci avait agi dans Tété de igiS comme en 1917, si, autrement dit» au lieu d'avoir été frappé, j'avais été écouté.

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