AV4NT LA GUERRE IO
à avertissement ; la Russie me semblait plas désignée que la France pour ces démarches, dis-je au quai d'Orsay, qui se reconnut incapable de comprendre mon observation puisqu^il s'agissait d*une œuvre humanitaire. Je n'osai pas conclure que Tempire du tsar, aux yeux de noire futur ambassadeur à Petrograd (i), était inapte à une œuvre de cette nature.
£!a résumé, la politique préconisée par moi à cette époque fut celle que* recommanda M. Paul Gambon ; deux 'semaines après, son frère, M. Jules Gambon, ambassadeur à Berlin, devait être encore plus explicite dans mon sens. Elletie fut pas celle de M. Paléologue, cornac de Machiavel, qu'il promenait dans les chemins tortueux de sa politique broussailleuse.
Je me plaçais au point de vue français ; des bulgarophiies Invétérés estimèrent que j'étais manilestement guidé par un philhellénisme excessif, par un « philhellénisme de parti pris ».
Il est incontestable que j'étais déjà, à mon arrivée à
X. « Pour ne parler que delà Russie, combien de fois avons-nous appris, avec surprise et regret, que les facultés d'observation de nos représentants n'y étaient Axées que sur la cour. On ignorait le pays. On cultivait les courtisans. Quel accès les hommes de la Douma, aujourd'hui aux affaires, trouvaient-iis près de certains diplomates ? Quelles mesures avait-on prises pour assurer un contact réel avec ceux qui représentaient l'avenir? La diplomatie delà République française s'est rarement avisée qu'elle parlait au nom d'une démocratie, et, quand elle s'en avisait, ce n'était, d'ordinaire, X[ue pour s'en excuser » [Le Temps du 27 mars 1917, bulletin).
C'est très juste, mais si, par hasard, on osait se tenir à l'écart de quelques inutiles du monde, profiteurs impudents ou adversaires hypocrites, et préférer causer avec des personnes utiles n'en étant pas, on était, à Paris, sous l'inspiration des premiers suivis par de sots perroquets à prétentions mondaines, accusés de « ne voir (personne ». Ce fut mon cas.
IIO , BEUXIEMEL PA.RTŒ
Atkènes^ ua rîeiix philhellëne, oomaie Fétaieiit enefMre générakmeDt ks liODsmes de ma génération. Lorsque» le i5 férrier 1897^ Jaurès Toalat inler peller sur les é^énement de Crète, il vinA, an début de la séance de la Cliambre» me tronrer à mon banc et me pria, )e ne sais plus pour qaei motif, de signer avec tui la demande d'interpellation^ quand son nom me paraissait amplement suffire. Ce qu'il me dit fut entendu par notre collègue Le Hérissé qui siégeait juste an-dessous de mod, au premier banc de Vertrême gauche. lise retourna et manifesta à Jaurès le déstir de signer sa demande. Voilà comment celle-ci, déposée le jour même, porta nos trois signatures»
Trois nkois de séjour à Athènes, trois mois de fréquentation de certains dirigeants grecs n'accrurent pas mon pLilhellénisme, si bienqn'unjourvcansantayec M. de Manne ville, — nn secrétaire de la légation dont j'ai conserve nn bon souvenir malgré son faible trop accentué pour M. Theotoky, — d'un fonctionnaire du quai d'Orsay qù n'aimait pas les GrecselleurpréféraitlesTurcSyil m'échappa de dire : « Il n'a cependant jamais été en Grèce ». Je me rappelle le propos parce qull amusa M . de Manneville qui me Le répéta quelquefois» sans rien perdre de son phi- Ihellénisme également profond, arant, pentlantet aprèssai vie à Athènes. La.transformation due à M. Veniselos devait, il est vi*ai, réveiller mes sympathies assoupies.
Le 14 juillet 1910, à wa. moment où La presse grecque attaquait sans mesure le gouvernement français et, en particulier, M. Pichon, ministre des Affaires étrangères; à qui elle reprochait de vouloir a enteirer la question cré* toise », je m''exprimai de la manière suivante en reeerant la colonie française :
« Nous avons pour la Grèce un* vieille affection, nue
ATJtMT LJL OUKBRB UT
afiection constante» quelqoeJots mécomniie parce q«e, si réelle soîît-elle, notre afiection ne vent pas méconnaître 1» réalité des €h<»es« »
. Le i4 jotUet 1914^ }^ disais :
. « Toi&t boa Français qui tient^ compte des conditions extérieures dcût être and de la Grèce, comme tout bon Grec comprenant les yéritables intérêts de son pays, dmt le vouloir ami de la France» Pour les deux nations la communauté des sentiments ressort, en effets de la réalité immédiate bien plus que de la tradition, cependant si paissante» et s'impose à tous ceux que des consi* dérations particulières n'aveuglent pas. »
On ne trouvera pas an acte de moi dépassant les bornes de cette conception du philiiellénisme. Pourquoi, hélas l la bulgaromanie de quelques dirigeants prompts à condamner ceux qui ne pensent pas strictement comme eox, a-t-elle été plus exclusive du sens des réalités que ne le fat mon philhellénisme ? Ainsi, dans ma letti^e n° 5 du 6 janvier igiS, javais émis Vidée que, vu les sentiments des princes> tel cas pouvait se pi^duire ou Ton aui^ait peut-être à menacer sérieusemient la Grèce,, pour Fempècb^ de s inféoder aux empires du centre.
An début de la guerre des Balkans contre la Turquie, mes voânx ailèireot indistinctement aux alliés balkaniques. Leur ccmduite respective fut cause que, peu à peu, mon eslime grandit pour les Serbes et diminua pour les. Bulgares. Je puis me rendre la justice que la leçon des faits ne fut pas perdue pour moi ;: elle devait Fètre pour tant d'autres au-dessus de moi.
Je n'avais cependant pas attendu l'expérience de cette guerre pour discerner l'intérêt qu'avaient la Franee^et rAngieterrOr sans parler de la Russie, à Fexisteftce d'une
ria DKUXIKME PAUTIE
Serbie libre et forte. La notion de cet intérêt était, au contraire, voilée chez beaucoup de dirigeants et de diplomates anglais par une aversion pour la Serbie entière, née du drame de Belgrade, où tombèrent assassinés le roi Alexandre et la femme qu'il avait osé épouser et imposer. Enfin, je n'ai pas été de ceux qui, soit par leurimpré* voyance ou leur lenteur à lui porter secours, soit par leur entêtement insensé à complaire aux Bulgares, sont devejaus plus ou moins complices de son martyre avant de la défendre et de reconnaître son mérite, la valeur de ses efforts et l'importance de son extension. Je me bornerai à signaler, après des conversations avec mon distingué collègue serbe Boschkovitch, ma lettre n9 îî3i du 2 novembre 191 1 sur le rôle possible de la Serbie. Je voyais déjà en elle la sentinelle barrant la route à l'envahissement germanique à l'est, que des Français étaient assez ious pour favoriser.
C'était avec ceux de la Serbie et de la Grèce que concordaient, selon moi, les intérêts politiques de la France. La visite combinée (novembre igiS) des escadres française et anglaise en Grèce venait d'y être regardée, même par le roi, comme un présage rassurant de notre action protectrice contre les .projets de la Porte. Aussi le a6 janvier 191$, dans ma lettre n® 22, j'écrivais que la Turquie n'aurait pas dû trouver chez nous, grâce à la complicité d'une banque française appelée à bénéficier d'une indulgence coupable, l'argent nécessaire pour l'acquisition d'un dreadnought (i). Si, par suite de la guerre
I. « Avec les fonds de remprunl (Périer), les Turcs ont acheté un cuirassé, et ce cuirassé, lis Tont acheté grâce à la complaisance des maisons Vickers et Armslrong qui, ayant des intérêts en
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européenne, les Turcs ne -devaient pas avoir le Rio-de^ Janeiro, devenu le Sultan-Selim, livrable en novembre et saisi par l'Angleterre, ils purent agir, avec de l'argent français, contre la France, où la politique d'affaires Tavait impunément emporté sur la politique nationale, toute la sévérité gouvernementale devant être réservée à qui commit la faute de désapprouver cette funeste erreur et de persévérer dans une juste appréciation des faits.
Questionné, à la fin de 1912, sur ma façon de comprendre un Etat albanais, j'avais répondu, par la lettre no 876 du 3 décembre, qu*à cette époque moins il y aurait 4i*Albanie, mieux cela vaudrait. Il y en aurait toujours trop, étant donné que cette étiquette commune dissimulait seulement la réalité de l'émiettement d'alors en clans rivaux visant surtout à llndépendance de leurs rapines.
Gela devait, après une lentalive grotesque, devenir
Turquie, ont donné la préférence aax offres turques et écarté les offres grecques,..
» Le gouvernement français et le gouvernement anglais ont peutêtre d'excellentes intentions. Mais entre les banquiers français qui prêtent de Targentaux Turcs pour acheter des cuirassés et lies constructeurs anglais qui procurent aux Turcs ces cuirassés, la France et TAngleterre font figure de dupes. Et cette duperie sert .directement les projets belliqueux de la Turquie contre les deux Etats balkaniques (Serbie et Grèce) que la France et l'Angleterre ont le plus de motifs de soutenir.
» ... L'heure est venue... de dire auy4)anques ce qu'exige l'intérêt national.
» Cet intérêt ne se confond ni avec celui des banquiers français qui prennent des Bons turcs avec une énorme commission,ni avec celui des constructeurs anglais qui vendent de l'acier à l'amirauté turque. Il ne se confond même pas avec celui des entrepreneurs français, à qui on jette à ronger les lignes d'Arménie... » (Le Temps du 3i décembre 1913, bulletin). Gare cependant que l'intérêt national ne soit encore sacrifié à des combinaisons particulières.
It4 DEUXlÈxSfE PARTIE
^ l'avis de tous ceux qui n'avaient pas de motifs de mettre de grands mots et des idées fausses au service des influences autrichiennes (i), jusqu'au jour où l'Italie, put doter l'Albanie, contre Serbes et Grecs, d'une « indépen.dancc » mitigée par sa « protection » (3 juin 1917).
J'aurai l'occasion de reparler de Tattitude de Tltalie à regard de la Grèce ; mais je tiens à noter tout de suite l'opinion, à l'égard de la Serbie, d'Italiens, et non des moins qualifiés.
Voici comment, le 9 septembre -19T 7, s'exprimait à Rome le ministre Bissolati, en s^adressant aux délégués de la mission militaire serbe :
« Des équivoques répandues insidieusement à dessein voulaient diviser les deux peuples. Mais aujourd'hui, étant brisées pour toujours les équivoques, chassés les malen* tendus et vaincus les pièges, les deux peuples comprennent combien c'est une nécessité de leur vie de fonder un pacte de fraternité durable séculairement, un pacte de fraternité qui ne veut être froissé par aucune divergence sur une limite de territoire ou de mer, un paete de fraternité par lequel l'Adriatique ne sera plus une mer qui divise, mais une mer qui réunit deux peuples » (a>.
1. On ne les avait que trop subies, trop favorisées, comme, par exemple, dans l'affaire de l'étrange démonstration navale contre le Monténégro en avril igiS.