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CHAPITRE XVI Les Dardanelles et Kavala

Kavdla, l'Entente et les élections. — Les Grecs et Constantinoplc. — Contre l'expédition de Gallipoli. — Démarche en faveur de l.t Bulgarie. — C'est le premier coup à notre iniluence.

Avant la mi-septembre 1914, je Tai dit chapitre XIH (pages 1212), le 'ministre d'Angleterre avait été chargé d<v prévenir M. Vcniselos qu'aucune demande de concession territoriale ne lui serait^ adressée. Mais, loin d'accepter la clause d'intégrité posée par la Grèce, on songe.t à proûter du changement de ministère et à revenir à l'idée première abandonnée par considération pour M. Venise los. .

'^ Le 4 mai, Demidolt nous avertissait, à notre réunion quotidienne, qu'il venait de recevoir des instructions eu vue d'une démarche tendant à une cession de territoire delà Grècc'à la Bulgarie. Elliot et moi nous n'avions rien ; ne sachant pas s'il y avait initiative russe seule ou accord^ je me décidai bientôt à télégraphier à Paris qu'une telle démarche était Vouée à Tinsuccès.

Les desseins de nos gouvernenvents au sujet de Kavala s étant précisés, on parlait d'une offre faite à Solia, je télégraphiai, fin mai, que la demande de l'abandon de Kavala adressée à la Grèce par la France, serait un coui> terrible porté à l'influence française en Grèce et i'échea

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des yenîselistes aux élections, fixées au 3i inai/i3 juin, la cause veniseliste s* étant de plus en plus, dans la campagne électorale, identifiée avec la nôtre.

Qu on se rende compte de la situation.

Ville de race grecque, Kavala, en passant sous la domination de la Grèce, avait vu plus que doubler sa population grecque, les Grecs chassés de Bulgarie s'étant en grand nombre établis dans cette ville. Allait-on rejeter cos gens sous le joug des Bulgares ?

Kavala avait été laissée à la Grèce grâce à nous — M. Delcassé, le 24 août iqiS lors de ma visite, ne pouvait encore le digérer — et aussi, il faut le dire, grâce au kaiser qui, sur ce point, dans la Triple Alliance d*alprs, lâcha r Autriche réfractaire et l'Italie peu favorable, mû sans doute par le désir de détruire la mauvaise impression de ses déclarations, décevantes, pour la cause de Thellénisme mais non publiques, faites quelque temips avant à M. Theotoky . C'était à l'époque où le comte de Quadt me disait : « La Grèce est une nation agaçante ; elle nous a ennuyés, quand nous étions enfants, avec son histoire, e* elle continue ; elle devrait bien se décider à nous laisser tranquilles ». Sent-on l'effet de cette simple .constatation : dans la guerre entre la France et TAUemagne, la Grèce est pour la France et c'est la France qui veut enlever Kavala à la Grèce.

Il faut être littéralement aveuglé par le parti pris le plus tenace, pour n'avoir pas conscience de l'effet d'une pareille constatation sur une population essentiellement chauvine et tenant beaucoup, pour diverses raisons,à cette Ville dont la prise avait motivé presque le mêôfie enthousiasme populaire que celle de Janina.

La démarche fut heureusement ajournée et le succès

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veniseliste aux élections ne fat pas compi:pniis, comme il Taurait irrémédiablement été si on avait persisté à la faire.

Nos adversaires, c^éta^ent ceux dû parti veniseliste, a.vaient vu cependant diverç événements favoriser leur cause : l'échec naval aux Dardanelles, qui jeta un froid considérable, et la maladie du roi qui, au moment où l'antagonisme entre M. Veniselos et le roi était à Tétat aigu, raviva des sympathies un peu fanées pour celui que tout Grec considérait comme un très grand général.

Qu'il fût possible ou non de forcer les Dardanelles lors cLe la première tentative, à tort, je crois, purement navale, qu'on ait eu. raison ou non de ne pas persister après la perte de trois bateaux le i8 mars, je ne suis pas compétent pour trancher la question. Mais Tarrôt des opérations fut un échec et* nous causa, auprès des Grecs, Tiotamment, un préjudice d'autant plus grave que notre succès avait été, à un moment, regardé comme assuré ; on avait môme désigné le général chargé de commander les troupes grecques admises — on ne voulait pas en douter — à participer à Fentrée des alliés à Constantiuople et à la purification si passionnément attendue de Sainte* Sophie,

Allant un jour voir le prince Georges., je causais avec son aide de camp, le capitaine de vaisseau Lembessis, quand le général Milliotti Gomnène, que je connaissais tout particulièrement et qui devait devenir le ministre de la Guerre du gouvernement national à Salonique, se fit annoncer .Devant lui,le commandant Leibbessis me confia qu'il avait été choisi pour mener les troupes grecques à Constantiuople dont la prise paraissait prochaine.

Je soutins à l'aide de camp du prince Georges que TEntente, à;moins d'un retour de M. Veniselos au pou-

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Toûp, ïi*aurait nulle part le concours de la Grèce. Il jeta les hauts cris et me paria un déjeuner : je n*ai pas perdu. ^

Puisque je viens de foire . allusion à i'échec jmval aux Dardanelles, je tiens à constater, que, si mes collègues et moi avions été écoutés, nous n'aurions pas à déplorer la tentative avortée par la presqu'île de Gallipoli — * on devait Tabandonner 1^7 janvier 1916 — succédant à l'échec naVal.

Lorsque cette expédition était encore en préparation, tout au début d'avril, trois semaines à temps, nous entendîmes sur sa demande l'attaché militaire anglais, et télégraphiâmes à Paris, Londres et Petrograd que cet officier, venant de se renseigner, condamnait, après avoir laissé les Turcs achever leur système défensif, cette tentative qui aurait pu réussir plus tôt.

Nos trois télégrammes, rédigés en termes identiques, indiquaient qu'une action sérieuse contre Gonstantinople était }K>ssible, non^ar la péninsule de Gallipoli formidablement organisée, mais par la Bulgarie; avec elle si elle y consentait, malgré elle dans le cas contraire. La Bulgarie qui n'était prête sous aucun rapport, qui ne voulait pas perdre sa récolte, aurait cédé, de bon gré ou non, mais aurait cédé, ne pouvait faire autrement, à la condition de ne lui laisser le temps d'aucun atermoiement, d'aucune intrigue (i). Gétaifla Grèce obligée de marcher, c'était

I. Un an après dans le Temps du 4 avril 1916 (3« page, 4« col.) le général Malleterre écrivait :

« Coiâment les gouvernements alliés n'ont-ils pas compris alors quel avantage inespéré leur donnait la victoire serbe, et queUe magnifique avant-garde constituait cette armée... On doit déplorer cependant lès illusions généreuses <?) des diplomates qui &*ol)stinèrent à poursuivre, par des voies tortueiïses^ la^reeonsCi-^

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très prohablement la Roumanie déclenchée, c'était la gneirre révélant un antre aspect et. sûrement abrégée.

Nous ne fûmes pas écoutés et on peut apprécier inain* tenant ce que cela a valu à tout le monde de suivre les détenteurs officiels des brevets d'habileté, si empressés k iSEdre traiter d'incapable Taudacieux se i*efusantà partager leurs erreurs : incapable, en ettet, de se tromper comme eux. , .

Nous avions réussi à faire ajourner la démarche au sujet de Kavala ; nous n'avons pas réussi à^l'cmpêcher. Je revins personnellement à la charge, avec deux télégrammes au moins, en juillet. Le roi de Bulgarie, annonçai-je^ cherchait à nous duper ; nos faiblesses pour les Bulgares nous coûteraient aussi cher que celles que nous avions eues poui^ les Turcs; l'accord turco-bulgare était signé ; il était, d'après les renseignements du gouvernement g^ec, la conséquence d'un accord germano-bulgare ; la Grèce royale ne sortirait de la neutralité à aucun prix.

Je n'aurais pas cru, je l'avoue, et cela a été ma seule^ erreur, les Serbea capables de s'immoler, dociles à des coiiseils d'une coupable stupidité, en ne tombant pas^ sur les Bulgares dès la nouvelle de leur mobilisation . ^

Dans la seconde quinzaine de juillet, à la suite d'indis^ crétions un peu trop habituelles à Paris et à Petrograd à

tution de la ligue balkanique, qui oublièrent qu'en temps de guerre il n'y a que la manière forte et qu'il faut agir et non parler. On peut déplorer aussi les conceptions militaires qui, après avoir essayé par deux fois de forcer les Dardanelles avec les seuls canons de la flotte, poursuivirent la môme opération par terre,, plusieurs semaines plus tard, quand les Turco-allemands étaient bien avertis du point d'attaque.. . Que n'a-t-on pensé alors à Sa- Ionique et à la route qu'avait suivie en 1908 Tarmée jeune-turque de Salonique qui fit la révolution à Constantinople ? »

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<îette époque pour certains étrangers, des bruits fâcheux coururent; on commença à savoir qu*un projet de démar* xîhe des puissances de l'Entenle était en préparation, et -qu'un sacrifice serait bientôt réclamé à la Grèce.

De ce moment — la chose est facile à vérifier — datent, -depuis le début de la guerre, les véritables et eûicaces ^premières attaques de certaines feuilles grecques contre la France, Elles étaient occasionnées par une politique -que j'avais combattue à mes risques et périls. Même 45alariés par les Âlijemands, les reptiles grecs n'avaient pas encore osé aller au delà de quelques insinuations. Pourquoi ? Parce que, malgré tous les efforts toutes, le sentiment populaire nous restait acquis, et que les tentatives d'attaque avaient toujours été suivies d'une baisse 4ans la vente delà feuille payée. • ,

Les bruits que je viens de qualifier de fâcheux, étaient cette fois exacts et, au début d'août, j'avais ordre de faire la démarche en question. Il s'agissait d'une communication à porter à la connaissance du gouvernement grec, et le ministre se bornait à me télégraphier de demander le texte de la communication à mon collègue anglais, tie texte venait de Londres, il y était parlé de l'abandon à la Bulgarie de Kavala et de i' « hintCi^and » (i) de Kavala, pour la cession duquel le gouvernement qui parlait pourrait « faire une pression » sur la Grèce.

Or, l'impression à Athènes, gouvernement et, ce qui -était plus grave, opinion publique, fut désastreuse. Averti par mon collègue, sir Ed. Grey lui prescrivit d'aller faire -observer que le mot « pression » |ne comportait pas en -anglais la même force qu'en français. Pourquoi alors

I. Expression boche à remplacer en français par « arrière-pays »•

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l'avoir mis, pourquoi ne s'êlre pas avisé de la confusion plus tôt? Et pourquoi. m*avoîr dit de prendre le texte de mon collègue anglais,' pourquoi ne m'avoir pas envoyé en français le texte à communiquer au nom de la France ? Du reste, les nouvelles reçues de Sofia par le gouver» nement grec enlevèrent toute valeur à cette correction tardive et isolée.

-Le 8 août, une manifestation injurieuse pour les puissances de l'Entente eut lieu à Athènes, dans un théâtre de la place de la Constitution : leurs soldats y étaient représentés fuyant devant le kaiser. Tandis que les applaudissements des congénères et des agents payés de Scheiick eussent été, peu avant encore, étouffés sous lés sifflets , ceux-ci lurent ce soir-là en minorité. C'était la première fois que cela se produisait et que TAUemagne en avait pour son argent.

Si on veut avoir une idée de l'impression faite par notre démarche dans les milieux même les plus sympathiques, qu'on lise le début et la fin d'un article du journal français de Mlle Stephanopoli, le Messager d'Athènes (i), sous le titre « La démarche de l'Entente ».

« Si elle entend prouver que la nécessité ne connaît nulle part de loi, que le not kennt kein Gebot est de tous les pays et de toutes les langues, la communication de l'Entente au gouvernement hellénique est elTectivement irréfutable. Mais si elle prétend être un instrument de justice^ de sagesse, d'union, la note va alors ceitainement à rencontre des intentions qui l'ont inspirée:..

»... 11 vaut mieux ne pas rechercher combien de milliers de marks dépensent par mois les agents de l'Allemagne

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