I. Le Temps du 19 février 1917, 4* page
LA PRBMiiRB ANMÉB^ S^t
nements de la guerre : ce sont les commaniqaés des étatsmajors autrichien et allemand )» (i).
Au même envoyé, le ministre des Finances Tontcbeff déclarait :
« Si Ton veut comprendre les raisons de l'attitude actuelle de la Bulgarie, il faut remonter au traité de Bucarest. UAutriche-Hongrie fut alors la seule puissance qui prit ouvet*tement la défense de la Bulgarie en déclarant qu'elle se réservait le droit de re viser le traité...
»... La Bulgarie espère que TAutriche-Hongrie et TAllemagne l'apprécieront à sa vraie valeur et qu'après la guerre elles la récompenseront en territoires...
»... Jusqu'ici la Bulgarie n'a donné à la double monarchie aucun sujet de mécontentement; elle essayera de se conserver à Tavenir ses sympathies...
»... L'Autriche-Hongrie et T Allemagne peuvent être sûres que le peuple bulgare... ne les décevra pas. J'en réponds, moi qui suis fier de passer pour un ami politique •de TAllemagne et de TAutriche-Hongrie » (2).
D'aprèsM. CThenadietr(3) -^ on a tenté dans quelques •milieux de quêter les sympathies de TEntente pour cet homme politique (4) — « c'est la neutralité qui a le mieux «ervi nos intérêts, mais aussi ceux de l'Autriche et de TAIlemagne ».
Si l'expression de ces sentiments fut un peu tardive, ils
. i. Le Temps du 18 mai 1915, a* |)age, 4* col.
s. Idem, ' 3. Idem.
: 4* Dans une réunion plénière des membres de la majorité du Sobcanié où le président du conseil avait vanté sa politique, M. Ghenadieff « déclara s'associer pleinement à ce que venait de dire M. Radoslavoiff, avec lequel ses partisans et lui travaillent en parfait accord ». (Le Temps du 10 janvier 1916, 4' page, a* col.).
SOI tROfSIÀlfB PARTIE
n'avaient pas le mérite de la nouveauté. Ce fût cepeiulaat à ces gens-là qu'allèrent tontes les faveurs de l*Entcntè.
Nos grands diplomates commencèrent par oublier faits et sentiments. Leur méthode, à rencontre de celle de Defteartes, tendant à ne pas « chercher la véritéi>, ilé firent table rase des tendances notoires du gouvernement bulgare, se jugèrent eux-mêmes irrésistibles et, persuadés qu'il leur suffirait de parler pour réussir, ils raisonnèrent de la manière suivante :
• — r Nous avons intérêt à voir les peuples balkaniques former bloc à notre profit.
Soit. L'intérêt était indéniable ; mais il est impuissant à r^odre une chose possible, quand on ne prend pas ses désirs pour la réalité. Ainsi, par quel moyen maintenir unis à côté de nous ceux qui ne sont pas unis entre eux ?
— Il n'y a qu'à constituer la confédération balk^anique ; une fois fusionnés, ceux qui sont rivaux ne le seront plus.
Oui» mais, objectiez- vous, il est malaisé de les fusionner, ils se détestent.
— Il n'y a qu'à les amener à s'embrasser. Comment ne le voyez- vous pas ?
La solution était simple, en effet ; elle avait la simplicité de celle qui consiste, pour attraper un oiseau, à lui mettre un grain de sel sur la queue.
— Pour les amener à s'embrasser, car nous sommes des gens pratiques sachant fort bien qu'on ne peut contenter tout le monde et le petit pèi*e Ferdinand, c'est très facile : nous changerons les mécontentements de place. Les Bulgares sont mécontents de ce qui a satisfait Serbes et Grecs ; satisfaisons maintenant la Bulgarie au détriment des deux autres, et tout ira pour le mieux. Les deux aulres^
LA PHEMliaÈ ANNÉB do3
se feront une raison et finiront bien par comprendre toat leur intérêt à fortifier une anssi bonne Toisine à lenrs 'dépens. Us accepteront de Fengraisser de leur c)tair« pour le plaisir de consolider une ennemie qui, lorsqu'ils s'embrasseront, sera mieux k même de les étouffer.
Ce raisonnement et cette logique ont présidé à la conception du bloc balkanique. Ne pas s'incliner tout de suite devant l'ingéniosité de ce plan était preuve d'incapacité.
Pour disposer la malheureuse Serbie à s^amputer au profit de ceux qui, le 3o iuin H9i3, avec Savoff, tentèrent de l'assassiner dans xm guet-apens — M . Gustave Hervé rappelle « leur malheureuse brouille avec leurs anciens alliés de la veille »(i), ^ leur brouille avec leurs anciens alliés » (a) — on osa dire qu'après tout elle pouvait faire des sacrifices aux alkés, ceux-ci se battant pour elle.
Je répondis, eu juillet 1915, quece n était pas exact.. La Serbie avait pu être, malgré elle et en dépit de ses concessions extraordinaires, le prétexte ; mais, tout en ayant été, dès la première heure, fidèles à notre traité d* alliance avec la Russie, nous nous battions pour nous. De même les Russes, quand, à défaut d'une conscience nationale encore dans les limbes, des lueurs trop passagères de raison éclairèrent ses dirigeants, et avant d'en laisser le soin aux autres par peur pacifiste des coups ;de même les Anglais, quand, à propos de la Belgique, ils comprirent mieux qu'à propos de la Serbie, se sont battus avant tout pour la sauvegarde de la Russie et de TAngleterre.
Dans la Correspandance du gouçernemenl britannique relative à la crise européenne, on voit sir Edward Grey