ENTOMOLOGIE, LEÇON VIII
Onze genres sont rangés dans cette famille , et leur caractère essenliel est tiré de la forme des antennes, qui sont, ou non , en masse , et dont le mode d'articulation varie, ainsi que leur insertion. La forme du corps , de la tcle et des tarses , a été également prise en considération.
Genres. Bruche, becmare, anlhribe, brachycère , attelabe , oxystome , charanson , orchesfe , ramphe , lixe , brenle.
Cette famille nombreuse est très naturelle ; les insectes qui la composent se distinguent au premier coup d'œil, à leur tèle qui se prolonge en une sorte de trompe ou de bec qui supporte les antennes. Ils se nourrissent tous des végétaux les plus précieux, lescéréales sont plus particulièrement exposées à leurs ravages. Leur larve est molle et vit à l'abri , soit dans l'intérieur des tiges , soit dans les fruits et les semences les plus dures.
Les bruches , dans leur premier âge , s'attachent particulièrement aux graines des légumineuses et de quelques fruits à noyau. Il n'est pas rare de voir des récoltes entières de pois détruites par cet insecte. Les graines de glcdilzia, de mimosa, d'accacia, les fruits de quelques palmiers, et dans nos climats les fèves, les lentilles et les pois surtout sont exposés à leurs ravages. Les larves , qui comme
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celles de presque tous les insectes, sont seules redoutables , consomment ime partie de la substance intérieure de ces graines , ou des amandes de ces fruits ; elles proviennent des œufs que la femelle, après avoir été fécondée, a deposés dans le germe au moment de sa première formation.On n'en trouve ordinairement qu'une dans chaque amande ou graine. L'insecte n'empêche point les graines de croître , et chose étonnante , il épargne le principe de la germination. Les pois qui en sont affectés portent une tache grisâtre. Comme c'est à l'époque de la floraison des plantes légumineuses que l'insecte parfait se montre , s'accouple et perpétue son espèce , il s'ensuit que la larve passe huit à neuf mois renfermée dans son habitation. Cependant si l'été a été chaud , ces insectes éclosent à l'automne suivant. Avant de passer à l'état de nymphe les larves ont soin de se ménager une issue , pour sortir lorsqu'elles auront acquis des ailes ; elles ne laissent pour cela , dans une partie de la graine , que la pellicule. Cet espace , ou cette porte est circulaire , et telle est la cause du trou rond que l'on voit aux pois qui leur ont servi de logement et de nourriture.
Les charansons sont encore plus redoutables que les bruches, ils attaquent la principale ba^e de notre nourriture ; ils se trouvent répandus
tlans lous les climals en une si énorme quantité qu'ils bravent lous les efforts qu'on pourrait faire pour les détruire. Celui qui exerce les plus grands ravages en Europe , le charansou du blé ou la calandre , établit son domicile dans les grains de blé pour en manger la substance farineuse. Ces insectes sont quelquefois si nombreux dans un monceau de blé , qu'ils gâtent tout, et ne laissent exactement que le son, c'est à dire l'enveloppe du grain. Une larve est toujours seule dans un grain ; c'est dans cette loge quelle prend son accroissement aux dépens de la farine dont elle se nourrit; à mesure qu'elle mange , elle agrandit son logement, afin qu'il soit assez spacieux pour la contenir sous la forme de nymphe. Cette petite larve fort blanche , a la forme d'un ver alongé et mou, dont le corps est composé de neuf anneaux' saillans et arrondis; elle est longue à peu près d'une ligne, a une tcle arrondie , jaune , écailleuse et nmnié des organes propres à ronger la substance du grain. Lorsque la larve a mangé toute la farine, et qu't4lc est parvenue à sa grosseur , elle reste dans l'enveloppe du grain , où elle se métamorphose en nymphe, d'un blanc clair et transparent. On distingue sous son enveloppe , la trompe , les antennes qui sont ranienées en avant, et le rcijie de Tinsecle. Dans cet état, le charansou
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jic prend point de nourriture , il ne donne signe de vie que par la partie inférieure de la nymphe , capable de quelques mouvemens quand on l'agite. Huit ou dix jours après cette première métamorphose, Tinsecte rompt l'env<:loppe qui le tenait emmailloté, il perce la peau du grain, pour se pratiquer une ouverture, cl sortir de sa prison : le charanson paraît alors sous sa dernière forme. La fécondité de ces insectes est vraiment effrayante. On a calculé qu'un seul couple pouvait avoir 6o45 descendans dans une année. Les grains d'où ils sont sortis ne paraissent pas percés , les larves à la sortie de l'œuf bouchent avec un gluten le petit trou par lequel l'œuf avait été introduit. D'autres disent qu'elles le ferment avec leurs excrémens.
On a proposé différens moyens pour éloigner les charansons, il n'y en a aucun de véritablement efficace.
Les larves de la calandre du palmier se no' rissent de la moelle dccet arbre précieux; elles ont deux pouces de longueur, n'offrent qu'une substance charnue , molle , renfermée sous' une pellicule fort tendre et transparente. Le père Labat les compare à un peloion de graisse de chapon renfermé sous une légère membrane. On les fait cuire sur le gril , et on les mange comme un mets très délicat et très recherché.
Exposées au soleil , ces larves rendent une huile que l'on dit être excellente contre les douleurs froides et les hémorrhoïdes.
Les aftelabes vivent sur les pommiers , les poiriers, la vigne, etc. ; l'attelabe de la vigne connu sous le nom d'ulbec, d'urbec , fait de grands ravages dans les vignobles de l'Orléanais, de laTouraine et de l'Anjou; 11 y a des années où ils font manquer entièrement la récolle. On remarque que ces insectes sont quelquefois plusieurs années sans paraître ; leur retour est à peu près périodique. Ils commencent à se montrer en juin, s'attachent alors aux feuilles tendres, et principalement à celles de la vigne noire , et en soutirant les sucs nourriciers par le moyen de leur espèce de trompe ou de ijec , la circulation de la sève est arrêtée ; la feuille se roule sur elle-même , et c'est dans ce cornet, dont l'intérieur est tapissé d'un duvet soyeux , que sont les œufs. Les larves venant à éclore y sont à couvert et ont des vivres à leur portée. On a dit que parvenues à leur accroissement, elles se laissent tomber à terre , qu'elles y entrent pour passer à l'état de nymphe, et achever ensuite de se développer. Ces insectes coupent encore des bourgeons à fruit et les pampres; d'où il en résulte un dommage plus considérable , le nouveau bois ne pouvant prendre son accroissement et sa force. Le charan-
son (le la vigne qui naît dans l'arrière-saison, se cache pendant l'hiver sous les écorccs de» arbres ou dans leurs troncs, et même dans ceux de la yigne. Cet insecte a un grand nombre d'ennemis, tels que l'araignée des vignes, les oiseaux à bec effilé , et plusieurs insecles, conire les attaques desquels leurs ailes ne sont que d'un faible secours. Us sont fort timides, et pour peu qu'on heurte le cep ou la branche sur laquelle ils sont attachés , ils retirent leurs pieds, s'arrondisent et se replient sur eux-mêmes, de manière qu'ils roulent et tombent très promptement à terre ; ,ils se cachent dans de petits creux , sous de petites mottes, où ils sont en sûreté pendant le passage de l'ennemi. Cet instinct qu'ils ont pour leur conservation, devient un moyen commode pour les détruire. Si on ne parvient pas à en exterminer totalement l'espèce, on peut au moins la diminuer assez pour quelle ne fasse pas beaucoup de tort. 11 ne s'agit que d'écraser l'insecte à mesure qu'on le fait tomber, et pour qu'il ne puisse échapper on étend sous chaque cep une feuille de papier fort ou de carton dont on élève les bords. 11 faut avoir aussi le soin de couper tous les cornets qui conîiennent les œufs, et de les jetter au feu. Ces deux opérations n'entraînent qu'une dépense assez légère et le propriétaire sauve ainsi les récoiles de
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"plusieurs années On prélcnd que \a lûfve du lixe parapleclique, qui vil dans le phcUandrium aquatlcum, ciguë d'eau, rend paraplecliques les chevaux qui mangent cette plante : n'aurait-on pas mis sur le compte de l'insecte ce qui appartient à la plante ?
Un très grand nombre de végétaux , et en général presque toutes les céréales et los ar-* bres à noyau nourrissent un insecte de la famille des charansons. On connaît le charanson du palmier, du pin, du chcne, du coudrier, du sapin, de l'aune, du cerisier, de l'onopordc, de la jacée , de l'artichaut , de la prèle , de la campanule, du roure, de la salicaire, du sysimbrium, du plantain, de l'oseille , du riz, etc. ; chacun de ces insectes ne vit que sur les plantes dont nous venons de parler, et la destruction de ces végétaux entraînerait nécessairement celle de leurs parasites.
Les rhinocères exotiques acquièrent d'assez fortes dimensions, les espèces européennes sont en général très petites , leurs ravages n'en sont que plus actifs et plus difficiles h éviter. Quelques uns sont revêtus de brillantes couleurs; beaucoup sont recouverts d'une poussière écailleuse qui s'enlève très facilement; c'est ce qui les a fait regarder comme les lépidoptères des insectes à étui. Le parallèle, dit M. Latreille, est encore plus frappant, si l'on considère qu'ils
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ont aussi une sorte de trompe , que leurs larves dévorent nos végétaux, de meine que celles des lépidoptères, et que la forme de ces larves est également très différente dans les unes et les autres de l'insecte parfait. La nature en général a un certain nombre de modèles qu'elle reproduit, avec des modifications dans toutes les classes et même dans les ordres.