DIX-HUITIÈME FAMILLE
LES CYLINDRIFORIVIES OU CYLINDROÏDES.
Caract. Coléoptères à corps cylindrique ; à antennes en masse non portées sur un bec.
La forme du corselet, des antennes et du ventre ont permis de distinguer les cinq genres que l'on rapporte à celte famille.
Genres. Apate , bostricbe , scolyte , nécrobie, clairon.
Cette famille est peu naturelle , et ce n'est que pour larrangcinent de ce système qu'on a mis ensemble les insectes qui la composent. Les nécrobies et les clairons ont les mœurs toul-à-fait différentes des trois premiers genres.
Les apaies, les bostriches et les scolytes , sont peut-être les plus redouïabicj de fous les insectes; c'est dans les arbres qu'ils exercent
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leurs ravages, 11 n'est peut-être pasune espèce d'arbres qui ne soit en particulier attaquée par un de ces insectes, nous allons rapporter ce que Williem, dans ses récréations tirées de l'histoire naturelle , nous apprend sur les scolites typographe , calcographe et lîgnipcrde , qui ont été le mieux observés.
« Qui croirait à le voir que le bostriche commun, que les Allemands appellent encore chancre du pin , ver du bois , sait se rendre plus redoutable que les animaux de proie les plus altérés de sang? Qui croirait qu'il est capable de détruire de fond en comble les plus beaux bois de pins et de sapins rouges? 11 ne s'attaque aux autres arbres conifères, qu'à la dernière extrémité , jamais aux arbres à feuilles rondes. Depuis long-temps le bostricbe était très mal famé en .illemagne., sous la dénomination de ver du sapin ou de ver noir. La force et la solidité de la conformation du bostriche le fait résister à des degrés de froid d'une rigidité qui enlève des millions d'aulres insectes. C'est au mois de mai que les bostricbes , qui ont pris pendant l'hiver, dans l'intérieur des ccorces , leur accroissement complet, se fraient en rongeant, un passage au travers de l'écorce extérieure desséchée ; on les voit alors , sur le soir, quelquefois seuls, mais dans les années qui leur ont été particulièrement favorables -,
former des essaims qui semblent autant de nuages , et fondre sur les troncs des arbres. Lorsque le temps est froid , ils se tiennent dam les fonds; mais lorsqu'il devient chaud , l'essaim s'élève à une auteur supérieure à celle des sapins les plus hauts, et va s'abattre, lorsque le vent favorise leur vol, jusqu'à quelques milles de leur lieu natal. C'est à l'époque de ces émigrations en troupes que s'opère l'accouplement ; et alors chaque couple de bostriches, et cela en très grand nombre , va se chercher dans les parties attaquées de pourriture ou cariées des arbres fraîchement abattus ou renversés , et au défaut de ceux-là , à des arbrea entièrement sains et sur pied, entre les écailles des écorces , une place où ils puissent se ronger un logement. Lorsque l'arbre est en pleine sève , sa liqueur qui jaillit à la rencontre de ccl insecte à étuis, le suffoque; et c'est par cette raison qu'il a soin de choisir les arbres où la sève est figée. On peut l'entendre ronger, et la poudre de bois qu'il fait tomber le décèle. Une rainure en ligne droite est la première chose qu'on aperçoit , au bout de quelques jours, en dedans de l'écorce. Aux deux côtés de cette rainure, ils creusent des canaux latéraux ; mais un peu en dehors, en sorte que ces derniers n'entrent pas tout-à-fait dans le canal principal. C'est dans ces canaux laliîraux que la f«-
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melle pond ses 60 à 80 œufs, chaque œuf séparément dans une petite cavité arrondie, et le recouvre avec de la poudre de bois. Ensuite les vieux, à moins que la mort ne les surprenne dans le cours de leur travail, se percent une issue pour revenir au jour, et laissent le soin du reste aux larves qui commencent leurtravail dévastateur ; c'est à dire qu'au bout de quinze jours il sort des œufs, qui sont de la grosseur d'une graine de pavot, des larves en forme de vers, qui grossis à la loupe , laissent apercevoir, dans le dessin , des anneaux fort renflés , des pattes terminées en pointe , et une couleur jaunâtre ; et c'est alors que ces larves , chacune partant de sa niche , travaillent à construire des galeries, qui vont en serpentant, et dont lin air de ressemblance avec des lettres de l'alphabet , véritablement assez difficiles à déchiffrer, a fait acquérir à l'insecte le nom de typographe. Jamais ces galeries ne se croisent j mais elles acquièrent plus de largeur, à mesure que la larve prend de l'accroissement. La manière dont ces pionniers travaillent soUs l'é- ,corce vaut bien la peine d'être considérée, et il n'échappera pas aux observateurs combien est remarquable, dans une aussi nombreuse famille d'insectes à étuis , cet amour de la paix, partout si rare, qui ne permet à aucun de ses membres d'empiéter sur le terrain de l'autre ,
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et les retient à travailler chacun pour soi. La fe'conde mère reste jusqu'à sa sortie dans la galerie principale ; les larves occupent l'extrémité des galeries latérales serpentantes. Le tout compose constamment une famille ; mais il arrive quelquefois aussi que deux familles de ces insectes s'approchent de si près qu'elles se détruisent l'une l'autre. Au bout de quelques semaines, la larve se change en nymphe. Dans cet état, elle devient extrêmement sensible et délicate : une saison défavorable en détruit alors des millions. C'est aussi de la saison que dépend le plus ou moins de temps que la nymphe met à passer de son état à celui d'inseclc parfait. Si l'époque du développement tombe dans la saison la plus chaude de l'année , la larve aura surmonté tous ces périodes dans l'espace de huit semaines; mais si la ponte des œufs ne s'est effectuée qu'en automne, cela peut durer autant de mois. Devenu insecte parfait, le bostrlche dévore tout ce qui est encore resté entre le bois et la partie dure de l'écorce extérieure , et ne laisse que ce qui n'est pas trop desséché : finalement il se perce une issue au jour. Lorsqu'on examine un morceau d'écorce ainsi rongé , on n'aperçoit déjà plus les galeries serpentantes, mais des cavités. S'il existe une très grande quantité de trous à l'exlérieur de l'arbre , c'est une preuve que les
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larves, déjà métamorphosées, dont il en habite souvent 80 mille dans un seul arbre , l'ont déjà abandonné; mais lorsqu'on ne voit pas, toute proportion gardée , beaucoup de trous , c'est que les brigands ne font que d'y- entrer pour commencer à exercer leurs ravages. On ne saurait imaginer, sans le plus grand étonnement, à quel point cet être a la vie dure. Qu'on abatte le bois dans l'écorce duquel il habite , qu'on le fasse flotter sur l'eau, qu'on le laisse dans l'eau , sur la glace , dans la neige, on y trouvera toujours notre insecte sain et dispos.
» Les arbres, dans la tendre écorce intérieure desquels ces larves font leurs fouilles funestes, voient d'abord leurs feuilles en aiguilles se jaunir, et meurent, à commencer par le haut de la cime. II est peu de grandes forêts de l'Allemagne qui n'aient éprouvé cette épidémie, que l'on y appelle Avurmlroekniss (ce qui signifie , dans notre langue , sécheresse occasionée par la piqûre des vers); et l'on trouve, dans les anciennes liturgies, notre bos! riche formellement mentionné sous sa dénomination vulgaire , ni plus ni moins que le turc. Il existe déjà, sur des registres de l'année i665, des rapports circonstanciés du mal affreux qu'il causait; et alors déjà l'on s'avisa du seul remède entièrement sûr à lui opposer
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c'était d'abatire , dans le principe , tout arbi'C qui se trouvait attaqué, d'en enlever l'écorce et de peler l'arbre radicalement. Au commencement de ce siècle, ce fléau se manifesta ^ pendant plusieurs années consécutires , dans les forets du Hariz.... 11 reparut en 17^7, redoubla de fureur en 176g, et alla toujours croissant jusqu'en 1777. 11 parut que cette plaie voulait cesser en 1778 et 1779; mais dans les années suivantes, après un été très chaud et très sec, elle ne s'accrut que davantage, et même de la manière la plus effrayante. 11 se trouva dans le Clausthal seul , plus de trois cents mille, et dans la contrée, en général, plus d'un million de troncs d'arbres absolument séchés sur pied. Les habitans du Hartz se virent par là menacés d'une ruine entière , et l'exploitation de leurs mines d'une suspension totale.... Le mal était parvenu à son comble en 1783. On pouvait évaluer, au Hartz seul, le nombre des arbres atteints de la maladie à un million et demi. Ce qu'on avait à se promettre pour l'avenir se présentait sous un aspect toujours plus effrayant. Ces masses de sapins, naguères si superbes, et d'un verd si foncé, n'offraient plus à la vue qu'un jaune sale et portant l'empreinte de la mort, A mesure que le mal s accroissait , s'augmentait aussi l'impossibilité d'y remédier. On vil en outre, à
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celle époque , nos boslriclies se rendre par essaims, pareils à des essaims d'abeilles, en Souabe et en Franconie. Eufin , depuis l'année 1784. jusqu'à 1789, grâce aux saisons froides et Immldes qui survinrent , ce terrible fléau diminua sensiblement. Avec l'année 1 790, l'ancien ennemi reparut de nouveau avec plus de force encore; et l'on était, en 1796, en suspens sur le sort qu'éprouveraient le petit nombre de lieux riches en sapins , qui étaient restés intacts. 11 paraît actuellement bien décidé que , malgré que le boslriche préfère aux arbres qui sont en pleine sève , ceux qui ne le sont pas, il n^en allaque pas moins aussi , au défaut d'autres, les arbres les plus sains. On peut avancer hardiment que la confiance tranquillisante avec laquelle on s'est trop longtemps persuadé que cet insecîe ne cherchait que les arbres qui se trouvaient déjà malades sans cela, et rpi'il cesserait de lui-même ses ravages, a coulé plusieurs centaines de milliers d'arbres. Un petit nombre de bostriches ne sauraient sans doute faire tomber un arbre sain dans le dessèchement; et dans les années où ce pernicieux insecte est peu abondant, on peut se livrer à l'indifférence sur ce qui le concerne. Mais il est toujours prudent , nécessaire même, d'enlever bientôt le bois nouvellement abatiu par la hache , ou renversé par le vent. H peut
cependant quelquefois servir à rassembler ceux qui sont errans, et qui tombent premièrement sur ces bois-là , où on les tient alors comme dans un piège. 11 serait encore très important de ne jamais permettre aux charpentiers d'établir leurs ateliers dans la foret, et défendre très sévèrement de tirer sur les pics , que la nature créa pour s'opposer aux progrès de cette plaie. Le point capital, c'est d'abattre très promptement les arbres qui sont une fois attaqués , et d'enterrer bien profondément les ccorces qu'on aura soin d'en enlever; et l'on fera mieux encore de livrer ces écorces aux flammes. Il est certain que tûut bois laissé iong-temps sur pied, après son dessèchement, n'est plus propre ni à bâtir, ni à brûler, ni même à faire du charbon.
« Il est un autre boslriche plus fécond, mais point aussi redoutable que le précédent; c'est le calcographc ou graveur ( sculytus chalcographus).... De même que le précédent, la larve creuse , en rongeant , ses galeries dans les couches de l'écorce verte pénétrées de sucs : la seule galerie principale des parens décrit une courbe ; ils poussent leur travail au point de jiénéirer un peu dans le bois même, ce qui n'a jamais lieu chez les précédens. Nous n'avons pas trouvé , chez ce petit insecte , de plus grands talcns pour l'art que sa dénomination
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annonce , que chez le précédent pour la typographie.... Le ligniperda, ou perce-bois, s'y prend encore d'une autre manière dans son travail. Tandis que les précédens déposent leurs œufs sur les côlés de la galerie capitale , la femelle de celui-ci dépose les siens en un monceau ; de manière que les larves commencent leur travail en partant d'un centre commun. » Les nécrobies et les clairons se rencontrent sur les fleurs, et leurs larves dans les substances animales desséchées et les charognes. Les larves des clairons vivent dans les nids des abeilles maçonnes, dans les ruches de l'abeille domestique, et dans les cellulesmêmes des guêpes , aux dépens de la postérité de ces insectes qu'elles détruisent. Le clairon apivorc femelle, épie l'instant où l'abeille maçonne s'est éloignée du nid qu'elle a préparé à ses petits , pour y déposer ses œufs. Il sait trop bien combien est redouiable l'arme que l'abeille possède pour sa défense, pour s'exposer à violer son domicile pendant sa présence. La larve du clairon éclose, dévore celle de l'abeille qui est dans la cloison la plus voisine, et se fraie ainsi un passage d'une loge à une autre, toujours en dévorant la larve qui y est recluse. Un an après la ponle, elle a acquis toule sa grandeur, et se métamorphose en insecte parfait dans la dernière loge dont elle s'est empa-
rée. On croit que les abeilles transporlent ellesmêmes par méprise les œufs des clairons , qui se trouvent mêlés parmi le pollen des fleurs. On ne sait rien de bien certain à cet égard, il est plus simple de penser que les clairons déposent directement leurs œufs dans les lieux où les larves trouveront une nourriture assurée, plutôt que de les exposer à des chances qui leur seraient très souvent défavorables.
Les clairons sont ornés de couleurs vives et agréablement diversifiées , ils sont ordinairement recouverts de poils assez longs. On les trouve plus particulièrement dans les pays chauds ; il y en a plusieurs espèces en France.