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TRENTE-SIXIÈME FAMILLE

LES FOKMICAIRES OU MYRMÈGES. PI. 6. ^g. I.

Caract. Antennes brisées en fil; abdomen pédicule , arrondi ; lèvre inférieure et mâchoire ne dépassant pas les mandibules.

Genres. Doryle , fourmi , mutille.

Les fourmis vivent en société de plusieurs sortes , tantôt elles sont simples ou composées d'individus de la même espèce , tantôt mixies

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OU formées d'individus neutres d'une et quelquefois de deux autres espèces.

Les fourmis ont diverses manières de construire leurs habitations, tantôt elles élèvent des cônes de plusieurs pieds de hauteur, tantôt elles pratiquent leurs retraites assez profondément dans la terre , quelquefois dans le tronc des arbres pourris , dans les fentes des murs ou sous les pierres. Elles sont omnivores , c'est à dire qu'elles se nourrissent indifféremment de matières animales ou végétales. Les neutres vont à la recherche des provisions , donnent la nourriture aux larves, et sont particulièrement chargées de veiller à leur bien-éire et à leur sûreté ; le temps s'échauffe-t-il, elles les transportent à la superficie du nid pour leur procurer de la chaleur; la pluie ou le mauvais temps approchent-t-ils, elles les redescendent au fond. Elles ont les mêmes attentions pour les nymphes et elles déchirent leurs enveloppes lorsque le temps de leur métamorphose est arrivé ; si l'on vient à découvrir le nid , on les volt saisir leurs nourrissons avec une promptitude extrême, et les entraîner dans les lieux les plus reculés de la fourmilière. Les individus déjà allés attirent de même leur sollicllude. Les fourmis sont très friandes des matières sucrées, elles recherchent avidement les pucerons et les galles-insectes qui laissent trans-

suder une liqueur douceâtre. Il y a des espèces qui font dans leurs retraites des provisions de CCS insectes et de leurs œufs , il y en a d'autres qui construisent des galeries en terre , depuis leur habition jusqu'à l'extrémilé des branches des arbres qui nourrissent ces insectes: une fourmilière, dit Huber , est plus ou moins riche , selon qu'elle a plus ou moins de pucerons. C'est leur bétail ; ce sont leurs vaches et leurs chèvres.

Les fourmis sont courageuses , et susceptibles de colère ; si un animal étranger vient violer leur domicile , l'alarme est aussitôt donnée ; elles livrent combat à l'ennemi, qui devient presque toujours victime de son audace j lorsque le danger est de peu d'importance la république n'envoie qu'un simple détachement qui l'a bientôt vengée. Les fourmis au rapport de M. Latreille sont encore susceptibles de commisération et d'exercer l'hospitalité, le môme auteur a trouvé dans les nids de la fourmi fauve de jeunes cloportes qui y restaient sans recevoir aucun outrage,- « si l'on passe , dit-il, à plusieurs reprises le doigt sur la route que suivent les fourmis , on divise le courant des émanations qui leur servent de guide. On leur oppose un obstacle qui les arrête sur-le-champ, les oblige à rebrousser chemin ou à se détourner; ce n'est qu'à la

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longue qu'elles franchissent la barrière. Le sens de l'odorat se manifestant d'une manière aussi sensible, je voulais profiter de cette remarque pour en découvrir le siège. On a soupçonné depuis qu'il résidait dans les antennes. Je les arrachai à plusieurs fourmis fauves , auprès du nid desquelles je me trouvais. Je vis aussitôt ces petits animaux, que j'avais ainsi mutilés, tomber dans un état d'ivresse ou une espèce de folie. Ils erraient çà et là , et ne reconnaissaient plus leur chemin. Us m'occupaient ; mais je n'étais pas le seul. Quelques autres fourmis s'approchèrent de ces pauvres affligés, portèrent leurs langues sur leurs blessures , et y laissèrent tomber une goutte de liqueur. Cet acte de sensibllé se renouvela plusieurs fois, et je l'observai avec une loupe. »

Les fourmis mâles et femelles ne se trouvent dansl'clat parfait, c'est à dire avec leurs ailes, que passagèrement dans la fourmilière. Les mâles, malgré tous les efforts que font les fourmis ouvrières pour les retenir, abandonnent l'habitation dès qu'ils peuvent s'élever dans l'air. Lorsque les femelles sont parliesavec eux , elles s'accouplent soit à terre soit dans l'air ; dès qu'elles sont fécondées, elles retombent à terre et se débarrassent aussitôt de leurs ailes, qui leur deviennent inutiles , puisqu'elles ont rempli le principal vœu de la nature : voici ce

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que Hubert a observé sur celle singulière opération. Il avait pris des fourmis femelles fécondées , et les avait placées dans un pot rempli de terre humide et couvert d'une cloche en verre ; une heure après, toutes avaient perdu leurs ailes, qui étaient dispersées çà et là, et elles s'étaient cachées sous la terre. Comme il voulait être témoin de la manière dont elles opèrent , il en prit, les mit dans un poudrier sans terre et les observa avec assiduité pendant cinq heures consécutives. Mais à son grand étonnement, il ne leur vit rien faire qui pût annoncer la perte de leurs ailes; il ne concevait pas ce qui pouvait retarder une opération qui avait été sitôt faite par les premières, mais il pensa bientôt que c'était peut être parceque les femelles n'étaient pas dans des circonstances semblables à l'état de nature; il prit de la terre humide , en mit une légère couche sur une table , la recouvrit d'une cloche en verre et introduisit dessous une fourmi fécondée ; aussitôt qu'elle se sentit sur la iorre, elle étendit ses ailes avec effort , en les fai,sant venir en avant de sa tête ; elle les croisa dans tous les sens , les renversa d'un côté puis de l'autre, et fit des contorsions si singulières que ses quatre ailes tombèrent à la fois en sa présence ; après cette expédition , elle se reposa , brossa son corselet avec ses pattes , et se promena sur la terre

OÙ elle parut chercher un gîte. Elle ne semblait pas s'apercevoir qu'elle fût enfermée dans une étroite enceinte ; elle mangea du miel qu'il lui avait donné , et se coucha enfin sous quelques morceaux de terre qui formaient une petite grotte naturelle. Les femelles qui sont restées aux environs de la fourmilière sont saisies par les ouvrières qui les forcent à rentrer dans l'habitation; on les garde avec assiduité, elles sont l'objet des attentions les plus délicates ; on leur donne la meilleure nourriture et le logement le plus commode. Des sentinelles qui se relèvent sans interruption la surveillent; et semblent attendre qu'elle ponde afin de recueillir ses œufs. Dès que la maternité est reconnue la fourmi-mère reçoit les hommages les plus empressés de toutes les ouvrières ; elle est accompagnée par une douzaine de fourmis qui lui forment un cortège d'honneur, enfin de même que chez les abeilles , cette femelle est l'objet de l'amour et des caresses de toule la société. Plusieurs femelles peuvent vivre dans le même nid , sans^u'il y ail de rivalité entre elles : chacune a sa cour.

Les femelles qui depuis leur départ de la fourmilière sont restées errantes, se cherchent un asile dès qu'elles ont perdu leurs ailes. Selon Hubert ces femelles inspirées par Tamour maternel, se livrent à l'éducation de leurs lar-

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ves, comme l'auraient fait les ouvrières. 11 est certain que ces femelles établissent de nouvelles colonies , on ne pourrait expliquer autrement l'apparition subite de fourmilières dans des lieux où il n'y en a jamais eu et où l'on n'a point remarqué d'émigration ; c'est peut-être le seul moyen que ces animaux emploient pour former de nouvelles sociétés , car on n'a point remarqué parmi eux d'émigrations partielles comme chez les abeilles. Hubert qui a fait des expériences très nombreuses et très curieuses sur ces insectes , a observé que les femelles qui n'ont point été fécondées, ne perdent point leurs ailes, et n'inspirent aucun intérêt aux ouvrières , il a remarqué encore que ces femellesvierges se livraient souvent aux mêmes travaux que les ouvrières pour l'éducation et la nourriture des larves , sans paraître embarrassées de ce rôle. Suivant le même auteur les ouvrières poussent si loin leur attachement pour les femelles qu'après leur mort, elles les brossent et les lèchent sans interruption, pendant plusieurs heures , comme si elles avaient ainsi l'espoir de les rendre à la vie.

Les fourmis sont un des fléaux les plus redoutables pour les jardins et pour l'agriculture ; ils détruisent les fruits, les grains et attaquent jusqu'aux racines des arbres en creusant des galeries souterraines fort profondes. Les dégâts

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qu'elles font dans l'Inde et sous l'équateur sont bien plus considérables , on les a vus détruire des plantations entières de cannes à sucre , et forcer môme les habilans à leur abandonner la place. « Pendant le jour, dit le voyageur Stedman, nous étions conlinueilenient assaillis par des armées entières de petites fourmis , appelées ici fourmis de feu y à cause de la douleur que fait leur morsure, ces insectes sont noirs et des plus petits; mais ils s'amassent en tel nombre, que souvent par leur épaisseur, leurs fourmilières nous obstruaient en quelque sorte le passage , et que si par malheur, on passait dessus, on avait les pieds et les jambes couverts de ces animaux , qui saisissent la peau si vivement avec leurs pinces, qu'on leur séparerait la tète du corps plutôt que de leur faire lâcher prise. L'espèce de cuisson qu'ils occasionent ne peut, à mon avis, provenir seulement de la forme très acérée de leurs pinces ; je pense qu'elle peut être produite par quelque venin qu'elle fait couler dans la blessure, ou que celleci attire. Je puis assurer que je les ai vues causer un tel tressaillement à une compagnie de soldats, qu'on eût dit qu'ils venaient d'être échaudés par l'eau bouillante....

» Après avoir passé le Cormoelibo-crique, nous allâmes au sud-ouest par le sud jusqu'à la Collica , sur les bords de laquelle nous

campâmes. Nous ne vîmes rien de remarquable le premier jour de notre marche, qu'un grand nombre de fourmis d'un pouce au moins de longueur, et parfaitement noires. Les insectes de cette espèce-ci dépouillent un arbre en très peu de temps, et ils le découpent en petits morceaux, pour les emporter sous terre. Il était fort plaisant de voir celte armée de fourmis, chacune avec son morceau de feuille verte, suivre perpétuellement la même route, etc. »

On retire des fourmis une liqueur, que les chimistes ont nommée acide formlque. I.a fourmi fauve, le répand en une assez grande quantité , pour qu'elle cause une inflammation , si on remue sa fourmilière.

Tous les moyens qu'on a imaginés pour détruire les fourmis, sont insufiisans, et ne contribueront jamais, quelque mal qu'on se donne , à diminuer l'énorme quantité de ces animaux qui se trouvent répandus dans les deux hémisphères ; ils ont néamoins des ennemis puissans, quelques petits quadrupèdes dans les deux Indes, et en Europe, les oiseaux, les fourmilions, etc. Mais le créateur qui n'a pas les mêmes motifs que nous pour en vouloir la destruction, veille à leur conservation , et n'a pas permis qu'il fût possible à leurs ennemis de faire disparaître leurs races.

Nous avons en France environ huit espèces de fourmis. La fourmi îa^uye^ formica rufa^ Lin., et la fourmi sanguine, yo/m/tv/ sanguinea^ sont les plus répandues, et celles qu'on a le plus étudiées. Elles élèvent dans les bois ces monticules remarquables par leur grandeur, et leur forme en cône très large à la base. « Pour concevoir dit Hubert, la formation du toit de chaume, voyons ce qu'était la fourmilière dans son origine. Elle n'est au commencement qu'une cavité pratiquée dans la terre; une partie de ses habilans va chercher aux environs des matériaux propres à la construction de la charpente extérieure ; ils les disposent ensuite dans un ordre peu régulier, mais suffisant pour en recouvrir l'entrée; d'autres fourmis apportent de la terre, qu'elles ont enlevée au fond du nid dont elles creusent l'inférieur, et cette terre , mélangée avec des brins de bois et de feuilles qui sont apportés à chaque instant, donne une certaine consistance à l'édifice ; il s'élève de jour en jour; cependant les fourmis ont soin de laisser des espaces vides pour ces galeries qui conduisent au-dehors , et, comme elles enlèvent le malin les barrières qu'elles ont posées à l'entrée du nid, la veille, les conduits se conservent, tandis que le reste de la fourmilière s'élève; elle prend déjà une forme bombée , mais on se tromperait si on la croyait

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massive. Ce toit devait encore servir sous un autre point de vue à nos insectes, il était destiné à contenir de nouveaux étages ,. et voici de quelle manière ils sont construits (je puis en parler pour l'avoir vu, à travers un carreau de verre que j'avais ajuslé contre une fourmilière). C'est par excavation, en minant leur édifice même, qu'elles y pratiquent des salles très spacieuses , fort basses à la vérité et d'une construction grossière; mais elles sont com»modes pour l'usage auquel elles sont destinées, celui de pouvoir y déposer les nymphes et les larves à certaines heures du jour. Ces espaces vides communiquent entre eux par des galeries faites de la même manière ; si les matériaux du nid n'étaien t qu'entrelacés les uns avec les autres ils céderaient trop facilement aux efforts des fourmis et tomberaient sans peine , lorsqu'elles porteraient atteinte à leur ordre primitif; mais la terre contenue entre les couches, dont le monticule est composé, étant délayée par l'eau des pluies , et durcie ensuite par le soleil, sert à lier ensemble toutes les parties de la fourmilière , de manière cependant à permettre aux fourmis d'en séparer quelques fragmens sans détruire le reste ; d'ailleurs elles s'opposent si bien à l'introduction de l'eau dans les nids , que je n'en ai jamais trouvé , même après les plus longues pluies à plus d'un

quart de pouce de la surface , à moins que ïa fourmilière n'eût été dérangée , ou ne fût abandonnée par ses babitans; quand à la partie souterraine de la fourmilière , on ne peut la voir que lorsqu'elle est placée contre une pente ; alors en soulevant le monticule de chaume on aperçoit toute la coupe intérieure du bâtiment, ces souterrains présentent des étages composés de loges creusées dans la terre , et pratiquées dans un sens horizontal. »

Les fourmis fauves abandonnent quelquefois leur habitation pour en aller former une autre, lorsqu'elles sont inquiétées , ou trop près d'une fourmilière ennemie. Elles se portent les unes les au Ires vers la nouvelle habitation \ celles qui les premières ont découvert un lieu convenable à la fondation d'une nouvelle cité , viennent en prévenir les autres, elles les invitent h les suivre par des caresses ou les entraînent par force. La nation s'y transporte bientôt après en emportant ses œufs et ses larves. Les fourmis ont un moyen assez singulier d'attaque et de défense ; elles lancent fort loin leur acide , en faisant passer entre leurs jambes leur abdomen qui le contient. Quand deux fourmilières sont en guerre, elles se livrent des combats à toute outrance; Hubert nous a donné la description d'une bataille dont il fut témoin. Les deux armées s'étaient rencontrées à moi-

tié chemin de leur hablllon respective ; c'est là que se livra le combat : elles occupaient un espace de deux ou trois pieds carres , et il s'en exhalait de toutes paris une odeur pénétrante. A l'approche de la nuit , après s'être bien battus et avoir laissé un grand nombre de morts suile lieu de la scène , chaque parti rentrait graduellement dans la cité , mais ils retournaient au combat avant l'aurore , et le carnage recommençais avec plus de fureur. Les fourmis sanguines , qui sont souvent attaquées par les fourmis fauves, se défendent en partisans, et font une petite guerre fort amusante pour l'observateur. Les deux partis se mettent en embuscade et fondent l'un sur l'autre à l'improviste; si les fourmis sanguines se voient moins en force, elles réclament du secours, et aussitôt une armée sort de la cité, s'avance en masse et enveloppe le peloton ennemi. Hubert a encore fait une observation curieuse, s'étant un jour approché d'une de leurs habitations exposée au soleil et abritée du côté du nord , il vit ces insectes amoncelés en grand nombre sur sa surface et dans un mouvement général, qu'il compare à l'image d'un liquide en ébullition. Mais s'étant appliqué à suivre séparément chaque fourmi , il découvrit qu'elles jouaient entre elles deux à deux, et se livraient des combats simulés, pareils à ceux dont les

jeunes chiens nous donnent souvent le spectacle.

La fourmi sanguine ressemble beaucoup à la fourmi fauve, elle s'en distingue par la couleur de la tête et des antennes qui sont enlièrenient d'un fauve sanguin. Voici ce que Hubert nous apprend sur les mœurs de cette espèce.

« Une des occupations ordinaires des fourmis sanguines, est d'aller à la chasse de certaines petites fourmis dont elles font leur pâture ; elles ne sortent jamais seules ; on les voit aller par petites troupes , s'embusquer près d'une fourmilière, attendre à l'entrée qu'il en sorte quelque individu, et s'élancer aussitôt pour s'en saisir. Les insectes qu'elles rencontrent sur leur chemin deviennent aussi leur proie , quand elles peuvent les arrêter. On ne trouve point chez les sanguines , non plus que dans les autres fourmilières mixtes , de mâles et de femelles de fourmis auxiliaires. Les femelles sanguines sont remarquables par la vivacité de leurs couleurs. Les mâles ressemblent beaucoup à ceux de la fourmi noir-cendrée , si ce n'est qu'ils ont le corps plus alongé ; on les voit partir en même temps que les femelles , et ils sont alors accompagnés d'un double cortège , comme ceux des fourmis légionnaires. Tant de rapports entre ces fourmis me faisaient soupçonner que les sanguines s'ap-

provisionnaient de noir-ccndrces, de la môme manière que les roussâlres ; je les épiai de jour en jour, et je fus témoin de plusieurs expéditions. En voici un exemple qui pourra donner une juste idée de leur tactique. Le i5 juillet , à dix heures du matin , la fourmilière sanguine envoie en avant une poignée de ses guerriers. Celle petite troupe marche à la haie jusqu'à l'entrée du nid des fourmis cendrées, situé à vingt pas de la fourmilière mixte; elle se disperse autour du nid. Les habitans aperçoivent ces étrangères , sortent en foule pour les attaquer, et en emmènent plusieurs en captivité; mais les sanguines ne s'avancent plus , elles paraissent attendre du secours ; de moment en moment, je vois arriver de petites bandes de ces insectes , qui parlent de la fourmilière sanguine et viennent renforcer la première brigade. Elles s'avancent alors un peu davantage , et semblent risquer plus volontiers d'en venir aux prises ; mais , plus elks approchent des assiégées, plus elles paraissent empressées à envoyer à leur nid des espèces de courriers. Ces fourmis , arrivant en hâfe , jettent l'alarme dans la fourmilière mixte , et aussitôt un nouvel essaim part et marche à l'armée. Les sanguines ne se pressent point encore de chercher le combat ; elles n'alarment les noir-cendrées que par leur seule présence; celles-ci occupent

un espace de deux pieds carrés au-devant de leur fourmilière ; la plus grande parlie de la nalion est sortie pour attendre l'ennemi. Tout autour du camp , on commence à voir de fréquentes escarmouches , et ce sont toujours les assiégées qui attaquent les assiégeantes. Le nombre des noir-cendrées, assez considérable, annonce une vigoureuse résistance ; mais elles se défient de leurs forces , songent d'avance au salut des petits qui leur sont confiés, et nous montrent en cela un des plus singuliers traits de prudence dont l'histoire des insectes nous fournisse l'exemple. Long-temps avant que le succès puisse être douteux, elles apportent leurs nymphes au-dehors de leurs souterrains , et les amoncellent à l'entrée du nid, du côté opposé à celui d'où viennent les fourmis sanguines , afin de pouvoir les emporter plus aisément si le sort des armes leur est contraire. Leurs jeunes femelles prennent la fuite du même côté; le danger s'approche ; les sanguines se trouvant en force , se jettent au milieu des noir-cendrées, les attaquent sur tous les points, et parviennent jusque sur le dôme de leur cité. Les noir-cendrées , après une vive résistance , renoncent à la défendre , s'emparent des nymphes qu'elles avaient rassemblées hors de la fourmilière , et les emportent au loin. Les sanguines les poursuivent et cherchent à leur ra-

LEÇON XI. aSg

vir leur trésor. Toutes les noires sont en fuite ; cependant on en voit quelques unes se jeter avec un véritable dévouement au milieu des ennemis et pénétrer dans les souterrains dont elles soustraient encore au pillage quelques larves qu'elles emportent à la hâte. Les fourmis sanguines pénètrent dans l'intérieur; s'emparent de toutes les avenues , et paraissent s'établir dans le nid dévasté. De petites troupes arrivent alors de la fourmilière mixte, et l'on commence à enlever ce qui reste de larves et de nymphes. Il s'établit une chaîne continue d'une demeure à l'autre , et la jo-arnée se passe de cette manière. La nuit arrive avant qu'on ait transporté tout le butin ; un bon nombre de sanguines reste dans la cité prise d'assaut, et le lendemain à l'aube du jour elles recommencent à transférer leur proie. Quand elles ont enlevé toutes les nymphes, elles se portent les unes les autres dans la fourmilière mixte jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un petit nombre. Mais j'aperçois quelques couples aller dans un sens contraire ; leur nombre augmente ; une nouvelle résolution a sans doute été prise par -ces insectes vraiment belliqueux : un recrutement nombreux s'établit sur la fourmilière mixte , en faveur de la ville pillée , et celle-ci devient la cité sanguine. Tout y est transporté avec promptitude : nymphes , larves , mâles eî

a4.0 ENTOMOLOGIE,

femelJes, auxiliaires et amazones , loul ce qui renfermait la fourmilière mixte , est déposé dans l'habitation conquise, et les fourmis sanguines renoncent pour jamais à leur ancienne patrie. Elles s'établissent en lieu et place des noir-cendrées, et là entreprennent de nouvelles invasions. »

Les mutilles n'ont que deux espèces d'individus , des mâles et des femelles. On en connaît environ trente espèces, dont une partie habite l'Europe ; quelques uns ont une taille fort remarquable. Les mâles sont toujours ailés, et les femelles aptères ; elles sont pourvues d'un aiguillon qui est caché dans leur abdomen. On les rencontre dans les endroit sablonneux où elles courent avec vitesse.

On ne connaît point les mœurs des mulilles.

Les doryles sont des insectes exotiques qui n'ont point été étudiés.

TRENl^-SEPTIÈME FAMILLE.

LES FOUISSEURS OU ORYCTÈRES. PL 6. fg. 2.

Caract. Abdomen porté sur un pédicule étranglé; antennes non brisées, de quatorze à dix-sept articles ; Jèvrc et mâchoires ne dépassant pas les mandibules.

Genres. Tiphie, larre , pompile, Irjpo^ylon, 5phége , pepside.

Les insectes de celle famille ont les mêmes mœurs que lesanlliophilcs. Ils montrent comme ces derniers, beaucoup d'adresse dans la construction de leur nid. Comme eux ils font des provisions d'insectes morts et vivans pour leurs Kirves; il y a une espèce de Pensylvanie qui place dans son nid, auprès de ses œufs, deux ou troisgrossessauterellesqu'elle pique de manière à ce qu'elles vivent jusqu'à l'époque où la larve doit éclore-

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