QUARANTE- QUATRIÈME FAMILLE
LES PLA.NTISUGES OU PHYTADELGES.
PI 7^ fis- ^'
Caract. Ailes semblables entre elles, non croisées dans l'état de repos, souvent étendues , transparentes ; bec naissant du col ; tarses à deux articles ; femelles le plus souvent sans ailes.
Genres. Aleyrode, cochenille, puceron, chermès, psylle.
Le genre aleyrode avait été placé, avant Latreille , parmi les lépidoptères. La seule espèce qui le compose est Taleyrode de l'éclairé. Elle est à peine longue d'une ligne, son corps est d'un rouge jaunâlre , recouvert d'une poussière blanche; ses ailes sont presque ovales et farineuses. Réaumur regardait cet insecte comme une phalène, on peut lire plusieurs détails inléressans dans le septième mémoire , T. 11 , de ses Observations. Ses habitudes sont très singi*lières , il subit toutes ses métamorphoses , s'accouple et se réproduit presque dans ht môme place où il est né. A l'état parfait il suce avec son bec le suc des feuilles de l'éclairé. Les femelles pondent leurs œufs sur les feuilles dont elles se nourrissent et les disposent circulairement au nombre de trente ou moins ; huit jours après, les larves éclosent; elles sont si petites qu'on n'aperçoit leurs pattes qu'avec une forte loupe. Elles se changent ensuite en chrysalides après s'être renfermées dans une coque ; peu de jours après il en sort l'insecte parfait.
Les aleyrodes sont très communs en Europe sur la chélidoine et quelquefois sur les choux.
Les cochenilles sont des insectes très singuliers et par leurs formes et par leur manière
de vivre; leur histoire a été long-temps inconnue. Avant le père Plumier on regardait la coclienille du commerce comme une graine.
Les larves, dès qu'elles sont écloses , se répandent sur les feuilles et les tiges les plus tendres pour en pomper les sucs, elles sont très mobiles pendant tous le temps qu'elles sont en cet état; elles sont si petites qu'on ne peut les apercevoir qu'à la loupe. Les larves des femelles ont la bouche munie d'un bec conique très court, formé d'une gaine de quatre articles et d'un suçoir de trois soies. Ces larves se fixent plusieurs fois pour changer de peau; lorsqu'elles ontacquis un certain accroissement , elles se fixent définitivement, et pour ne plus changer de place pendant tout le cours de leur vie. Elles préfèrent pour se fixer les bifurcations des branches, elles y pratiquent un nid qu'elles garnissent de matière cotonneuse. Arrivées à l'état parfait elles acquièrent un accroissement considérable , elles sont aptères , leur têle en demi-cercle , est pourvue du bec qu'elles avaient à l'état de larve ; on dislingue à peine leur corselet appliqué contre l'abdomen qui est composé d'anneaux très distincts. On remarque à la partie postérieure du dernier de ces anneaux , une petite fente ouverte. Quand l'insecte est parvenu au terme de sa croissance , son abdomen devient très volumi-
LEÇON XII. aSg
neux en raison du grand nombre de petils œuis dont il se remplit.
Les larves des mâles se fixent pour se transformer de la même manière que celles des femelles; leur peau se durcit et forme une coque dans laquelle a lieu la transformation en nymphe. Ces nymphes sont remarquables en ce que leurs pattes antérieures au lieu d'être dirigées en arrière comme dans les chrysalides des autres insectes, le sont en avant. A la belle saison cette coque s'ouvre, et l'insecte parfait en sort à reculons ; il est dépourvu de tout instrument de la manducation, organe qu'il n'avait pas m^me à l'état de larve. De sorte que dans toutes les phases de son existence cet animal est destiné à ne prendre aucune nourriture, à moins qu'il n'ait reçu de la nature, des moyens qui lui soient particuliers et que nous ignorions. Il estalongé, sa tele est ronde, avec deux petits yeux et deux antennes assez longues, composées de onze articles distincts, son corselet est arrondi et sert d'attache à deux longues ailes couchées horizontalement l'une sur l'autre et ayant des nervures très fines ; l'abdomen est sessile, conique, terminé par une pointe bivalve , renfermant l'organe générateur qui est un crochet recourbé. Ce dernier anneau porte en outre deux filets longs et divergens. Il est plus petit que la femelle et se
trouve en bien moindre quantité qu'elle. Dès qu'il est né , il cherche à s'accoupler, il monte pour cela sur la femelle , se promène quelque temps sur elle , l'excite à recevoir son organe mâle, et parvient à l'introduire dans l'ouverture dont nous avons parlé. Il féconde ainsi les œufs qui sont renfermés dans le ventre de sa femelle. Celle-ci qui semble au premier abord immobile et sans vie, n'est cependant pas insensible à ces sollicitations, elle paraît répondre aux caresses du mâle. Elle pond quelques jours après des milliers d'œufs, toujours dans la même place, et dans la plus complète immobilité. Ces œufs sortent de son venîre , mais sont adhérens au-dessous de son corps; celte ponte n'est qu'intérieure et ne s'aperçoit point an-dehors de l'insecte. A mesure que le ventre se vide, il s'aplatit, ses deux membranes se rapprochent et forment sous le corps de la mère une cavité assez grande sous laquelle les- œufs sont renfermés. Bientôt après elle meurt, son corps se dessèche, mais la peau coriace de son cadavre sert toujours de coque aux œufs fécondés. Ces derniers peuvent être au nombre de quelques mille. Les petits, même après être sortis de leurs œufs , restent encore sous la coque formée par le cadavre de leur mère , et ensuite ils en sortent par une petite ouverture qui se trouve à la partie postérieure de la coque.
Quelques cochenilles fournissent un suc rouge, celui que rend la cochenille du nopal, {coc' eus cacti) sert à faire la belle teinture écarlale et le carmin dont on fait un si grand usage dans les arts et la peinture. On la cultive particulièrement au Mexique , qui fournit celle qui est la plus estimée. Long-temps avant la découverte de leur pays, les Mexicains la cultivaient pour leur usage. On peut consulter sur cet insecte intéressant, soustousles rapports, le Traité de la culture du Nopal par Thierry de Menonville, 2 vol. in-8°, Paris 1787 ; on y trouvera la manière de cultiver et de récolter la cochenille.
Il y a une trentaine d'autres espèces de cochenilles qui ne sont remarquables que par le tort qu'elles font à certains végétaux. La cochenille du figuier infecte ce dernier arbre dans je midi de l'Europe , quelquefois elles le font périr. Il est fort difficile -le diminuer leurs ravages ; l'oranger, l'olivier et beaucoup d'autres arbres en sont souvent aussi attaqués. Ces in- -sectes portent le nom des végétaux surlesquejls ils vivent en parasites incommodes.
Les pucerons sont singulièrement remarquables par leur immense fécondité , on les trouve sur un grand nombre de végétaux dont ;ils épuisent souvent la sève en la suçant avec ilew trompe. JLls causent quelquefois des alté-
rations très sensibles sur les arbres , en en détournant les sucs ; ils produisent des tubérosités souvent très grosses, telles qu'on a pu en remarquer sur l'orme, le groseillcr, le pommier, etc. Les larves de quelques espèces de pucerons vivent en société. Mais ce qui est le plus étonnant dans l'histoire des pucerons, c'est la propriété qu'ils ont de se reproduire sans s'être accouplés; il paraîtrait que la femelle qui a été fécondée transmettrait l'influence du mâle aux femelles qui naissent d'elles, et ainsi de suite pendant plusieurs générations. Bonnet, Réaumur, Lyonnet, Frisch , etc. , ont pris des pucerons sortant du ventre de leur mère , les ont élevés seuls , et malgré cet isolement ils les ont vus faire des petits; ces petits élevés ensuite isolément ont été féconds pendant plusieurs générations sans avoir reçu de mâle. Bonnet a compté Jusqu'à neuf générations en trois mois sans accouplement. M. Duvau, dans des observations communiquées à l'académie royale des sciences en mai 1825 , à obtenu onze générations semblables, et il pense avec Bonnet qu'on pourrait en obtenir trente. Celte fécondité a duré chez ces pucerons sept mois au lieu de deux ou trois comme l'avait observé Bonnet. Il a obtenu la onzième génération à la fin de décembre , et il icroit que la fécondité des pucerons peut se
prolonger jusqu'au printemps : si d'un autre côté l'on suppose qu'elle commence en mars , on en conclura que l'accouplement est encore moins nécessaire qu'on ne l'a pensé jusqu'ici pour la production des pucerons.
Cependant l'accouplement a été constaté , et il en est résulté des œufs , et de ces œufs des petits. 11 y a donc pour les pucerons , deux modes de reproduction.
Les fourmis détruisent une grande quantité de pucerons, nous avons vu, en parlant d'elles , ■qu'elles en font des provisions, et qu'elles sont très avides d'une liqueur sucrée , limpide et transparente qui s'écoule continuellement de leur abdomen. Les pucerons ont encore beaucoup d'autres ennemis , non seulement parm,î les insectes mais encore parmi les oiseaux, ce qui devait être , en raison de leur grand nombre et du soin que la nature a pris de les multiplier par des moyens qui paraissent leur être particuliers.
Les pucerons portent le nom des arbres sûr lesquels ils habitent. 11 y en a un grand nombre d'espèces en France.
Les chermès ont absolument les mêmes habitudes que les cochenilles ; ce genre se compose d'une vingtaine d'espèces dont une est employée en teinture pour faire de l'écarlate. Celte espèce est le chermès de petit chêne.
a 64 ENTOMOLOGIE,
cocms ilicis Liii. Beaucoup d'habîtans du pays de Murcie n'ont d'autre moyen d'existence que la récolte du chermès , qu'ils vont recueillir sur les pentes de la Sierra-Morena , qui en sont couvertes. ( Voyez V article cochenille pour ce qui regarde l'histoire des chermès ).
Les psylles se nourrissent, à i'état de larve comme à celui d'insecte parfait, du suc des végétaux, ils ont la faculté de sauter, ce qui est du à un renflement de leurs pattes postérieures qui fait l'effet d'un ressort. Ils sont très petits. Les espèces ne se désignent que par r indication du végétal qu'ils habitent.
Les femelles de la plupart des espèces sont munies de tarières à l'aide desquelles elles introduisent leurs œufs dans les feuilles; les piqûres produisent des excroissances semblables à celles que font naître les cynips et lesdiplolèpes. Les piqûres du psylle du buis ne forment point de tubérosité , mais elles forcent la feuille à se contourner en calotte , de sorte qu'en se réunissant plusieurs ensemble , elles forment une espèce de boule dans laquelle les larves se jenfermenl.
QUARAN11E - CINQUIÈME FAMILLE.
lES VESITARSES OU PUYSAPODES. PL ']. fg. 3.
Carnet. A élytres plans, étroits, croisés, couchés sur le dos dans l'état de repos ; pattes courtes, à tarses terminés par des vésicules.
Genre, Thrips. '
Les thrips sont de très petits insectes , ils sont noirs et vivent sur les fleurs et les écorces dont ils sucent la sève ; les larves ne diffèrent de l'insecte parfait que par le défaut d'ailes et d'élytres. Ils sont peu nombreux, et ont beaucoup d'analogie, quant aux mœurs , avec les insectes de la famille précédente.
LES LEPIDOPTERES.
Caraci. Quatre ailes écailleuses; bauche sans mâchoires, munie d'une langue roulée en spirale.