ENTOMOLOGIE, LEÇON XIII
nourrissant du doux nectar des fleurs , qu'ils sucent avec leur longue trompe. Les poètes de tous les temps ont célébré les papilloos, c'est, suivant la mythologie, le fils de Zéphyre et de Flore ; et l'Amour emprunta leurs ailes pour enlever Psyché.
Linnaîus qui unissait à l'esprit le plus méthodique une imagination très brillante, divisa les papillons de jour en six nations ou tribus.
Il y a les chevaliers, équités^ qui comprennent les Troyens et les Grecs. Les premiers défendant leur patrie sont vêtus de deuil ou de couleurs sombres, et portent la noble décoration d'une blessure sanglante à leur poitrine ; les seconds au contraire , fiers de leur victoire, sont ornés de couleurs brillantes ; parmi les guerriers des deux nations, on retrouve tous les noms célébrés par Homère -. Hector, Polydore, Enée, Polydamas, Priam, Paris, Astyanax , Andromaque , Achille , Diomède , Ajax , etc. , etc.
Après ces guerriers, viennent les paisibles habitans de l'Hélicon et du Parnasse , les Héliconiens , tleliconii^ là figurent les muses, Calliope , Terpsichore , Uranie , et les sages qui se sont consacrés à leur jpuUe, Thaïes, Sr'lon , etc.
Les danïides, dandi^ se présentent ensuite; cette nation se compose de nos papillons blancs
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OU de couleur de soufre dont les chenilles habitent les crucifères; on y rencontre aussi des divinités champêtres, les Calypso, les Sylvie, les Nérie, etc., et des demi-dieux, OEdipe, Persée , Pirithoiis et son ami Thésée.
Les nymphales dont les ailes sont ornées de dentelures , de figures d'yeux , etc. , forment la cinquième nation; là figurent. Atlante, lo , Eglé , Iris , Euphrosine , Atis , Procris , Ariane , etc. , on y trouve encore les beautés des sérails de l'Asie , Roxelane , Zulime , Laodice , Arsinoé.
La dernière tribu se compose des papillons plébéiens, plebeîi. On y voit les faunes , les sylvains, les satyres, le berger Endymion , Hyacinthe, Cyparisse, Arayntas et Mélibée , Narcisse, Adonis, le vieux Silène, le folâtre Momus, et le couple heureux et pauvre de Philémon et Baucis , qui voltigent près des cabanes des hameaux.
Parmi les papillons du soir ou crépusculaires , dont la vue préfère un demi-jour, on rencontre des noms tristes, ou qui rappellent des idées sombres, c'est le sphynx Atropos , l'horible Cacus, le barbare Atrée, le féroce Rhadamiste, j^édée , Mégère, Alccton, Tisiphonc , et les parques fatales, Pluton a\'ec Tantale et Ixion, Cerbère, Erynnis ou l'affreuse Discorde , etc.
11 y a âo.s lépidoptères qui ne volent que «lans le jour, on les a nommés diurnes, d'autres au contraire n'apparaissent que le soir à la nuit , on les a nommés crépusculaires.
Les larves des lépidoptères sont connues sous le noni de chenil/es; elles se composent de douze anneaux garnis chacun de neuf stigmates de chaque côté , non compris la tête , elles ont six pattes qui correspondent à celles de l'insecte parfait ; elles ont en outre quatre à dix pieds membraneux dont les deux derniers sont situés près de l'anus. Le corps de ces larves est pour l'ordinaire alongé, mou et presque cylindrique , il est presque toujours orné de couleurs très variées , hérissé de poils , de tubercules, d'épines, etc., ou nu, ou ras. La lete est revêtue d'une peau cornée ou éc.ailleuse et garnie de petits points brillans qui paraissent être des yeux lisses , elle a aussi de " très petites antennes. On y remarque de j(brtes mandibules , et des mâchoires à l'aide desquelles les chenilles se nourrissent de matières coriaces , de feuilles , d'écorces , etc. DeVenus insectes parfaits, cet appareil de la manducation disparaît pour être remplacé par une trompe roulée sur elle-même , et dont la fonction n'est plus que de sucer. La nature a dû varier ces organes , suivant la nourriture que cçs insectes devaient prendre dans les diverses
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circonstances de leur existence. On remarque encore à la partie inférieure de la tête des chenilles , un petit trou qu'on nomme la filière : c'est par cette ouverture que sort la matière à soie, sous la forme d'un fil, qu'elles emploient pour faire la coque dans laquelle elles s'enferment pour subir leurs métamorphosea»
On a donné différens nom.s aux chenilles suivant leur manière de marcher. Celles qui ont dix à douze pattes se nomme géomètres ou arpenleuses. Pour marcher, elles se cramponnent avec leurs pattes écailleuses, et élevant les articles intermédiaires du corps en forme d'anneau ou de Loucle , elles rapprochent les dernières pattes des précédentes, dégagent cellesci, s'accrochent avec les dernières et portent leur corps en avant pour recommencer la môme manœuvre. Quelques unes se tiennent presque toujours alongées et immobiles, et fixées aux branches par leurs seuls pieds de derrière, de cette manière elles ressemblent à de petites branches dont leur peau imite aussi très souvent la couleur, on les nomme chen'illes en hâton. Celles qui ont quatorze à seize pattes dont quelques unes des membraneuses intermédiaires sont plus courtes, portent le nom de dmii-arpenieiises ou fausses géomètres. Les chenilles sont dites rases lorsque leur peau n est couverte de poils ni de tubercules;
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velues lorsqu'elles sont couvertes de poils plus ou moins longs; chagrinées lorsqu'en passant le doigt dessus elles sont rudes au toucher comme du chagrin; épineuses, lorsqu'elles sont recouvertes de gros poils rudes qui ressemhlent à des épines, etc., elc.
L'habifalion des chenilles , et leurs manières de vivre sont très variées, il y en a qui vivent solitaires, d'autres en société plus ou moins nombreuse. On en trouve qui habitent la terre, dans l'intérieur des plantes, dans les troncs d'arbres , dans les racines; le plus grand nom» Lre se plaît sur les feuilles, les arbres, les plantes, à portée des alimcns qui leur sont nécessaires; quelques unes se mettent à l'abri en roulant des feuilles autour d'elles, d'autres se renferment dans de petits tuyaux, il y en a enfin qui vivent dans l'intérieur même des feuilles qu'elles minent, et où leurs ennemis ne peuvent les surprendre que difficilement.
Les chenilles exercent de grands ravages dans les jardins et les forets, elles sont si communes certaines années que très peu de plantes échappent à leurs dégâts.
Quant aux métamorphoses de ces insectes on peut voir ce que nous avons dit des métamorphoses en général, leçoî^ xi, pag. 35 et suivantes.
Les genres papillon , hespérie , hétéroplère
se composent d'un grand nombre de beaux insectes parmi lesquels on remarque le papillon lo ou paon de jour, et le papillon grand porte-queue très répandus en Europe.
Les espèces exotiques sont nombreuses , et toutes plus magnifiques les unes que les autres.
Le genre papillon de Linnœus comprenait toute la famille des ropalocères. Depuis on en fail beaucoup d'autres, Latreille en a établi huit qui peuvent cependant se réduire facilement aux trois genres ci-dessus.
QUAUANTC-SEPTIÈME FAMILLE.
LES FUSICORNES OU CLOSTÉRICÈRES. PL J.fig. 5.
Caract. A antennes en fuseau ou en prismes , plus grosses au milieu qu'aux extrémités , une soie roide au bord externe de l'aile inférieure.
Genres. Sphinx , sésie , zygène.
Les insectes de cette famille se distinguent facilement de ceux de la précédente, par leurs ailes toujours horizontales ou en toil. Ils sont fort beaux, et ont les couleurs non moins variées que les ropalocères.
Les sphinx produisent une espèce de bourdonnement lorsqu'ils volent , c'est le soir après le coucher du soleil qu'on les voit sortir de leurs retraites.
Le sphinx à léte de mort fait enlcndrc un son aigu qui ressemble assez Lien à un cri plaintif. Ce cri et les taches tic son corselet qui imitent une tête de mort ont suffi pour exciter la superstition du peuple qui regarde cet insecte comme le précurseur de la mort ou de quelque événement sinistre. Dans quelques pays où ils s'étaient montré une année plus communément que de coutume , on leur a attribué des maladies épidémiques.
La chenille du même sphinx est très friande de miel, elle s'introduit quelquefois dans les ruches où elle répand la désolation. Les sphinx restent peu de temps en chrysalides ; ils se montrent en insectes parfaits vers la fin de l'été , et vivent fort peu de temps. Quelques espèces au moment où elles passent à l'état parfait laissent échapper une liqueur rouge qui ressemble à du sang. « En 1608, dit Réau-, mur, le faubourg d'Aix et plusieurs milles à la ronde , furent couverts d'une pluie de sang , desséché, mais très coloré. Qu'on imagine la stupeur du peuple , la frayeur des citadins et les graves raisonnemens de la haute érudition qui décida formellement reconnaître , dans cette pluie alarmante , l'opération des anges des ténèbres ou l'annonce , de la part du ciel , des plus redoutables fléaux : l'épouvante et le préjugé se fussent à jamais enracinés, si l'on
n'eût eu alors un philosophe , qui , dans la vasie étendue de ses connaissances, embrassait aussi l'observalion assidue de la nature des insectes. Une chrysalide, que Pierscc conservait dans son cabinet , vint éclairer à ces yeux ce grand mystère; le bruit qu'il entendit dans la boîte où elle était , l'avertit qu'elle avait subi sa transformation. En ouvrant celle boîte , l'insecte s'envola, et laissa au fond une tache ronge d'une grandeur assez remarquable. Pierséc se convainquit que les taches rouges qu'on voyait sur les pierres étaient de même nature que celles du fond de la boîte. En voyant voler une quantité prodigieuse de papillons, il observa et fit observer à plusieurs personnes que les gouttes de la pluie miraculeuse ne se trouvaient nulle part dans le milieu de la ville ; qu'il n'y avait que dans les endroits voisins de la campagne ; que ces gouttes n'étaient point tombées sur les toits, que ce qui était plus décisif encore , on n'en trouvait pas même sur les surfaces des pierres qui étaient tournées vers le ciel, que la plupart de ces taches rouges étaient dans des cavités contre la surface intérieure de leur espèce de voûle ; qu'enfin on n'en voyaii. point sur les murs plus élevés que ces hauteurs auxquelles les papillons volent ordinairement. C'est ainsi que cet observateur judicieux parvint à donner la solution simple et
sûre d'un plufiiomène qui aurait pu long-temps encore tourmenter les savans et effrayer les ignorans. »
Les sesies et les zygènes ont à peu de cliose près les mûmes habitudes que les sphinx.