CINQUANTIÈME FAMILLE
LES HAUSTELLÉS OU SCLÉROSTOMES. PL 8. fig. 3.
Caract. Suçoir saillant , alongé , sortant de la tcle , souvent coudé dans l'état de repos.
Genres, Cousin , bombyle , hippobosque , conops , myope , stomoxe , rhlngie , chrysopsîde , taon , asile., empide.
Les cousins sont connus de tout le monde par leur bourdonnemv?nt incommode , et par leurs piqûres cuisanles et même souvent dangereuses. Ils sont répandus en des quantités e'norines dans toutes les parties du monde. En Asie, en Afrique et en Amérique , ils sont très redoutables et ne laissent reposer ni jour ni nuit. J'ai vu sur les bords de la mer, dit Réaumur, dans des pays marécageux , des gens dont les jambes, et d'sulres donc les bras avaient été rendus monstrueux par les piqûres réitérées des cousins; des gens dont ces parties avalent été mises dans un état qui faisait craindre qu'on ne fût obligé de les leur couper. En Laponie, où ils sont excessivement communs , les habitans sont obligés de se frotter la figure et les mains avec de la graisse , ou de faire du feu autour de leurs cabanes. L'instrument avec lequel le cousin nous pique est sa trompe j elle est compo-
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sée de quatre ou cinq filets très déliés qui paraissent n'en former qu'un seul lorsqu'ils sont rapprochés ; plusieurs d'eux sont garnis extérieurement de dentelures dirigées en arrière ; mais à la vue simple on n'aperçoit que leur fourreau, qui est velu, recouvert de pelifes écailles , fendu longitudinalement à sa partie supérieure , et terminé par un bouton. Voici comment Réaumur décrit ce curieux appareil: « Après qu'un cousin m'avait fait la grâce de se venir poser sur la main que je lui avais offerte, je voyais qu'il faisait sorti- du bout de sa trompe une pointe très fine , qu'il tâtait , avec le bout de cette pointe , successivement , quatre à cinq endroits de ma peau. Il sait choisir apparemment celui qui est le plus 'aisé à percer, et celui au-dessous duquel se trouve un vaisseau dans lequel le sang peut être puisé à souhait. Enfin il a bientôt fait son choix, et on sent qu'il l'a fait; on en est averti par la petite douleur que la piqûre cause sur le champ. La pointe de l'aiguillon composé , car, pour nous exprimer plus brièvement, nous ne regarderons désormais que comme une pointe , celle qui est formée de plusieurs pointes extrêmement fines , et que comme un seul aiguillon , l'assemblage de plusieurs ; la pointe, dis-je, de l'aiguillon s'introduit dans la peau, elle y pénètre , elle sort par le bout du bouton
qui termine l'étui. A quoi sert donc la fente qui est presque tout du long de cet étui? C'est ce qui mérite' le plus d'être explique , ou plutôt d'clre vu ici; c'est ce que la mécanique de la trompe des cousins a de plus particulier. L'aiguillon doit pénétrer dans la chair, et la nature ne l'a pas fait capable d'être alongé , ou au moins d'être alongé d'autant qu'il y doit pénétrer; cependant il ne saurait s'introduire dans la cKair couvert de son étui; car le diamètre de cet étui étant beaucoup plus grand que celui de l'aiguillon, l'ouverture capable de laisser passer l'étui serait beaucoup plus grande que celle que l'aiguillon peut faire ; le bout de l'étui reste donc nécessairement sur le bord de la plaie. Si cet étui n'était composé que d'une seule membrane très mince et très flexible , il pourrait se plisser pendant que l'aiguillon s'enfonce, et lorsque l'aiguillon serait sorti de la chair, le ressort de cette membrane lui ferait reprendre sa première forme. Mais les pièces déliées qui composent l'aiguillon demandaient un fourreau plus solide que ne serait une membrane si mince ; et quelque mince qu'elle etit été , il eût été difficile qu'elle se fût plissée assez, qu'elle eût été réduite à assez peu de volume; car l'aiguillon doit pénétrer presque tout entier dans la chair, il s'y enfonce jusqu'auprès de son origine; un aiguillon qui a environ
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une ligne de longueur s'enfonce dans la chair de plus de trois quarts de ligne.
» La nature a donc eu besoin d'employer ici une tout autre mécanique , pour que l'élui , auquel de la solidité était nécessaire, pût être raccourci à mesure que la partie de l'aiguillon qui est hors de la plaie , devient plus courte. Le moyen auquel elle a eu recours est simple ; l'étui, quoique solide , a une sorte de flexibilité ; il se courbe à mesure que l'aiguillon pénètre dans la chair, il s'éloigne de l'aiguillon , qui doit toujours rester tendu et droit; l'étui , qui s'ouvre , peut se tirer en arrière, et s'y tire sans y amener l'aiguillon. Mais celui-ci a besoin d'être soutenu immédiatement au-dessus du bord du trou ; aussi l'étui ne fait-il, comme nons venons de le dire , que se courber ; il devient d'abord un arc, dont l'aiguillon est la corde. Le bouton de l'étui doit toujours rester sur le b'ord du trou , pour aider à y maintenir et à empêcher de vaciller, un insirument délicat et faible. C'est par un expédient semblable que les ouvriers qui ont h percer de très petits trous dans des corps durs , savent maintenir la pointe déliée du foret. Enfin, à mesure que l'aiguillon pénètre , l'étui se courbe de plus en plus; il s'y fait même quelque part un angle dont le sommet est variable , au moins ne m'a-t-il pas toujours paru placé dans
le même endroit. Cet angle , d'abord obtus , le devient de moins en moins ; il passe à être aigu, et l'est à un tel point , quand l'aiguillon a pénétré aussi avant qu'il lui est possible, c'est à dire quand la tête du cousin est prête à toucher la peau, qu'alors l'élui est plié en deux; sa moitié inférieure est alors appliquée contre sa moitié supérieure. »
C'est particulièrement du sang de l'homme et des animaux que les cousins sont avides , mais à défaut ils sucent les plantes et surtout les fleurs.
Les cousins se tiennent tranquilles une partie de la journée ; vers le soir les mâles que l'on reconnaît facilement à leurs antennes en panache, s'assemblent en grand nombre, et quelquefois dans la journée, lorsque le temps est couvert , ou dans les bois ; ils volent continuellement de côté et d'autre, sans s'éloigner, et en faisant entendre un bourdonnement aigu. Cest le moment de leur accouplement. Les femelles viennent se joindre aux mâles , dès qu'un de ceux-ci en aperçoit une, il s'en approche , se joint à elle à l'instant, s'y accroche et se laisse entraîner en l'air où ils volent ensemble accrochés par le derrière. On a été cependant rarement témoin de ces accouplemens, quelques naturalistes ont même pensé qu'il n'avait jamais lieu, et que la fécondation des œufs ne se faisait qu'après la ponte ; mais
cette opinion n'est elle pas démentie suffisamtnent par l'existence d'appareils copulateurs très développés?
Les femelles sont très fécondes , chacune donne naissance à deux ou trois cents œufs environ, et il peut y avoir jusqu'à six générations car année. Les œufs sont alongés, oblongs , pointus supérieurement et rétrécis brusquement à l'extrémité opposée en un petit col dont l'ouverture circulaire paraît bouchée par une membrane : tous ces œufs sont reunis en un tas qui a la forme d'un radeau ou d'un bateau qui vogue à la surface de l'eau sur laquelle les cousins déposent leurs œufs. Réaumur, curieux de savoir comment le cousin s'y prenait pour disposer ainsi ses œufs, épia le moment favorable, il découvrit que la ponte avait lieu vers les six heures du matin ; mais laissons-le parler. « Ce jour là, dit-il, en arrivant, je commençai par voir plus de trente paquets d'œufs qui venaient d'être pondus; mais heureusement je remarquai un cousin dont la ponte n'était pas encore finie. Ce cousin avait ses quatre jambes antérieures cramponnées sur un fragment de feuille placé contre les bords du baquet, son corps était en dehors de cette feuille, et son pénultième anneau touchait l'eau. Un paquet d'œufs qui était posé auprès de son derrière , £t qui n'avait pas encore le volume des paquets
ordinaires , m'apprit que la ponle élall avancée, mais qu'elle n'était pas encore fniie. Le cousin occupé tle son importante opération , ne fut point troublé par ma présence ; il me permit même de m'approcher assez près de lui pour le considérer avec une forte loupe. Bientôt je sus comment il parvenait h poser ses œufs perpendiculairement à la surface de l'eau, comment il parvenait à les arranger. C'est son derrière qui fait tout , par rapport à l'un et k l'autre article. Nous avons dit que le pénultième anneau du corps touchait l'eau , et nous devons dire à présent que le dernier anneau , celui où est l'anus, formait, avec le reste du corps , une espèce de crochet , pour s'élever un peu au-dessus de la surface de l'eau. Du derrière ainsi contourné , je vis bientôt sortir un œuf; je vis qu'il sortait dans une direction différente de celle dans laquelle sortent ordinairement les œufs des autres insectes ; ceux-ci sont poussés horizontalement, ou même en bas, et celui-là était poussé en haut, d^ns une direction verticale. Cet œuf sortait ainsi tout près de la nichée des œufs déjà mis au jour. Dès qu'il était entièrement, ou presque entièrement sorti , le cousin n'avait qu'à l'appliquer contre ceux du petit bateau, dont il était le plus proche ; car cet œuf, comme ceux de presque tous les insectes, était sans doute en-
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duit d'une matière gluante , propre à le coller aux corps contre lesquels il serait appliqué.
» De pondre un œuf et de le mettre en place, est pour le cousin l'affaire d'un instant, et dès qu'il en a pondu un, il en fait sortir \\n autre de son corps. Le cousin que j'observais fit ainsi, sans interrqption , plus de trente œufs en moins de deux minutes; soit que sa ponte fût alors finie, soit qu'enfin il eût élé inquiété par ma présence , il s'envola et laissa sur l'eau le petit Lateau flottant , mais dont le contour n'était pas aussi régulier que l'est celui de la plupart des autres bateaux d'œufs. J'eus beau chercher alors , je ne pus trouver aucun autre cousin occupé à pondre. Cependant je n'avais pas vu encore tout ce qui est essentiel à cetle opération ; j'avais élé assez instruit de la manière dont le ceusin parvient à poser chaque œuf perpendiculairement à la surface de l'eau , et à l'attacher contre la masse composée des œufs déjà sortis ; mais il restait à savoir commentai pouvait soutenir cetle masse sur l'eau, lorsqu'elle a encore trop peu de base par rapport à sa hauteur, comment il parvenait à y soutenir le premier œuf, ou un assemblage seulement de deux ou trois œufs. Des cousins que j'allai observer les jours suivans dès les six heures du matin, ou plus tôt, me donnèrent sur tout cela des éclaircissemens complets; j'en
trouvai d'occupés à pondre, j'en trouvai dont la ponte était très avancée , et d'autres dont elle l'était très peu. Ces derniers m'instruisirent suffisamment sur ce qui se passe dans l'instant où les premiers œufs sont mis au jour, ce qui est un instant très difficile à saisir. Entre les cousins que j'observai dans cette opération, qui leur attirait mes regards, j'en vis plusieurs qui avaient leur quatre premières jambes cramponnées contre les parois du baquet , et d'autres qui , comme le premier dont j'ai parlé , s'étaient posés sur un fragment de feuille flottant; le corps des uns et des autres était étendu sur la surface de l'eau , et la touchait seulement par une portion de son pénultième anneau. Mais ce qui était plus essentiel à remarquer, c'était la position des deux dernières et plus longues jambes, ou plutôt les positions ; car j'en observai deux différentes. Les cousins dont la ponte était presque finie , dont le petit bateau était presque achevé , avaient ces deux longues jambes étendues, et presque parallèles l'une à l'autre. Le bout de chacune était étendu à la surface de l'eau , et même un peu élevé au-dessus ; mais elles étaient toutes deux un peu enfoncées dans l'eau auprès du derrière , elles étaient forcées à l'être par un poids; ce poids était celui du petit bateau : ce petit bateau était , pour ainsi dire , sur le chantier,
il n'clait point aLandonné à l'eau; les deux jambes, comme deux longues poutres, le soutenaient à la surface de l'eau, ou au-dessus; le cousin soutient ainsi ce bateau tant qu'il a des œufs k lui ajouter, il ne le met à flot que lorsqu'il ne lui en manque aucun.
» Les cousins dont la ponte était encore peu avancée , dont le bateau n'avait pas encore la moitié de sa longueur, me firent voir leurs jambes dans une position différente de celle dont nous venoqs de parler; les jambes se croisaient l'une l'autre , elles formaient un X ; et Tendroit où elles se croisaient, était d'autant plus près de l'anus, que l'assemblage d'œufs était plus petit , ou que la portion de bateau était plus courte ; l'angle intérieur que faisaient les jambes, soutenait cette petite masse d'œufs. De là il est aisé d'imaginer que lorsque le cousin fait son premier œuf, les jambes sont croisées très près du derrière , et à portée de soutenir cet œuf; qu'elles soutiennent de même les œufs qui sont successivement collés contre celui-ci; qu'à mesure que la masse d'œufs s'alonge, l'endroit où les jambes se croisent, devient plus éloigné du derrière, et qu'enfin les deux jambes se posent parallèlement l'une à l'autre , quand le bateau est à moitié, ou plus d'à moitié fait; et qu'ainsi, depuis que le premier œuf est pondu, jusqu'à ce qu'ils le soient
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tous , ils sont toujours soutenus. Ce n'est que quand la ponte est finie , que le cousin abandonne le petit bateau , qui est en état de voguer sans risque.
«Si on met un de ces petits bateaux dans un verre plein d'eau, au bout de deux jours, tantôt plus tôt , tantôt plus tard , on verra nager dans cette eau quantité de petits insectes, qui, examinés à la loupe , seront aisés à reconnaître pour des vers de cousins; rien ne leur manquera , par rapport à la figure. C'est par le bout inférieur de l'œuf que chaque ver en sort ; dès qu'il est né, il se trouve dans l'eau où il doit croître. Chaque nichée est composée d'environ deux cent cinquante, ou de trois cents, ou même de trois cent cinquante œufs, qui ordinairement donnent chacun un ver. Les bateaux composés de coques vides restent sur l'eau, et ce n'est qu'avec le temps qu'ils sont détruits. »
Ces vers ou larves changent trois ou quatre fois de peau en quinze jours ou trois semaines, suivant la température. Lorsque le cousin veut quitter une dépouille , il se met à la surface de l'eau dans une position différente de celle où il avait coutume de s'y tenir : d'abord alongé et étendu, ayant le dos en dessus, il se recourbe ensuite un peu , enfonce sa tête et sa queue sous l'eau, à fleur de laquelle est l'anneau correspondant au thorax, cet anneau se
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fend et devient assez considérable pour laisser sortir la nymphe en entier, qui par sa légèreté vogue naturellement sur l'eau. Dix jours après cette nymphe se transforme en insecte parfait ; mais écoutons encore Réaumur : « l'insecte qui est parvenu au moment où ses enveloppes ne lui sont plus nécessaires, et qui veut s'en tirer, se tient, comme auparavant, en repos à la surface de l'eau ; mais au lieu que dans les autres temps où il ne changeait pas de place, la partie postérieure de son corps était contournée et comme roulée en-dessous, alors il redresse cette partie , il la tient étendue à la surface de l'eau; au-dessus de laquelle son corselet est élevé. A peine a-t-il été un moment dans cette position , qu'en gonflant les parties intérieures et antérieures de son corselet, il oblige sa peau de se fendre assez près de ces deux stigmates , ou même entre ces deux stigmates , qui ont la figure d'oreilles ou de cornets. Cette fente n'a pas plutôt paru , qu'on la voit s'alonger et s'élargir très vite , elle laisse à découvert une portion du corselet du cousin , aisée à reconnaître par la fraîcheur de sa couleur, qui d'ailleurs est verdâtre , et différente de celle de la peau qui l'enveloppait auparavant.
» Dès que la fente a été assez agrandie, et l'agrandir assez est l'affaire d'un instant, la partie antérieure du cousin ne tarde pas à se
montrer ; bienlôt on volt paraître sa tête , qui s'élève au-dessus des bords de T ouverture. Mais ce moment et ceiix qui suivront jusqu'à ce que le cousin soit entièrement hors de sa dépouille , sont des momens bien critiques pour lui , des momens où il court un terrible danger. Cet insecte qui vivait dans l'eau, qui aurait péri si on l'en eût tenu dehors pendant un temps assez court , a subitement passé à un état où il n'a rien autant à craindre que l'eau. S'il était renversé sur l'eau , si elle touchait son corselet ou son corps , c'en serait fait de lui. Voici comment il se conduit dans une situation si délicate. Dès qu'il a fait paraître sa tête et son corselet , il les élève autant qu'il peut audessus des bords de l'ouverture qui leur a permis de paraître au jour. Le cousin tire la partie postérieure de son corps vers la même ouverture , ou plutôt cette partie s'y pousse en se contractant un peu, et s'alongeant ensuite; les rugosités de la dépouille dont elle s'efforce de sortir, lui donnent des appuis. Une plus longue portion du cousin paraît donc à découvert , et en même temps la tête s'est plus avancée vers le bout antérieur de la dépouille ; mais à mesure qu'elle s'avance vers ce côté , elle se redresse ; elle s'élève de plus en plus ; le bout antérieur du fourreau et son bout postérieur se trouvent donc vides. Le fourreau alors est de-
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venu pour le cousin une espèce de bateau dans lequel l'eau n'entre point, et où il serait bien dangereux qu'elle entrât; elle ne saurait trouver de passage pour arriver au bout jiostérieur, et les bords de la fente du bout antérieur ne sauraient être submergés , que lorsque ce bout est considérablement enfoncé. Le cousin est lui-même le mât du petit bateau qui le porte. Les grands bateaux qui doivent passer sous des ponts, ont des mâts qu'on peut couclier; dès que le bateau est bors du pont , on bisse soîi mât , en le faisant passer successivement par différentes inclinaisons , on l'amène à être perpendiculaire au plan horizontal. Le cousin s'élève ainsi successivement jusqu'à devenir luimême le mat de son petit bateau , et un mât posé verticalement. Toute la différence qu'il y a ici, c'est que le cousin est un mât qui devient plus long à mesure qu'il s'élève davantage ; à mesure qu'il s'élève , une nouvelle parlie du corps sort du fourreau : quand il est parvenu à être presque dans un plan vertical ^' il ne reste plus dans le fourreau qu'une portion assez courte de son bout postérieur. On a peine à s'imaginer comment il a pu se mettre dans une position si singulière , qui lui est absolument nécessaire , et comment il peut s'y conserver. Ni ses jambes ni ses ailes n'ont pu l'aider en rien ; celles-ci sont encore trop
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molles, et comme empaquetées, et les autres sont étendues et couchées tout du long du ventre ; ses anneaux seuls ont pu agir. Le devant du bateau est beaucoup plus chargé que le reste, aussi a-t-îl beaucoup plus de volume. L'observateur qui voit combien ce devant dé bateau enfonce , combien ses bords sont près de l'eau, oublie dans l'instant que le cousin est un insecte auquel il donnera volontiers la mort dans un autre temps ; il devient inquiet pour son sort, et il le devient bientôt davantage , pour peu qu'il s'élève de vent, pour peu que ce vent agisse sur la surface de l'eau. On voit pourtant d'abord avec plaisir la petite agitation de l'air, qui suffit pour faire voguer le cousin avec vitesse; il est porté de différens côtés, il fait différens tours dans le baquet. Quoiqu'il ne soit que comme une espèce de bâton ou de mât, parceque les ailes et les jambes sont appliquées contre le corps, il est peut-être, par rapport à son petit bateau , une voilure beaucoup plas grande qu'aucune de celles qu'on ose donner à un vaisseau. On ne peut s'empêcher de craindre que le petit bateau ne soit couché sur le côté ; ce qui arrive quelquefois dans des temps ordinaires, et 1res souvent, lorsque les cousins se Iransforment dans des jours où le vent a trop de prise sur la surface de l'eau du baquet. Dès que le bateau a été renversé , dès
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que le cousin a été couché sur la surface de l'eau, il n'y a plus de ressource pour lui. J'ai vu quelquefois l'eau toute couverte de cousins qui, par cet accident, avaient péri en naissant. Il est pourtant plus ordinaire que le cousin parvienne à finir son opération heureusement, elle n'est pas de longue durée; tout le danger peut être passé dans une minute.
» Le cousin, après s'être dressé perpendiculairement, tire ses deux premières jambes du fourreau , et il les porte en avant ; il tire ensuite les deux suivantes ; alors il ne cherche plus à conserver sa position gênante , il se fcnche vers l'eau, il s'en approche, il pose dessus ses jamLes; l'eau est pour elles un terrain assez ferme et assez solide, qui, sans céder trop, peut le soutenir, quoique chargées du corps de l'insecte. Dès que le cousin est ainsi sur l'eau, il y est eu sûreté, ses ailes achèvent de se déplier et de se sécher, ce qui est fait plus vite qu'on ne peut le dire ; enfin le cousin est en état d'en faire usage, et bientôt on le voit s'envoler, surtout si on tente de le prendre. »
On connaît environ quinze espèces de cousins qui se trouvent en grande partie dans l'Europe. L'espèce sur laquelle Réaumur a fait ses expériences, et le cousin commun, cidex pipiens , Linn.
Lcsbombyles volent avec rapidité , et sucen
le nectar des fleurs sans se peser dessus ; Ils font entendre un bourdonnement assez fort. Les espèces en sont nombreuses, on en a jusqu'ici décrit quarante-sept; la plus commune, et celle qui à servi de type au genre , est le bombyle bicbon , B. major, Fabr. On connaît peu leurs mœurs.
Les bippobosques ont été nommées mouches araignées par Réaumur ; dans quelques pays on les appelle mouches hretomics ou mouches d'Espagne. Leur corps est aplati et recouvert d'une peau solide presque de la consistance du cuir. Réaumur nous a appris que la larve éclot et se nourrit dans le ventre de la mère ; elle y reste jusqu'à l'époque de sa transformation en nymphe, et en sort sous la forme d'une coque presqu' aussi grosse que le ventre de la mère. C'est sous cette coque que l'insecte croît, et subit toutes ses métamorphoses. Cette enveloppe est dure , écailleuse , et difficile à couper même avec des ciseaux, elle est bien propre alors à défendre l'animal qu'elle renfei'me; mais cette dureté pourrait devenir funeste à un être nécessairement faible, et dont les parties n'ont pas acquis toute leur consistance, si la nature ne lui avait pas réservé une porte qu'il n'a qu'à ouvrir quand il en est temps. En examinant à la loupe une coque entière , on verra , à son gros bout , un faible trait qui mon-
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tre l'endroit où se trouve une calotte que l'on peut parvenir aisément à faire sauler avec la pointe d'un canif; celte calotte étant pressée se divise en deux pièces égales.
Les hippobosques se trouvent particulièrement sur les chevaux ; ils tourmentent aussi les bœufs et les chiens : ils attaquent de préférence les parties de ces animaux qui sont lemoins garnies de poils. Réaumur assure , d'après l'expérience qu'il en a faite , que l'hippohosque aime autant le sang de l'homme que celui des chevaux et des bœufs, et sa piqûre selon lui n'est pas plus sensible que celle d'une puce.
On ne connaît qu'une espèce d'hippobosque, qui se trouve dans toute l'Europe, c'est l'hippobosque des chevaux //. equina , Linn. , Geoff., etc. P/. 8. A-. 3.
Les conops se trouvent sur les fleurs dont ils sucent les sucs mielleux. Les femelles déposent leurs œufs dans les larves des bourdons ou dans le corps de ces insectes à l'état parfait. Latreille dit avoir observé plusieurs fois cet insecte parfait sortir de l'abdomen des bourdons.
On rencontre ces insectes en été sur les fleurs des prairies. Le plus commun en Europe est le conops à pieds fauves, conops rufipcs, Fab.
Les myopes ont de grands rapports avec le ;
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conops dont ils ne diffèrent que par la forme des antennes et les parties de la bouche. On les trouve sur les fleurs. Ce genre est nombreux ; l'Europe possède la plus grande partie des espèces. I^e myope ferrugineux, M.ferruginca, FaLr. , et le myope joullu, M, buccatu, Fabr. , sont les plus répandus.
Les stomoxes ressemblent assez bien à la mouche commune, ils en diffèrent par leur trompe saillante. Ils sont courts, légèrement velus, parsemés de poils longs et roides.
Ces insectes sont très communs, ils piquent très fort les animaux et les hommes. On n'a point étudié leurs larves.
Le plus commun et le plus incommode est le slomoxe piquant. S.calcitrans , Geoff., Fab.
Les rhingies ont beaucoup de rapports avec les mouches. Elles en diffèrent par la forme de leurs trompes. Elles ont été peu étudiées.
On trouve communément en France la rhingie à bec. 11. rostvata , Fabr.
Les chrysopsides et les taons ont beaucoup de ressemblance enlre eux. On ne les distingue que par la forme des antennes. Ces insectes sont également avides de sang, ils tourmentent les animaux et même les hommes. Ils volent en plein jour avec rapidité et en bourdonnant ; ils suivent les bœufs et les chevaux avec une opiniâtreté singulière.
I.es £s*les sont carnassiers; ils font leur nourriture des diptères, des hyménoptères et quelquefois des coléoptères; ils font entendre en volant un bourdonnement assez fort. Leur larve a la forme d'un ver apode, à corps alongé , divisé en douze anneaux ; elles vivent dans la terre et s'y transforment en nymphe, sans s'être filé de coque et après avoir changé de peau.
Les empides sont en général petits; ils ont le port et les habitudes des asiles. L'espèce la plu5 commune en France est l'empide livide. E. Ihuda , Linn.