‹ L'entr'acte idéal: histoire de la Rose+CroixChapitre 2 sur 13 · AMAS · texte numérisé non relu

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grandiloquence des communications delacommanderie et des mandements de la Maîtrise.

Plus on nous attaqua plus nous nous opiniâtràmes dans la ligne de conduite par nous décidée, dans les rubans, dans les costumes, dans la pompe du langage. A côté des détracteurs systématiques, surtout poussés par la jalousie, se leva de tous les côtés une phalange admirable de séides renforcés de partisans sans réserve,qui tirent autour de nous une garde consulaire, et crièrent assez haut et assez ferme leur admiration, pour contrebalancer et même étouffer les clameurs de la honteuse envie. Et, somme toute, une émotion profonde s'était emparée du monde artistique qui voyait spontanément dans notre effort une messiation esthétique, le prêche éclatant et sonore d'un véritable évangile de Beauté. Pour la première fois on entrait dans une exposition où l'impression ressentie n'était ni bariolée ni composite comme aux salons officiels, mais se résumant en un sentiment irrésistible d'ascension vers l'idéal par l'échelle du symbole. Nos numéros ne s'élevaient guère dans la série des chiffres, nous avions environ deux cents œuvres, mais leur signifîca-

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tiou était nette et péremptoire,ct les artistes sincères pouvaient penser et dire : Un grand vent de rénovation vient de souiller, un art inconnu nous est né. Et ce nouvel art n'était que la résurrection des vieilles formules canoniques de la plastique beauté. Les préraphaélites et leur art avaient été nos inspirateurs et nos guides, et les critiques doués de franchise et de loyauté impartiale ne s'y trompèrent pas. Sans donner un absolu chef-d'œuvre cette première geste avait brusquement relevé le niveau général esthétique, et TefTet produit fut immense et durable.

La première journée du public payant amena des recettes inattendues. Les deux premières heures avaient été taxées à un louis, et ce formidable droit d'entrée n'arrêta point la curiosité. Une trentaine de personnes bravèrent ce tarif qui avait presque un aspect prohibitif. Le premier visiteuv fut une femme adorable, la plus belle assurément que j'aie contemplée dans ma vie, et qui me lit le grand plaisir de me demander mon bras pour faire le tour des œuvres. Sa voix était une mélodie céleste, et ses paroles revêtaient des pensées subtiles et rares, elle avait la ccmpréhension

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presque adéquate de la RosefGroix,mème sur les plans étrangers à son actuelle manifestation. Je passai à causer avec elle d'infîniment de clioses quelques trop courts moments. Elle me demanda si elle n'exei lait pas ma curiosité... J'aurais certes pu répondre très atlirmativement,mais je trouvai plus poéti(pie,plus fière, plus rosi-crucienne cette énonciation: Il n'y a que les enfants et les étourdis qui puissent tenter la violation des mystères.

Et l'Angélique inconnue, jamais revue depuis, se retira lentement, comme passe une brise printanière, après avoir longuement gardé ma main dans la sienne, et en me jetant un regard caressant et profond qui fut un remerciement splendide de ma discrétion et de mon respect

Et je dois dire à ce propos que j'ai vu passer à nos expositions les plus jolies femmes du monde, impeccablement belles, et cela un mois durant, au cours de six années. Les attractions sont proportionnelles, et la beauté plaslicpie réelle ou intentionnelle des œuvres, appelait à elle la beauté vivante. Ce fut la preuve la plus palpable, la preuve en chair et en os de notre

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réussite esthétique. Jamais à aucune exposition officielle ou privée, je n*aî vu une pareille Théorie de grâces se profiler, silencieuses, attentives, presque dévotes devant des toiles excitant la piété de leurs sentiments les plus intimes. A part la bagarre du premier jour, les visites à la Rose •}- Croix étaient méditatives et taciturm^s. On parlait très peu et à voix très basse, on contemplait, on méditait en rêvant. Même les rieurs de parti pris attendaient la sortie pour se livrer à leurs appréciations incongrues, dans ce temple d'art ils se sentaient assujettis à la tenue et à la convenance, par une force intérieure à eux-mêmes, dont ils répudiaient sans doute le principe mais dont ils subissaient la jussion et l'emprise. Les notes distinctives et dominantes de tout notre public furent la gravité et le recueillement.

Les interrogations ne variaient guère :

— Qu'est ce que le Rose f Croix?

Ce titre magique joint à certaines extériorités, étonnait beaucoup et excitait Tenvie des gens qui veulent tout savoir. La commanderie dosait rétendue de ses réponses avec le plus de sagesse et de prudence qu'elle le pouvait, dis-

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