‹ L'entr'acte idéal: histoire de la Rose+CroixChapitre 4 sur 13 · SAMAH · texte numérisé non relu

SAMAH

Chevaliers du Christ, mais dans le présent nous ne confondons pas le Très Saint-Père, notre chef visible, avec les congrégations romaines; nous sommes des croyants et des pratiquants mais avec des motifs de crédibilité un peu différents de ceux proposés à la foule. Nous tenons l'inquisition pour une abomination païenne. Nous proclamons la nécessité des deux formes doctrinales ésotéiique et exotérique, et enseignons comme éléments de toute gnose la trinité universelle du macrocosme et du microcosme, images fatales, reflets nécessaires des processions, liypostases et entéléchies divines.

Nous nous sommes toujours énergiquement refusés en dépit des sollicitations aussi fréquentes que pressantes à donner des recettes thaumaturgiques ou prestigieuses, estimant que la clef des prestiges ne peut être livrée sans dangers et affirmant que le miracle n'est ni une démonstration de la vérité ni une matière à jonglerie, mais un produit de la foi, dont le générateur principal est la prière. Il ne nous a même pas été possible de donner la formule de la célèbre plante attract'we de Van Ilelmont^ au sujet de laquelle nous

avons été plus de cent fois interrogés: l'usage entre des mains légères, profanes ou fantaisistes n'en pouvant être que dommageable et pernicieux. Une fort jolie femme insistant un jour outre mesure, au moins pour avoir en sa possession quelques gouttes de la mystérieuse liqueur, un de nos dignitaires lui en livra une très petite ampoule soigneusement close et exactement scellée en lui disant :

Pour peu, Madame, que vous réfléchissiez, vous vous rendrez compte avec tant d'évidence du danger d'aborder le mystère, que vous considérerez ce flacon remis par moi avec des regards efl*rayés, que vous n'en romprez point le cachet et que vous me le rapporterez sans en avoir usé.

Et le fait prédit ne manqua point de se réaliser. Au bout de quelques jours, après mille tentatives d'audace, toujours repoussés par l'effroi de la suggestion, la belle fille d'Eve vint me remettre la solution attractive intacte et inviolée, comme un talisman de vie et de mort.

Je mentirais à dire que cette première Geste d'extériorisation esthétique s'acheva dans une

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apothéose sans mélange, et que ces hosannahs et magnificats ne furent point traversés par quelques dissonances. Les Rose f Croix étaient des hommes, des intellectuels sans doute mais nil humanum a se alienum putaverunt.

Toute institution humaine porte en elle des imperfections sans quoi elle n^aurait plus qu'à s'agréger aux neuf chœurs angéliques.

Quelques discussions s'élevèrent au sujet des deux tendances juxtaposées au salon de l'exposition : les uns, la majorité, tenaient pour l'exclusivité de la tradition classique, d'autres favorisaient le moderne impressionnisme.

Quand on n'est pas des séraphins» nul d'entre nousn'ajamais prétendu au plan pneumatique, les divergences d'opinion peuvent malheureusement s'accuser par de trop vives paroles sans que pour cela lavalabilitédeceux qui les prononcent en puisse être diminuée, ni leur bonne foi altérée, ni leurs intentions corrompues. Ces différences de vue et d'appréciation causèrent une scission dans Tordre :

l'Archonte se sépara du Grand Maître et des commandeurs. Mais il serait profondément injuste de contester le mérite qu'il a eu en exposant des sommes importantes dans le but

de glorifier ridéal, à un moment où nul ne pouvait deviner ni même prévoir le succès matériel de l'entreprise . Nos rapports per- ; sonnels furent des plus courtois jusqu'au jaui* de la séparation, et à dix ans de distance je me garderai de prononcer la moindre patole d^agressîon ou d'amertume.

Ces quelques nuages ne suffirent point d'ail-* leurs à assombrir le ciel rayonnant de la gloire RosifCrucienne. En ce mois de mars 189a, le monde entier retentissait du bruit sonore de nos exploits esthétiques^et j'ai constaté statistiquement que les trois mille et quelques articles par moi signalés et recueillis formaient la matière d'un dictionnaire de Bouille t. A notre égard nulle indifférence : ou enthousiasme passionné ou diabolique exécration» Tous les tenants de la Vérité, delà Beauté de la Justice étaient nôtres, tous les adeptes dulaid^du médiocre,du Chrysocale et de la petite bière nous livraient d'acharnées batailles. 11 y eut des hommes intelligents qui ne nous pardonnèrent pas notre orthodoxie.

Teintés de quelques hérésies, nous aurions plu davantage. Ce n'est point dire que nous ayons obtenu les applaudissements de Tuna*

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nimité des orthodoxes. Beaucoup nous proclamèrent hérétiques sans pouvoir au reste nous le démontrer. Par ailleurs notre désintéressement matériel et même intellectuel demeura entier et intangible, et si nous eûmes vraiment le droit d'écrire :

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