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LE PROCÈS LEBAUDY

soir, si l’on avait oublié d'emporter son revol-

ver. J'ignore ce que ce gaillard-là est devenu depuis, mais 1l faisait peur. Quant à Rosenthal dit Saint-Cère, il jouait la comédie classique de l’innocent persécuté, appuyé sur une cannebéquille, effondré physiquement, mais gardant l'œil féroce et la volonté de compromettre le plus de gens possible, d'emporter cinq ou six copains dans le tourbillon de sa noyade. Ce qui frappait le plus en lui, c'était sa faculté de mensonge. Îl mentait comme le taureau fonce, sans se soucier du vraisemblable, ni du possible, ni des dénégations qui pleuvaient sur lui de tous .les côtés: Il avait conservé son geste professionnel de la main en avant, comme s’il eût cherché celle du président, qui lui mettait le nez dans ses blagues.

— Avouez, Rosenthal, vous ferez mieux.

Avouez que vous faisiez chanter le jeune Lebaudy pour lui extorquer de l'argent.

— Ayez pitié de moi, monsieur le président. Je n’ai plus la force... Je ne me souviens plus... Je suis malade.

— Vous n'avez pas eu pitié du jeune Lebaudy et lui aussi était malade. Allons, il en est temps encore, avouez.

Tout alentour, les auditeurs haletaient. La plupart avaient connu Saint-Cère au temps de sa splendeur et de son arrogance, c’est-à-dire un mois auparavant. Quelques-uns avaient encore, dans un repli de l'estomac, quelques reliefs de ces coulis d’écrevisses qu'il exécutait dans la perfection, les manches retroussées, passant de l’espionnage à la cuisine, ou bien un filet d'une de ses trente liqueurs de choix. Le bandit pincé secouait la tête et roulait ces regards, étonnés à faux, des truqueurs saisis pendant leur truc.

Un intermède comique fut la déposition de Fernand Xau, au nom du Journal vaguement compromis. L'appareil de la justice en imposait à ce brave Xau au point de lui retirer la salive, en même temps que la présence d’esprit. Il confondait tout, embrouillait les noms et les dates, se faisait rafraîchir la mémoire par le président, cela au milieu d’une pluie de « J'vous remercie bien. J’vous d'mande pardon ». Le tutoiement ignoble, dont le poursuivait un des accusés, ajoutait sa menace à cette scène bouffe. |

— Enfin, mon vieux Xau, tu te rappelles bien que c’est toi qui avais commandé cet article.

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