LA FIN DE JACQUES SAINT-CÈRE
Xau évitait de répondre directement, afin de n'employer ni le vous ni le {u : — C'est-à-dire que l'honorable contra... que mon honorable témoin, j vous remercie bien, a cru, s'est imaginé, s'est figuré de très bonne foi, j'vous d'mande pardon, que je lui avais commandé...
D'ailleurs, monsieur le président, je ne commande pas... j vous remercie bien... Ce n’est pas dans ma manière, j'vous d'mande pardon.
— Enfin, oui ou non, Xau, avez-vous payé cet article, ou avez-vous reçu de l'argent pour la publication de cet article?
— J'ai reçu de l'argent, mais pour le journal, pour la caisse du journal, j'vous remercie bien, monsieur le président.
— Vous n'allez pas me raconter que c'est l'habitude d'être payé pour la publication d'un article, quand on est directeur d'un journal.
— C’est l'habitude de la publicité, j'vous d'mande pardon, monsieur le...
— Allons, voyons, vieux, avoue donc que tu as reçu de la galette. C’est beaucoup plus simple.
Fernand Xau revint s'asseoir à sa place, trempé de sueur. Son innocence en cette affaire
fut finalement à peu près établie, mais il avait eu joliment chaud. Quelle secouée!
Rosenthal-Saint-Cère, après Îce scandale, d'où il sortit acquitté, mais déshonoré, végéta encore quelque temps dans d'obscures besognes et de petites revues sémites, puis creva. Quelques foulées des passants de Paris sur ce nid de vipères soudainement révélé et il n’y parut plus. Selon le mot de ce zozo de Rodays, le bateau continuait sa route.