FERDINAND BRUNETIÈRE
flatteurs lui ont beaucoup nui. Ils l'ont confirmé dans la trop bonne opinion qu'il avait de lui-même, de son style, de son esprit, de sa jugeotte. Or, si le relief de sa personne était intéressant, par le mélange du normalien et du rustaud passionné, il avait un excès de logique pour trop peu de bon sens. Terriblement influençable, il avait fait du darwinisme régnant, de l'hypothèse évolutionmiste, une véritable marotte, un passe-partout qu'il ap-
pliquait à la religion, aux mœurs et à la’
politique. Cela à tort et à travers, avec un arbitraire stupéfiant.
Ses études sur la littérature française exhalent une odeur de moisi. Elles n’apportent rien de neuf. Elles sont parfaitement inutiles. On y voit Brunetière faisant des poids avec Corneille, Pascal, Molière et Racine, le torse bombé, la bouche contractée, puis les laissant retomber sur les pieds de son lecteur. Ni grâce, n1 poésie, ni profondeur. Ce professeur argumentait à vide, secouait les marionnettes imaginaires de contradicteurs hypothétiques, . Quant aux écrivains du passé, il n'a pas le don de reviviscence, il ramasse et étiquette des feuilles mortes. Quant aux écrivains
contemporains, il se trompe avec une effroyable lourdeur. C’est un juge syntaxique, mais fol, et dont les arrêts n'ont aucune, aucune, aucune consistance:
À peine Brunetière ouvrait:1l la bouche qu'on entendait, d’un coin du salon Buloz, un glapissement nasillard : « Ahn, ahn, bravo, Brunetière, bravo! » En même temps, 8’avançait un être long, crevard, noir et plat, cravaté de noir, sur un plastron d’habit gondolé, terreur des cercles de conversation et des salles à manger, tueur de mouches, d’auditrices et d’auditeurs, le conférencier mondain Victor du Bled. Vous connaissez ce haut plumeau juché sur un bâton, à l’aide duquel on enlève au plafond les toiles d'araignée. Tel se présentait l'historien anecdotier des milieux intellectuels et littéraires du xvu: et du xvm siècle, l'animal qui a mis la Sévigné en tartines et la d'Epinay en boulettes, le surraseur devant lequel s’enfuient les femmes, les enfants, les vieillards. Peine inutile! Il les poursuit, les accule à un mur, à une table, à un fauteuil. Collé contre eux, genoux contre genoux, coudes dans le ventre, haleine contre haleine, 1l les étreint, les malaxe, les broie, les
arrose d'une sahve gluante. Les malheureux succombent, demandent grâce, étouflent, cherchent à fuir. Du Bled, de ses grands bras maigres, les maintient et, de sa grande bouche, les asphyxie. Ils voient repasser, sur leur muqueuse nasale, sortant de l'estomac de du Bled, mêlés à tous les anas de la cuistrerie, les affreux souvenirs du diner récent, la gelée colle et la sauce Périgueux, le vol-au-vent plein d’un gaz triste et la timbale aux crevettes ammoniacales. Les jambes de du Bled étant longues et décharnées, telles que des échasses pantalonnées, certains ont essayé de fuir par le compas. Alors le monstre, se retournant, les repoussait en sens inverse, sur l’autre paroi du salon Buloz. Car il a la tactique de cet appartement, depuis une vingtaine d'années qu'il y fréquente.
Un jour, du Bled, qui court les antichambres comme les poètes crottés couraient les ruelles, eut l’idée baroque de rendre en une fois, à toutes ses victimes, leurs politesses, et l'idée plus baroque encore de me convier à ces agapes. Cela se passait dans un appartement assez grand, mais aplati, où deux cents personnes environ devaient déjeuner par pe-
tites tables. Les nains et les naines y tenaient à l'aise, mais les géants comme Costa de Beauregard y trituraient, courbés en deux, les ténébreux aliments que la prodigalité de du Bled avait alignés dans nos mangeoires. Je reconnus tout aussitôt avec terreur les menus de la Revue des Deux Mondes, ses sauces vénéneuses, ses filets de bœuf à la fois chlorotiques et durs, d’une consistance de talon de facteur rural. La faveur de l’amphirasoirtryon m'avait placé à la même table que Brunetière, dont j'étais séparé par une ravissante et enthousiaste Américaine à tête d'ange géométrique. L'auteur des Motifs d'espérer et des Raisons de croire accablait cette jeune transatlantique des plus extravagants paradoxes, qu'il interrompait pour ingurgiter, en le savourant, l’infernal bordeaux de du Bled. À un moment, haussant le ton, au milieu de la chaleur étouffante et de la suflocation du plein midi, il expliqua sur l'architecture je ne sais quoi, qui plongea ma voisine dans le ravissement. Elle répétait : « Cella est baô, cella est vouar, oh comme cela est baô! » d’une voix extatique, et plus elle admirait, plus Brunetière s'exaltait. Alentour, les gens, inté-
ressés par ce monologue, se levaient autant que le leur permettait le couvercle de la boîte à du Bled ; et du Bled lui-même, d’une voix de goéland, hurlait en entre-choquant ses battoirs : « Ahn, bravo Brunetière! ahn, bravo! » On dut emporter une grosse et noble dame devenue apoplectique, couleur pivoine, et qui rendait le sang par le nez. -
— C'est effrayant, disait à la sortie Costa de Beauregard, caressant et griffu comme un grand chat blanc, ce que Brunetière aime à convaincre, ce qu'il se donne de mal pour convaincre |
— Mais, s'il a convaincu, il est furieux et 1l se donne tout autant de mal pour déconvaincre. Je propose cette défimtion : un apôtre à retournement.
Costa rit de bon cœur. C'était une puissante et généreuse nature. Bien que poncé par la société, il sentait, exprimait les choses vivement et les banalités l'agaçaient. Nous convinmes que Locuste avait dû composer les mêmes recettes à l'usage de la Revue des Deux Mondes et de du Bled. Avec cette différence à l'avantage de Buloz que, chez lui, le plafond ne descendait pas, ainsi que dans {a Maison du bagneur.
Derrière nous, les convives, ruisselants de sueur et nauséeux, sortaient en s’épongeant le cou et les tempes et se demandaient si ce brave du Bled n'avait pas eu l'intention homicide de faire des vides dans l’Académie.
Un an environ avant sa mort, Brunetière me demanda d'écrire, pour la Revue, un roman sur la Révolution française. J'ai conservé notre traité, qui ne devait pas venir à échéance.
Nous eûmes ensemble, à cette occasion, une longue causerie où Je retrouvai, avec navrement, chez le critique orateur, vieilli et ratatiné, les caractéristiques intellectuelles qui m'avaient toujours tant agacé, notamment la croyance aux nouveautés et l'amour de la contradiction. Me prenant pour un conservateur, pour un monsieur de droite, il me fit ex abrupto, afin de me scandaliser, l'éloge de Gustave Hervé, qui commençait à jouer les croque-bourgeois. Il le considérait comme un emballé. Je lui soutins qu' Hervé était un imbécile et un fourbe. Cet avis, contraire au sien, le froissa, et tout aussitôt, désirant m'’embêter, il prit, contre ce qu'il croyait être le thème de mon futur roman, la défense du
Comité de Salut public. Je lui répliquai que j'aimais beaucoup la politique nationale du Comité de Salut public et que les principes de 1789 me révoltaient davantage que leurs conséquences naturelles et sanglantes de 1793 et 1794. Qui fut navréP Ce fut Brunetière. Il n'y comprenait plus rien du tout. Il se demandait : « Se moque-t-il de moi? » Je me moquais de lui, en effet, mais pas de la façon qu'il supposait. Il ajouta que Edmond de Goncourt n'avait rien compris à la Révolution et que Taine lui-même... Puis 1l guetta, derrière son lorgnon étincelant, l'effet sur moi de ce hardi blasphème. Je défendis Goncourt, mais je lâchai Taine qu'il rattrapa instantanément, comme « le plus riche de nos récents prosateurs ». Chaque fois que je voulais m'en aller, 1l me prenait le bras nerveusement :
« Rasseyez-vous et écoutez-moi. Savez-vous que J aimais beaucoup votre père? Quel dommage qu'il ne m'ait pas écouté, qu'il n’ait pas été de l’Académie! »
C'était vrai. Il avait fait tout son possible pour décider Alphonse Daudet à avaler les couleuvres et vipères peintes si cruellement et si justement dans l'Immortel. Je l'en remerciai.
fn.
a14 L’ENTRE-DEUX-GUERRES.
Il en conclut que je n'étais pas un mauvais fils et il eut, à cette constatation, une petite détente. Ce bizarre bonhomme hérissé, et dont la vie fut une perpétuelle coloquinte, sut mourir admirablement, héroïquement. Pris à la gorge, son meilleur instrument, — car il parlait bien mieux qu'il n'écrivait, — par un mal implacable, il vit venir la Camarde debout, le doigt en avant et sans faiblir. Il y avait en lui l'étoffe d’un beau combattant, mais taillé, dans une culotte démodée d’universitaire, par la diablesse Contradiction.
Faguet adulait Brunetière, car Faguet, graphomane et grippe-sou, a toujours de la copie à placer. Il n’est pas de journal pour enfants dans les profondeurs du Massif central, pas de moniteur des turbines électriques, pas de publicateur en soies et cotons, auquel Faguet ne collabore. Il se fait ainsi des revenus immenses et 1l a toujours vécu, dessous les toits de la rue Monge, sans cuvette ni pot à l’eau, avec une seule chemise noircie, entre son encrier et sa boîte à crasse, de douze kilos de pain rassis et d'un paquet d'omelettes froides au boudin. Cette dernière recette est de lui. Il osa la publier dans les Annales d'Adolphe
Brisson. Les jeunes abonnées en demeurèrent pantelantes.
J'ai rencontré Faguet un certain nombre de fois, dans les milieux les’ plus divers et notamment dans les salons de la Revue. Je n’en suis pas plus avancé. Il y a au fond de ce pondeur d'articles, de cet incontinent de premiers-Paris, une énigme qui m'inquiète et me trouble. Gœthe chargea un jour Alexandre de Humboldt, l’auteur du Cosmos, qui visitait Paris, d'aller voir Restif de la Bretonne, lequel l'intriguait fort, et de le lui dépeindre. Humboldt s’acquitta de la commission de la façon la plus exacte, la plus minutieuse et la plus réjouissante. Si Gœthe lui avait donné cette besogne quant à Faguet, Humboldt eût été fort embarrassé. Faguet est, en effet, à transformations, à dédoublements et même à détriplements. Il est à coup sûr un grand nerveux. À certains soirs, au théâtre, — car il fait métier de critique dramatique, et quel extravagant critique | — avec sa cravate bleue, sa mine bouille et clignotante, il a l'air d'un bon oncle qui instruit et promène les siens, d’un sous-Sarcey. Une autre fois, par un crépusecule pluvieux; vous-voyez passer un rarho-
PA
neur halluciné, lequel n’est autre que Faguet. Il vous salue d’un grognement douloureux.
Ou bien, dans un salon ruisselant de lumières, apparaît soudain une sorte de pion sans linge, chaussé d'incroyables croquenots, et répandant une odeur de soupe à l'oignon. C'est monsieur Émile, je veux dire Faguet, qui dépose sur les mains des dames, en les baisant respectueusement à la ronde, un cercle sombre.
Vers 1903, le journal le Soleil dépérissait sous le poids de Numa Baragnon. Les collaborateurs, dont j'étais, et les actionnaires furent convoqués pour aviser en COMMUnN AU SAUVEtage. À mon côté se tenait Maurice Talmeyr, qui a une vision aiguë des choses et des gens. Ilne connaissait pas Faguet, même d'aspect. La porte s'ouvre et Faguet entre. Cette fois-là 1l avait l'air, le pauvre cher immortel garçon, de jouer les traîtres sous le Directoire, au théâtre de Belleville. Sa longue redingote boutonnée, un chapeau quasi tromblon dégoulinant d’eau sur les bords, car il pleuvait, et un parapluie de vente à la criée, tordu comme une voile autour d’un mât pendant la tempête, lui prèétaient cette physionomie mélodramatique.
Talmeyr, déjà en prote au soupçon, me glissa
dans l'oreille : « Qu'est-ce encore que ce bonhomme-là ? » Et je vis bien qu'il croyait à l'apparition indue d’un fils de la veuve, d’un membre du 33° appartement. Mais je le rassurai d'un éclat de rire : «Ça, c’est Faguet. » Il n’en revenait pas. « C'était Faguet ! » me répétait-1l ensuite avec trois points d’exclamation, à chacune de nos rencontres.
Faguet a un appétit vorace. À la table de la Revue rappelait ce vers de La Fontaine : « Les loups mangent gloutonnement. » Un homard déjà grand-père et mort depuis une semaine étant apparu sur un château de riz congloméré, Faguet cassa le ciment et l’avala presque en entier. Tel le poulpe, il projette sur les aliments un estomac irrésistible. Entre les bouchées sort de lui une voix blanche et enflée d'institutrice. Il fait des plaisanteries de grammairien, innocentes et peu compréhensibles, et 1l est impossible de savoir, pendant qu'il parle, à quoi 1l pense. Combien je donnerais pour le confesser, s’il se confesse!
En présence de Brunetière le belliqueux, 1l - se faisait petit garçon et gloussait, ce qui est sa manière de s'amuser. Brunetière l’'emberlificotait dans des sentences, qu'il cherchait à
rendre plaisantes. Il jouait, vis-à-vis de Faguet, le Parisien déluré qui asticote un homme de la campagne. Il le blaguait même sur sa tenue, qu'il feignait de croire impeccable. De sorte que, pour faire sa cour à son directeur, Faguet, les soirs de Revue des Deux Mondes, se tachait un peu plus que de coutume, remettait de la sauce sur son pantalon.
En critique littéraire ou dramatique, ce brave Faguet est aussi inconsistant que Brunetière, dans une autre formule. Il se permet d'être plaisantin. IL est diffus, incertain, d'une cuistrerie tellement poussée, par endroits, qu'elle semble voulue. Néanmoins 1l faut reconnaître chez lui, parfois, des lueurs et des définitions heureuses qui manquent totalement chez Brunetière. C’est lui qui a appelé Voltaire : « un chaos d'idées claires ». On lui doit un bon Diderot, un excellent Fréron, dans ses études sur le dix-huitième et, dans ses histoires d'amours des hommes de lettres — de quoi Je me mêle, — il y a, parmi un fatras, quatre ou cinq anecdotes savoureuses et lestement contées. Ce fils de la soupente et de la bibliothèque est capable de vues ingénieuses, courtes, qui se referment presque immédiate-
ment. Car 1l est prolixe, mais de souffle étroit, et vagabond d'idées comme un vieux pauvre.
Ainsi que Brunetière, il est incapable de porter jugement sur un contemporain. Il lui faut, pour qu'il ait quelque bon sens, le recul et la consolidation du temps. Ainsi que Brunetière, il use d’un jargon scolard et sans souplesse, où voisinent Vaugelas et le P. Le Batteux. Il assemble de poussiéreux bouquets d’herbier et il les tend d’un air triomphant à la dame de ses pensées, à Synecdoche, à Catachrèse, à Hypallage. C'est le Don Juan des figures de rhétorique.
Suffisamment humble vis-à-vis des pouvoirs constitués, 1l se donne des mines d’indépendance et collabore aux feuilles conservatrices. Périodiquement il salue avec enthousiasme, a
propos de bottes, un ministre en fonctions, ou propose un fragment quelconque de dis-
cours officiel à l'admiration des contemporains. L'esprit n'est pas prompt, mais la chaire est faible. Psychologiquement, il ressemble à un homme qui aurait rêvé, assis sur son tuyau de cheminée, argent, honneurs, pouvoir, gioire, beauté, amour, et qui serait tombé à plat, de vingt mètres de haut, dans | 15
un baquet d'encre. Avec lui Jean. de La Fontaine eût fait la plus belle de ses fables. Je me suis demandé, au sujet de Faguet, bien souvent, si la graphomanie chez lui n'était pas un moyen de.s'étourdir, de ne pas penser à Faguet. Je me suis demandé aussi quelle était la part de sincérité dans son fantoche.
La psychologie intime de Faguet était un de nos grands sujets de plaisanteries, quand notre cher et subtil Jules Lemaître — le vrai, le grand, le seul critique de l’Entre-deux guerres, celui-là, — dissertait avec moi de Faguet. Jules Lemaître estimait Faguet. Il avait un faible pour Faguet. Il devait néanmoins reconnaître l'atmosphère bizarre, l'ambiance, l'aura, le malaise émanant de Faguet. Alors il écartait les mains, puis les rejoignait en les tordant un peu et répétait, avec un petit rire, d'un air gourmand et mystérieux : « Ah! oui,
Faguet! » | __ René Doumic, cette utilité qui se crut une nécessité, pioche physiquement le genre moyenâgeux. Quelqu'un de bien intentionné a dà lui dire qu'il avait une tête de vitrail. Mais il v a vitrail et vitrail. Celui de Doumic comporte des cheveux aplatis, d'un blond fade gri-
RENÉ DOUMIC. aot
sonnant, couvrant un front inquiet et plissé, audessous duquel s’ouvrent deux orbites bleuàtres. On ne distingue pas les regards. Une bouche mauvaise, cachée dans une moustache et une barbe pisseuses, des joues creuses, un corps efflanqué complètent cette silhouette de noyé mondain. Il a trois bouées sur lesquelles il s'appuie : l'Académie, la Revue des Deux Mondes et les Lectures pour Tous. Littérairerement, c’est le néant. On ne peut citer de lui ni un mot juste, ni une vue originale, ni une ligne en français. Habillé de gris quant au style, il est invisible à un mètre. Il est sans goût, sans odeur et sans forme, mais non sans bile acrimonieuse et envieuse. Elle coule, certainement à son insu, en filets saumüâtres et ruisselets jaunâtres, tout autour de lui. On voudrait crier à l’Université, sa nourrice : « Emportez-le et changez-le! Il est trempé. » A la lettre, Doumic pue le fiel.
À la ville comme à la campagne, il joue les consciencieux et les malheureux, voire les inconsolables. Cependant, il n'a qu’un plan, qu’un souci : évincer, dénigrer, dépecer les confrères. Dans une attitude de bedeau confit, à k porte des hommes en situation et en re-
222 L'ENTRÆ-DEUX-GUERRES.
nom, d attend quoi? Que ces rivaux meurent.
Son bonheur, c'est l'enterrement. Son appétit, c'est le catafalque. Il soupire : « Au moins, celui-là ne me primera plus. » Quand c'est son tour de l'éloge funèbre, 1l tremble de joie, son papier à la main, et les gens songent : « Comme ïl a du chagrin! » Nul ne déguste le trépas du prochain avec une contrition si gourmande. Nul ne place plus d’espérance et d'ambition dans la case vide, bordée de noir.
Derrière Doumic, quelque chose remue. Ce quelque chose est son gendre Gillet, conférencier lui-même, érudit et conservateur du château et du musée de Châahs, au pays enchanté que célébra le féerique Nerval.
D'une voix hennissante, prolongée, langoureuse, en ponctuant, en s’écoutant, (Gillet discute sur lesthétique florentine et met Ruskin à la portée des gens du monde. Penché en avant, les mains croisées sous les pans de son habit, à la façon d’un examinateur aveugle, Doumic écoute cet exposé, puis, se retournant, remet à Gillet respectueux une boule blanche.
A qui demandera comment ce néant de