‹ L'entre-deux-guerresChapitre 68 sur 76 · HENRY JAMES · texte numérisé non relu

HENRY JAMES

part faite aux exercices physiques et aux devoirs de société est considérable. Les relations jouent un rôle plus grand que chez nous.

Sous leurs dehors froids et réservés, qui sont une condition de confort moral, nos voisins et allés dissimulent une sorte de frénésie de la fréquentation. Sortant chaque soir à Londres, en pleine saison, pendant un mois, j'ai retrouvé chaque soir, dans trente maisons différentes, la même cinquantaine de personnes, toujours enchantées d’être réunies : « How do? — And you?... » Que de fins et gracieux visages et que de jolies mains parmi les filles de Shakespeare, de Dickens, de Thackeray et de Meredith ! Quel est l’imbécile qui a dit que les Anglaises avaient de grands pieds? Elles ont les plus jolis, les plus cambrés, les plus fins du monde et elles se chaussent à ravir.

La délicieuse M" Palmer, morte aujourd'hui, apportait à ces réunions une beauté fluide, transparente, à la Burne Jones, avec des yeux d’aigues-marines et une expression de bonté féerique. Elle et ses émules étaient comme des fleurs vives après la rosée du matin. Ce côté humide et frais, de nymphe surprise entre les roseaux, appartient en propre

Léon, cette antique coutume n'est heureusement pas universellement répandue. Vous êtes tombé jusqu'ici sur des hôtes de méthode œnophile archaïque, oui, terriblement archaïque. »

Nous nous amusions ainsi à relever les différences fondamentales des tempéraments anglais et français, des habitudes de vie anglaises et françaises. Georges Hugo, qui est passionné pour l'Angleterre, soutenait toujours qu'ils avaient raison, que c'était mieux ainsi, et James remettait gentiment les choses au point : « Cher monsieur Georges, tout n'est pas la perfection dans cette ancienne sympathique contradictoire civilisation. Non, certes, tout n’y est pas parfait. Mais je suis heureux de vous voir tenir pour agréable le petit repas du matin, avec ses délices multiples et simples. » C'est-à-dire le poisson bien frais, le jambon, les œufs, la confiture, tout le lest excellent de l’Anglais qui part pour son travail. Ce travail n'est pas accablant. Dans le monde des affaires, on arrive à son bureau vers les dix heures, on le quitte à une heure de l’après-midi. Même manège de quatre à six, avec l'interruption du sacro-saint tea. La

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