SCENE PREMIERE
Le chevalier CLERF AIT ; madame CHARLOT; CHARLOTTE; le père GRISBOURDON de Molinard , dans le fond du théâtre , lisant son bréviaire ; SOLDATS AUTRICHIENS ; CHARLOT, traversant le théâtre avec sa^ brouette , chargée àdune bariquc de vin»
Le chevalier, sortant de la tente de son père , un cahier de papier à la main , tirant sa montre,
M I D I ! Les Français s’approchent , mon plan n’est point achevé. Je ne l’acheverai jamais , non jamais : o mon père î mon pays ! il faut renoncer à vous. France , tu l’emportes. J’abandonne l’étendard des tyrans ; je ne veux plus servir que sous lês drapeaux des hommes libres. O ma Charlotte! cette journée peut-elle nous devenir favorable ? oui , si tu le veux. Amour, sois moiprop’ce, je te dois cet heureux enthousiasme pour la liberté. La vôilà : que je me sens ému à son approche ! sa mère est occupée. — Si je pouvoislui donner cette lettre ?.. - — C’est une femme bien aimable que madame Chariot. Oui; mais elle est hère, sévère...,
Mon père ne me laissera jamais épouser la fille d’un vivandier.... Un comte du Saint-Empire!..., L’honneur de sa maifon blessé?.... Allons, le sort en est jeté ; il faut enlever ma maîtresse, et passer"* avec elle dans l’armée française. ( Il dé-chire son plan ). -Allez livrer la bataille actuelment ; hommes insensés , j’abandonne vos lois injustes , je ne servirai plus que comme .simple soldat pour la défense des peuples et pour la gloire des nations. Je suis français..,, je le suis., je le jure...,
Charlotte, retournant tout-à-coup»
C’est lui , c’est mon amant ; le son de sa voix porte- au cœur. - u
Le Chevalier.
Ô ma Charlotte! si je pouvois vous dire un mot tout bas.
Charlotte , s"* approchant doucement.
Ma mère est là; ne la. voyez-vous pas ?
Le Chevali.er.
Je la vois bien; elle est occupée à ses comptes. ^ '
Charlotte.
Elle a les yeux partout , ne vous y fiez pas,
GriSBOURDON , dans le fond du théâtre, mettant son bréviaire dans sa poche , et fixant avec
sa lorgnette madame Chariot, )
Qu’elle est belle ! Que de grâces ! Quel friand
morceau î Ah ! Grisbourdon , Grisbourdon de' Molinard!
Charlotte, s'approchant du chevalier.
Je tremble ; donnez donc vite. {.Elle prend la lettre avec précipitation. Appercevant le père Grisbourdon }. O niôn Dieu , mon Dieu î si ce méchant homme m’a vue, nous sommes perdus !
Grisbourdon , lorgnant toujours madame
Chariot.
Je^ la de'vore î Si je pouvois commettre avec elle ce joli petit péché qui a damné tout le genre humain ! . . . .
Le Chevalier, V appercevant.
Oh î -voilà le père Grisbourdon. Le sot et méchant personnage!
Madame C H A R L O T.
L’ennuyeuse méditation qu’un livre de dépense ! il me semble que j’aurois préféré une autre occupation. Mais je m’admire. Foibles mortels, vous ne raisonnez jamais d’après votreétat. ( En riant.)C* bien à moi de me plaindre , et de moraliser sur les vissicitudes delà vie. Eh, Charlotte! Où est donc cette petite fille? Cela s’amuse d’un rien , d’un papillon qui voip. Hé bien , mademoiselle , vous n’avez pas encore achevé?
Charlotte.
C’est fait , ma mère, c’est fait ; ne vous fâchez pas.
Madame C H A R L o T.
C’est fort heureux.
Le c h e V a l I e r , û part.
Oh! oui, très-heureux.
Charlotte, regardant son amant.
Je voudrois en pouvoir faire davantage, et si je ne remplis pas mon devoir....
Madame C H AR LO, T, V interrompant.
C’en est assez, c’en est assez ; je suis contente de vous.
.,Le chevalier.
JVIoi, j’en stîis enchanté!
Charlotte^ soupirant.
Ah , maman!
^Grisbourdon.
Ah , la jolie petite maman î Que je voudrois être son fils !
Madame Charlot , se levant^ et s^ avançant
sur le théâtre,
• Eh bien ! qu’as-tu ma Charlotte? Tu soupires mon enfant. Tu crains la bataille? Ton père n’en est pas si fâché que nous ; il est Français. C’est un jour de fête pour lui !
(Grisbourdon , s^ approche ^ et fait de grands ' saluts à madame Chariot. )
, , Madame Charlot,