‹ L'entrée de Dumourier a Bruxelles, ou, Les vivandiersChapitre 14 sur 58 · SCENE I y · texte numérisé non relu

SCENE I y

UN ESPION FRANÇAIS , déguisé en marr chand d’eau-de-vie, CHARLOT.

Brand’vin , brand’vin ; soldats , qui en veut ?

C H A R L O T , examinant.

Ce marchand d’eau-de-vie n’est pas allemand; il est Français. C’est lui. ( s"* approchant de lui ) Camarade, est-elle bonne votre eau-de-vie >

Excellente.

Excellente > Brave Français !. tu exposes ta vie pour servir la plus belle de toutes les causes; mais ne parle pas, si tu ne veux pas être reconnu. Je suis français: parlons bas; prêt à seconder tes projets. L’armée de mes concî-, royens est-ell-e près d’ici?

l’E s pi O N.

Elle n’est qu’à une demi-lieue; elle a bivaquépendant trente-six heures, sans rien prendre ; et sa fatigue n’a fait qu’augmenter son courage,

C H A R L O T , avec une joie délirante,

O Français ! O ma patrie ! Achève, mon ami ; raconte-moi tout. Et cet intrépide général-soldat , l’incomparable Dumourier >

Alexandre n’eût été qu’un petit garçon à ses côtés ; c'est Mars en personne qui combat pour la liberté : la terre asservie n’eut qu’un Hercule, pour briser les sceptres des tyrans; la France en a produit des milliers , pour les détruire : juge si leur règne peut s’étendre plus loin.

'ChaRLOT, avec enthousiasme.

’ Tu m’enchantes ! Et je suis dans le camp de nos ennemis > Et Chariot n’est .pas au milieu' de l’armée de ses concitoyens? Ma fortune, ma , femme , mes enfans m’y. retiennent malgré moi. J’abandonne toin; je veux mourir Français. Ce bras n’a pas encore perdu' toute sa vigueur,'*^ il doit venger sa patrie, et j’y vole.

l’Espion, V arrêtant par le bras.

> Arrête! Tu peux encore ^ mieux servir ton pays ; crois- tu que la France manque de bras > Il lui faut des amis , chez un un peuple encore aux fers: ton état te mec à même d’avoir. af--

1 ' faire

faire au soldat comme à l’officier; il faut briser les chaînes de ces victimes des tyrans; ils ne demandent qu’à s’instruire; il faut .les éclairer. '

Tu as raison , camarade : si je pouvois me procurer le décret qui oftre à tout déserteur line pension honorable,

l’espion, urant dt dessous sa veste une quantité

de décrets.

En voilà un assez grand nombre pour mettre l’armée des ennemis en déroute.

Chariot, les prenant avec empressement.

Donne, camarade; il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Les généraux sont occupés du plan d’attaque, et les soldats étendus sur le sol qui , dans quelques heures , sera arrosé de leur sang, attendent paisiblement l’ordre du tyran qui doit les faire égorger.

Profitons de ce moment favorable. ( Il va au fond du théâtre. ) Hé camarade ! allons , du courage; buvons le rogome ; c’est; le jour de la victoire , ( à part. ) pour la France , j’espère.

( Tous les soldats se lèvent. )

Un Soldat.

Brandevin rasade camarade. Tuer tous les 'Français, pendre tous les déserteurs à nous. Jlix bonne franqouse.

Marchand de bran devin , donnez rasade , c’est moi qui régale.

Toi , bon Français. ( Tous boivent ensemble.)

Camarade, on vous trompe; les Français sont vos amis , ils ne veulent que détruire les tyrans pour délivrer les nations ; ils ont commencé par le leur; imitez-les; les soldats sont tous frères , et doivent se réunir pour la cause universelle des peuples. ( Distri^ huant les décrets à quelques soldats qui entendent le français,) Vous lisez le français , camarades > Instruisez en allemand ceux qui ne l’entendent pas. .

Le Soldat.

Ya , ya. Camarades, suivez-moi sous la tente \ moi lire le français.

ChaRLOT,^ V espion.

Citoyens Français , tout en versant le rogome , faites bien votre métier; jamais il ne fut plus honorable. Voilà l’heure de servir la table des officiers et des généraux. J’ai besoin de les écouter aujourd’hui.

Allons , mon ami , il faut nous signaler ; courage , hardiesse , il ne nous en faut pas davantage pour vaincre ; la liberté nous ouvr« toutes les portes.

Chariot, seii /,

G A RÏ)ONS-NOUS bien de faire part à madame Chariot de mon projet ; c’est une femme charmante ,, belle, adorable, que tout le monde m’envie ; mais elle est femme , et la langue d’une femelle fait autant de bruit que. le canon. C’est bien dommage ! Si ces jolis animaux étoient muets , ils seroient parfaits. La voici Mais quel air de tristesse ! Ah ! je «vois ce

que c’est. C’est la bataille qui l’afflige.

CHARLOT, madame CH ARLOT, Chariot.

* . Eh bien î quoi ? qu’est^cè, ma chère femme ? Tu n’as pas encore pris ton joli minois de tous les jours? Oh! pour celui des dimanches, personne n’y tient ; il est si beau , si frais , si reposé , qu’il me semble toujours que je le vois pour la première fois.

Madame CHARIOT. ^ .

Mon Chariot, laisse la plaisanterie; je vais t’affliger.

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