SCENE XV I
Le général DUMOURIER, LES PRÉCÉDENS.
( On entend dans les coulisses le cliquetis des
sabres, ■)
( Dumourier , à la tête d'un détachement, ' L'evant-garde de V armée française rkpousse ctvec avantage les troupes de V ennemi ç traversent la scène en combattant. Madame Chariot prend sa
prend. so-jUle sceis. le bras , et recule sur Vavani* ^ scène. )
Charlotte.
Ah ! mV mère qu’allous-nous devenir ?. ^
Madame C H A R L O T , e/z tremblant.
N’ayez pas peur , ma fille, les Français ne vous /eront pas de mal.
( Les Français repoussent tout-à-fait les Autrichiens dans la coulisse. )
Le général D U MO U R I E R , à la tête de ses ‘ ' • troupes.
Bravo! mes chers compagnons d’armes , bravo!
quels excellèns soldats que les Français républicains ! vous êtes actuellement au degré des héros républicains. Qu’il m’est glorieux de commander à des hommes tels que vous ! mais que vois-je >.... deux femmes , et deux femmes emues par la terreur. ( ^'avançant, ) Rassurez-vous , me<:,dames, nous ne' s'bmmes pas les’ satellites des 'tyrans. ' Loin d’accabler votre sexe, nous le protégeons ; nousr'veiTgeons l’humanité et les saintes lois de la nature piéçonnues. "Nous sommes , des hommes , amis des hommes , et nos vos enneihis^ : ^ ^
Madame C H A R L ,o T,
C’est un Français !
< Le général D U M O U R I E R. , C’e*st-là votre fille, madame?
^ Madame C H A R L O T,
Oui , monsieur.
Le général DuMOüRTER.
L’aimable enfant ; elle est belle comme l’amour et vous êtes sa mère? Mais puis-je sans indis- -crétion vous demander <^uel esc l’etat de votie époux ?
Mad. C H A R L O T, bdissant les yeux.
Il est Français, et
Le général D U M O U R I E R.
J’entends ; il est attaché au service de Léopold.
Madame C H A R L o T.
Oui, monsieur, il est cantinier de l’armée.
DumOURIER, Vemhrassant
Quoi, madame î vous êtes l’épouse ^de ce brave homme, de ce respectable français? S il est attaché dans le camp ennemi, il n’en a pas moins servi sa patrie. Je viens de recevoir, de sa part , quinze cents déserteurs Autrichiens. Jugez, madame, si votre époux doit m’être cher !
Mad. Charlot, une agréable surprise.
Ah î le frippon , comme il m’a trompé ! Mais je lui pardonne.
Quoi î madame , auriez-vous pu lui faire un crime d’avoir servi sa patrie et la cause de la liberté ?
Madame C H A R L o T.
Non, monsieur, je suis loin de lui en faire un crime.
Puissent les Français que vous commandez, briser tous les sceptres des tyrans ; rétablir , dans tout l’univers , l’égalité , l’union des peuples, cet amour paternel de nos anciens. Voilà le vœu ^ de toute l’Europe , et c’est le plus ardent que je puisse former pour le bonheur du monde entier,
Madame , si vous n’êtes pas française , vous êtes faite pour le devenir. J’ai deux guerriers intrépides à la tête de mon armée ; la révolution a fait les plus grands prodiges , même sur votre sexe. Les unes à l’envie des autres se signalent; c’est à qui servira mieux la cause publique. Dans la politique , dans les batailles , partout les femmes suivent. nos pas, et votre sexe rivalise actuellement le nôtre ; c’est le fruit • de cette souveraine révolution.
Charlotte./
Oh ! maman , que je voudrois voir ces Françaises ! si je pouvois les imiter.
DumouRIER, r arrêtant.
Vous les verrez bientôt, Mademoiselle; mais nous sommes rompus de fatigue , et nous dévorons la faim. Voudriez-vous, Madame, nous faire servir , à la hâte , un morceau ? ( allant au fond du théâtre. ) Voilà un superbe ambigu qui se présente fort à propos ; permettez-vous ?.
Madame C H A R L o T.
Monsieur , c’est le dîné de nos Généraux ; c'est pour la seconde fois qu’on l’a servi ; les
soldats que mon mari a débauches ont enlevé le premier , et
DUMOURIER, en riant.
Et nous pouvons disposer du second, n’cst-ce pas ? C’est charmant ! ( coupant un morceau de pain et la cuisse d’’une volaille. ) Allons , mes illustres compagnons , mes chers camarades , imitez-moi , c’est le dîné des ennemis, il doit être excellent, il est servi par les grâces. ( Ils mangent tous avec un appétit dévorant., sans )’Nous avons un appétit de diable , une faim de soldat , cela dit tout.
Madame C H A R L O T , s"* approchant ‘de la table et prenant une bouteille.
Je veux vous verser à boire.
Vous trinquerez avec nous, et ce bel ange aussi. ' '
Madame C H A R L O T.
Très - volontiers.
Allons , mes amis , à la santé des soldats
français.
Madame C H A R L o T.
Et moi , je bois à celle de Mars qui les commande. :
C’est trop, aimable dame, et je ne mciite pas cet hommage. ( Regardant Charlotte, j
Allons mes amis , à la santé de la république française, et des hommes libres.
Et de notre Général.