‹ L'entrée de Dumourier a Bruxelles, ou, Les vivandiersChapitre 5 sur 58 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Grisbourdon et un prieur de chaque couvent de moines de Bruxelles , rangés sur le théâtre ^ . au moment oà se lève le rUeau, Grisbourdon au milieu d'eux»

grisbourdon.

Vrais soutiens des trônes' et de IVslise , appuis des vieillards, pères des orphelins, je vous

ai convoc^ués tous ici, pour conccrtci cnsciiiblc sur les opérations de notre saint ministère , sur les désordres de la France, et principalement sur nos plus chers intérêts. Tout dort dans Bruxelles; mais les prieurs des couvens du Brabant veillent. Ah ! si les moines français avoient eu notre activité , ils tiendroient encore les rênes de l’état. En vain Joseph II, ce faux philosophe curieux de nouveautés, avide de gloire, voulu nous détruire; il est descendu au tombeau (et c’est notre ouvrage), son frère, redoutant notre puissance suprême, nous a réintégrés dans toutes nos fonctions. Mais les Français s’approchent * s’ils sont vainqueurs, nous sommes perdus. Prévenons leur victoire, qu’ils trouvent leur tombeau au^ milieu de cette cite. J ai fait passer mon plan à l’archiduc ; il Ta adopté.

Les magistrats ne sont pas pour i nous ; il faut nous défaire de ceux qui pourroient croiser nos démarches , et faire avorter nos desseins.

( Tous les moines à-la-fois , tirant un poignard. )

Nommez les victimes.

GRISBOURDON.

Il n’est pas temps encore de frapper. Balza, ce corrupteur infâme, entretient, dit— on, une correspondance avec le général . Dumouiier.

Il prétend lui livrer la ville. Peut-être on l’accuse à tort ; mais la seule apparence de son patriotisme nous le rend suspect. Quelle diffe-ence de nos principes religi^^^ avec ceux de la justice

ordinaire ! Jamais un ^^^usé ne nous -échappa ,

fût-il

fût-il même innocent., La politique du saint siège condamne, mais n^absout jamais. Elle nous commande inipéfativement de faire, envers Dieu seul, l’expiation de nos erreurs.

Revenir sur nos pas , serqit commettre un sacrilège, on ne domine les foibles humains que par la crédulité et la sévérité. Si une fois la doctrine des Français prenoif racine dans notre gouvernement, que deviendroient notre état, nos prérogatives ? Plus de bénéfices, de canonicatx , de prieurés, d’évêchés, d’abbayes, de cardinalats ; errans et vagabons comme leurs moines , leurs directeurs, réduits enfin à la besace , et forcés. de' rentrer dans les principes delà primitive église , nous verrions nos travaux , des siècles d’hypocrisie , s^évanouir aussi promptement que l’éclair. Prévenons un si grand désastre par une conduite adroite et mesuré. O disciples d’un Dieu muet et tout-puissant, le jour est venu de le faire parler.

Un Prieur , grotesquement et bégayant.

Ce n’est pas-là le plus embarrassant. Mais que lui ferons-nous dire, dans cette conjoncture^

Grisbourdon.

Que la fin du monde approche ; que la terre avare de ses dons ne produira plus; que les femmes fécondes deviendront stériles ; que les hommes

Le même PrieüR, bègue.

Eh ! eh ! cela n’est pas mal trouvé ; mais l’on n’y croira pas* Vous savez bien le contraire.

' Gri'sboURDON , le regardant avec dédainj ‘

Vous êtes toujours à mille lieues de la question ^'pere Hilarion.

' Le même P*‘r I e u r , bègue. ' " ^

Moi , je vois le^ choses. '

Vous les voyez, très-hial. !. . '.j.i ..

Et il qui voulez -vous que nous fassions tous ces contes? \ ’ ^ ^ ^

G R 1 S B a U R D'O N,“ en colère.^ '- -

Eh parbleu ! aux dcvdres qui lès font;['à l^èurs maris , ii leurs enfant’,' af leurs amis , tt c%t' ainsi qu’on mène le pairyre genre-humain par’ iè bout du nez. Imifezi^moi , mes' chi^'s révé^' rends: j’ai quitté un moment farhiéè pSué’

^ ^ f 'S ru '

venir vous tracer la conauire que vdüs deyez tenir dans Bruxelles.,.; Annoncez les^prièresûde quarante heures; ordonnez le jpûne. N’oubliez

pas nos aimables dévotes"',^ ce sont des anges pour jeter la terreur dan^ le^*"âmés ■dmbréè^i Comme grand aumônier de l’armée, je nrohfë^

la tête , j’enflamme le Cohrage du soldat avec toutes ces fariboles; c’est-là notre secret, -fs’il est jamais révélé, notrê' empire est détruit.

■Tlmjiv ^ O., . ■'••rrirr; /

Le MÊME Prieur, bègue. ■ r, . *

C’est c’est.... juste, c’est-la tout le mys-

tère.,.. Al... allons , rentrons chacun dans notre

/ ■ ^ f ry

couvent , et faisons , ainsi que l’a dit l’écrituresainte, religieusement notre métier.

GHISBOURDON,/e^ arrêtant.

Et sur-tout n’oubliez pas les miracles. Que } Dieu vous garde des passions tumulcueuses , de J a révolte des sens et de ces appétits mondains , d ont nous ne savons pas toujours nous priver ^ et ' c[ui nous font perdre de vue nos plus chers de 'voirs. Je vous prêche l’abstinence , mes révérei tds, et je suis moi-même dans la faute : je 5 ui s amoureux.

( Tous à-la-fois levant tes bras. )

; E e père Grisbourdon de Molinard, amoureux ! Que 1 malheur !

Ou ‘î ^ amoureux , mes frères , et amoureux d’une inhumaine. Un homme est de chair , vous le savè ^ comme moi. Ah ! pourquoi ne sommesnous p de pierre, comme nos saints >

Le Prieur, bêguex •

Nous le so-mme^ bien; mais c’esf quand flous som Unes morts.

Il est bi en temps alors; niais ne croyez pas que ma ft ûblesse m’éloigne -un instant de nos principes. Je .piii? couronner aujourd'hui mon amour, et . templir en même temps nos ^saints devoirs. Jer etournea mon poste. ( A part.) avec exctamaîion. ) Et toi , madame Chariot , vivandière incom \parable , mets un terme' à tes rigueurs, à me. 5 tourmeiis. Mais que vois-je? Son mari qui s’a v? Ince ! Oh! Grisbourdon, Grisbours ' ! B

don ! Profitons de son absence , et rejoignons tout de suite le camp.

( Tous Us religieux sortent en courant, )

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