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CHAPITRE VIT

Ce n*<éfeHt IMS 1 WBtuit d'une bnHanle diefuichée. Les cavièieR avaient laissé les bêles mâcher Tavoiiie à l'écurie. Au long du cfae* am creux qui s'abime en «ne fondrière, qu'on dancfait pour pénétrer au bois des Coudreauxje brigadier PéIissier,dâ»aTBssé<îeaoB grand sabre et rien que le revolver d'onknnance au cetaturon, •ur rdbdomen, comme cda se (ut dans la gendarmerie, avançait à la tête de ses hommes en file iîidienne : Pitolet, Lécuyer, Goirtanl et Carme. M. DoUéans, le lieutenant, en avut décidé ainsi. Ça n'était F>a8 l'idée du brigadier Pélissier qui pensait bien suffire seul à la tache. Tout au plus admettait-il que, par surcroît de prudence, son collège Pompilius et le gendarme Varcollier patrouillassent sur leurs bécanes, à la lisière du bois, au long de la route départementale qui va de Château-Briard à Provins et que dominait le château du marquis du Hocqueton.

Pélissier n'avait pas tourné la tête une seule (ois pour s'adresstf à ses hommes. D'un mouvement nonchalamment crapuleux, il se roulait une cigarette de fin, la mouillait largement et se la collait à l'oreille sous le képi à turban d'argent à trop grande visière et rejeté sur la nuque. Il se confectionnait ime deuxième cibiche, l'allumait à son briquet et la tirait avec force pour la laisser bientôt, déjà chargée de cendre, suspendue à la lèvre inférieure. Pour la première fois depuis le départ de la caserne, Pélissier jeta un rapide coup d'oeil sur sa petite troupe : Carme solide et court fumant une bouffarde de bruyère; Gontard bel homme, marchant à son habi-

KJRMEZ VOS BATAILLONS ! 271

tade, les bc» ca anses d*inipiio«e tft les deux inains poîives à pkt

«grieiiiancbei; LAcuTer psreilàiinlMtear roidlwecsagibeaèffe

in battamt desciBStes ; Pîlolet 4 la iiKHistaciiermiBse blancliîtsante.

ie dojfen du «foartîer, demcoré tourlounDm et carcOTaiift l'ur d'une

Isadine frûdie caapit qu*ï «vak débamasie de toutes «es (eoifies,

moins une. Ils ne semblaient F>a8 bien féroces les s<4dats de P⻫

wr» maÎB loos oe p eii daièl «ttoitiis et graves. Parce «que son bedon

lui pesait» Gume, pour franchir la fondrière que Lécuyer passait

d'une eBrjambée, dût se piier à des eieeraces <feà lui faisaient songer

à des ruses de guerre. A cause de cela et du décor sylvestre dans

qjooi 1*011 oommençait de pénétrer, Pélîssîer se prit à sourire en

songeamt 4 une oicîeane image du PeUi journal iladré qui tapis*

sait la diambre de ses vieux» au faubourg Saint^Anloine ; les cinq

Pandones moonstituaîeiit parfakemeni: la scène de la CqjMtore de

fifflarescM, ie dernier bandit corse. Mais Pâissier était seul à y

songer. Et justanenft» au détour du premier fourré, dans tm sen*

lier, ib tombèrent juste devant le trimaideur qu'on n'avait pas

Rvu depuis plus d'un an ; le même qui, chez le mastroquet du

faubourg de Mulhouse, devant le pont sur la Marne, interp^hot

avec tant d'arrogance le brigadier ; Rémy dit Tabac, gars de batterie

d'occasion ou chaufournier selon les ciramstances, l'ami de Rava»

chol, oelui qui possédak de si précieux papiers conservés ji^use-

ment, des beaux papiers «1 couleur, iQustrés de main de maître,

les niHiiéros du PtHH Jmarmd iUmiré élsemisant la passion de Rava-

chol : Tarrestation du compagnon, Ravachol dans sa oeffufe et le

Restaurant Véry après Pexploshn, La |4u8 belle, la phis terrible

Boage en ooulaa*s, l'exécution de Ravachol, n'était pas sur le

papier ; eHe était dans les yeux, au fond des yeux gris de Rémy dit

Ti^C qu'on n'avait pas remarqué trop cette nuit^à, mais qui

avait vu aussi couper k tête à Farigou. Et vo^ez la coïncidenoe»

banale et touchante peut-être, autant que celte imagerie féroce et

naïve, la Coptoe de Bdlaoasda, achevant de jaunir au mur du père

Pâîssier, ébéoâste an fauboufç Saînt-^toine, était extraite de la

même année du Pefif /ovmaf 1/4»^' que la Passion de Rav«ch<J.

PoBitant, ce n'était pas Rémy dit Tabac que cherchaient les gendarmes. Les gendarmes l'auraient bien volontiers hôssé tranquffle, et surtout, le brigadier se fôt sagement gtfdéde lui deman*

lier set papîert. Il ne les coimaîsMÎt que trop» et dédaigneux de nature» ne se fatiguait même pas à hausser pour rien les ^Mudes. Il avançait, silenâeuz, bien que chaussé de bottes appuyant sur les branches mortes du dernier hiver, aussi à l'aise que s'il eut glissé chaussé d'espadrilles, de belles pantoufles brodées par une main amoureuse.

Rémy dit Tabac ne pouvait pas laisser passer les gendarmes sans engager la conversation.

— Ah I ah I voilà ces messieurs. Salut, brigadier. Vous ne me remettez pas ? Moi, )e vous remets bien. On a bu le coup, l'année dernière, chez le chand-^le-vin du P<mt de Mulhouse, une belle crapule qui baptise le pive. C'est du monde pareil que vous devriez mettre à l'ombre, tant qu'à taire et du moment qu'il y a des gen^ darmes. Enfin, )e sais que c'est pas dans les idées de vos supérieurs et il y a des jours que je me dis, brigadier, bien que vous sachiez ce que )e pense, vu que je me suis fait devant vous gloire et honneur de mes idées, il y a des jours que je pense que vous n'êtes pas responsables. C'est tout le monde qu'est responsable. Il n'y a pas d'innocents ! C'est Emile Henry qui l'a dit. Vous l'avez pas connu Lmile Henry, ou bien vous ne vous rappelez pas, vu que vous étiez trop jeune, mais y en a qui doivent bien se souvenir. Vous, le gros, et vous, le vieux père. Vous êtes bien du monde, sans compter vos deux copains qui tricotent sur la route. N'en faut-il donc tant que ça pour cueillur un malheureiu qui s'impatiente de vous voir pour se rendre ?

— Ça va, répondit Pélissier méprisant.

Gontard qui ne dédaignait F>a8 d'utiles collaborateurs bénévoles glissa quelques mots à l'oreille de son chef.

— Hé, l'artiste, fit Pélissier en revenant à' Rémy dit Tabac, qu'est-ce que vous nous chantez avec votre malheureux qui ne demande qu'à se rendre ?

— Ah 1 dites-donc I gouailla Rémy dit Tabac, il n'y a personne d'assez bête pour ne pas penser que c'est M. Marat que vous cherchez, l'entrepreneur d'illuminations qui a fait sauter la baraque de la rue de la Mission-Marchand avec l'aristo socialiste et la petite poule dedans. Au pajot qu'ils étaient* Ah I dites-donc I mince de feu d'artifice. C'était pour rien les chandelles romames et les soleils

FORMEZ VOS BATAIIXONS I 273

et les {eux de bengale. Sa permanence qu'il appelait ça, ce fumier d'aristo. Dites-donc, un pajot dans une permanence, comme si qu'il n*y avait pas de quoi se méfier. Non ? Eh bien dans la poli** tique, qu'ils soient des purotins conservateurs ou des arisfcos socialistes, des larbins de la République à la manque ou des ceux qui bavent sur la Gueuse à la mie de pain, c'est tout pareil dans c' t'équipe de mannequins. Alors quoi, quand on voit ça et qu'on a du jugement et qu'<m aime l'homme pour l'homme selon son bon coeur et la loi naturelle comme a dit Jean- Jacques Rousseau, est-ce que ça ne vous dégoûte pas ? Je les méprise en bloc et alors, m.... I Vive l'anarchie Iw C'est sans offense pour vous, gendarmes, mais il y a des moments ou faut que ça sorte,

— T'as fini ?

— Il est pète-sec, le brigadier I Te fâches pas, petit gars ; moi je me fâche pas et si c'est pour me vexer que tu me tutoies, tu ne m'as pas vexé. Je te tutoie aussi comme on se tutoiera plus tard, tous frères, ni fauchés, ni vendus, ni gendarmes, ni gibier de taule, quand on en sera aux temps d'anarchie. Il viendra un jour que...

— Ça va.

-— Si vous voulez.

— Dites-voir un peu...

— Je croyais que c'était votre idée que je la boude.

— Je t'ai vexé ?

— Tu rigoles en douce, brigadier ? Je sais pas qui que c'est ton père, mais t'es marioUe, seulement je suis encore plus mariolle que toi.

Gontard en fut tout secoué d'une indignation qui l'empourpra»

— Veux-tu qu'on te boucle ?

Rémy dit Tabac le défia du regard.

— Ç^ ne changerait rien à une idée.

Pâissier écarta Gcmtard et mit sa main sur l'épaule de l'homme.

— Puisque vous êtes si bien renseigné, vous qui parlez si bien, oit se trouve-t-il, l'entrepreneur d'illuminations ? Hein ? Faudrait tout de même pas croire que vous allez nous faire poser.

Rémy dit Tabac se di%B%ttL de la légère emprise et d'un bond fut sur ses deux pieds déchaussés. Une flamme mgulière

274 L'ENTTIEPRENEUR D'ILLUMINATIONB

uê yeus gm. L'ami dr RaYtcticJ» ««mut Im poings^ st doi»»i«l jusqu'à U souAriiMt ptHir «'impoier d« parler a^ «<N» «PA arof front d^ tiM do m^ pumii ketuel» U choîsma^ 4H^tc vn soin mqnîflt s

*- Ça MTait iw autre qua vous*,, je na voua ao vai»c j^. parca 4]iia la diaciplme vous a anlevé ca qui fait «m homma paraîl à u» •vira homme et qua voua êtaa canaament, voua auaaî* daa vûstùyi^ da la aoôéta. Je m dirai paa ca qu'il faut être pour ma demander uua choaa parailla ; aeulemaiit ca que ia peux voua àix^^ c^% que si ja répondais à votre question je me dég o&taraia moî-*mêma «t j'irais ma (outra à l'eau m m^ traitait de fumiar«

— Mais, intervint Gontard» puisque voua dites VQus«-meme qii*îl «st si pressé de se rendre.

<*^ Gendarme» ca que vous dîtas-'U» ça prouve simplement que vous ne pouvez pas ccwipr^ndre ce que c'ast qu*uiia idée ! Vous ja'aves q^^^ de la diaciplme. moi» j'ai uae ooaiaciauoa. Ja voua plma, atandarma.

-^ Lmiona^a puisqu'on n'a pas la lampa da la boudar* c'oat

une nouille.

II y avait de ces mots et de ces expressions importés par Plélîssier «t qu'adoptait la rustique brigade.

Rémy dit Tabac, avec une moue de m^is i

— La vaeba au labiese qu'a tandu l'aponga da vioMgra à rAutre, il a peut-être dit à ses copains que le compagnon Jasus élsait une nouille L- Minulte» fendarma» e'aal; pas voua que i'ai tmita de nnicha s c'est dafmîu à parsonoa d'avoir son opwori aur l'bîalwo.

— En route, ordonna Pélissier ; quant à toi, vieille pratiqua,

jbwdra voir h dianger da vays; l'air d'iô pouirait bian n'aïUia i>as

l)on pour toi.

— Pour qui donc qu'il est bon l'air d'ici ? Et où qu'on la rasqaire l'air qui n'est malsain pour paisonno ) Sai^ b pour da ma conduire maigre moi comma un nudpropi^, je m'^q^lîqûeraîa mieuK<i Quand mime, vous voilà à ca mata au bois des Qlastms o^ que Tentrepreneur sau^jm^nnak Farigou l'^naa demàre. En cbarcbamt hi^ on retrouvar«t de» UwH^ morta ladliéaa èi^ aang da la viaiQf aaUmbanqua ^ c'aat pour la Franaina» dont ii a av irop onw à aon tour, iim M Mmà a foutu le lau i k Smta-Bir bât Qmnd

KfffmZ vos ^TAILLC04S ! 27$

mfime, brigadier, vbud vous forcez pour la (aire au gendarme parte ^e vous avez 1 amhitioii du galon et qu'il f a la retraite au bout, mak vous valez mieux que ça, je vous le dis, et vous êtes capable de fttisonAer ; ça crève les yeux. Eh bien, c*est*il vos lois, vos cellules et le bingue qui pourront quelque chose contre la Fatalité > Tout qu*est mal organisé, en haut comme en bas. Vous me faites rigoler avec vos criminels et vos honnêtes gens. Votre bien et votre mal, c'est ce qu'est défençlu, et ce qu'est permis pas plus, et encore çi change avec les pays et c'est pas à chaque siècle la même chose. Quand c*est qu'on apprendra aux hommes à suivre leurs désirs sans nuire à leur prochain ? Vous parlez des révoltés } C'est que vous parlez suis savoir. Moi je dis que le révolté c'est celui qui n'ose pas satisfaire son désir vu qu'il traîne comme une rancune avec lui... Cest pas commode à dire... et ça sera long à venir ! Je plains pas 1 aristo, c'était un fumier, un ennemi du peuple qu'il bernait en le flattant, mais je plains l'entrepreneur comme j'ai plaint Farigou, et pourtant c'est pas des hommes qui marchaient pour une idée. Je plains surtout la gosse qu'était peut-être bien méchante et rapport à qui tous les malheurs sont arrivés. Malheur I deux têtes au bingue parce que la peau de la môme sentait trop bon I

Rémy dit Tabac vit alors qu'on l'avait laissé seul. Il se dressa sur son séant et acheva de s'appliquer bien posément des chaussettes russes autoiur des chevilles, occupation interrompue par l'arrivée clés gendarmes.

— Quand même, dit Gontard à son chef, en ricanant avec une satisfaction méchante, l'énergumène a mangé le morceau malgré tous Ses boniments.

— Faut pas <Ure ça, Gontard, répliqua Pélissier secrètement touché par le sermon confus du compagnon ; s'il savait qu*il l'a vraiment mangé, il serait capable de piquer en Marne comme îl la dit.

— Ça serait à Voir I Quand même on sait où aller.

•*-• Ça n'était pa^ difficile à deviner. Vous allez rester là, Gontard. Lécuyer..; vous, au gros chêne ; Carme, longez le fourré en me tidvaift de Vtâ\ et dépâstet^-moi de trente mètres quand je m'ar*rfterai ; au coup de sifflet, vous vous mettret en communication avec Pompilius. L'honmie ne résistera certainement pas ; c'est vrai

encore œ qu'il a dit c't'espèce d'abruti. Voui vous rassemblerez et vous suivrez à bonne distance* Pitolet et moi nous suffirons à l'encadrer. Sans blague, nous n'allons pas nous mettre à sept à ramener un bonbomme qui ne fait même pas ouf pour que toute la ville se foute de nous. Tout est bien compris ? Gy I A moi, Pitolet.

— Voui, brigadier.

— Alors, Monsieur Marat, on a donc fait du vilain ? II paraît que vous nous attendiez ? On n'a pas été longs à venir. Vaut mieux en finir rapidement, et sans histoires, comme de juste. Vous allez nous suivre bien gentiment, pas vrai ? On n'a pas de bagnoUe, mais ça ne (ait rien ; vous n'avez rien à craindre de personne, la prison est k l'entrée du faubourg de Mulhouse, comme vous savez, et il y a surtout une chose que je peux vous dire, c'est qu'en ville on n'est pas monté contre vous. On vous plaint plutôt, parce qu'avant il n'y avait personne de plus respecté. Je vous le dis. Alors, c'est convenu, vous nous suivez de bonne volonté ?... Ah ! Monsieur Marat, quand on a une femme dans la peau, une femme qui ne vous mérite pas et qu'on n'arrive pas à corriger, je sais que ça peut rendre un homme pire que fou. Tout de même, à votre âge, comment que vous avez pu faire ça ?... Ça en valait-il seulement la peine ? Bien sûr, ça ne se raisonne pas et il n'y a pas grand'chose à répondre... Faut en finir, mon vieux. J'aimerais autant ne pas être forcé de vous brusquer, ni seulement de vous mettre la main dessus. On vous passera les menottes en douce, sans serrer, à la papa... M'entendez-vous seulement ?... Levez-vous I

Marat se leva sans mot dire et tendit ses poings fermés. Ses paupières étaient rougies mais à présent il avait les yeux secs. Sa blouse brillait, piquée de gouttes de rosée.

— Dq;>uis quand que vous êtes là ? demande Pélissier en passant aux poings de l'entrepreneur les menottes que lui tendait Pitolet.

Marat sans répondre baissait les yeux sur les chaînes.

— Alors, ça vous a attiré comme malgré vous... c'est une force qw vous a poussé à venir au même endroit que vous aviez terrassé Farigou ?...

Un tremblement furieux secoua la robuste carcasse de l'entrepreneur. Pélissier en fut ému.

— Vous ne savez naturellement pas ce que c'est que la prison, mais moi je vous le dis» si vous êtes malade on vous y soignera.

— Ode?

Pâissier le regarda surpris ; il n'espérait plus une réponse du prisonnier hébété.

— C'est le docteur Qienevière qui est médecin de la prison ; mais il n'y aura pas d'empêchement à ce que le D' Ode vous visite si vous le réclamez.

— Je ne réclame rien.

— On y est ? En avant.

Marat et les gendarmes partirent du même pas.

— Voulez'Vous fumer ? offrit Pélissier.

— Hein ?

— Je vous demande si vous voulez fumer ?.«•

— Je veux bien.

Pélissier tira de dessous son képi la cigarette qu'il avait à l'oreille, l'embrasa et la tendit à l'entrepreneur. Marat la prit, la OMisidéra d'im air hébété, puis avec une absurde attention et la présenta à Pitolet.

— Fumez-là.

Pitolet et son chef échangèrent un regard entendu.

Marat baissa la tête et hâta le pas. Pâissier avait perdu le goût de l'interroger davantage. Bientôt le trio atteignit à la route où Lécuyer, Gontard et Carme avaient rejoint Pompilius et Varcollier campés sur leurs vélos.

Rémy dit Tabac était là, lui aussi, la besace au côté, le bâton à la main. Pélissier eut de l'humeur en l'apercevant. Mais l'ami de Ravachol sut se taire cette fois, ou tout au moins se réserver pour un autre. Il souleva simplement en l'honneur de Marat, qui ne le vit pas, son vieux feutre aux larges ailes, son chapeau de mousquetaire ou de chansonnier.

Il attendit que le trio fut déjà loin pour dire à Pompilius qui s'apprêtait à suivre, avec les autres :

— C'est une àSaitt qui n'aura pas beaucoup de retentissement ;

2» L'ENTREPIŒNEUR ITILLJUMINAllCIMS

<m mtn piffci pas anime aokiat qpe d» IVâtove F«foa. Mus qu*est-cequejedis ? C'est toujours IsAûreFaBigoii.

*-*> Et pourffttoî qu'oD m'en psckm pis ? Qu'est-ce <pB tous le (utdkis>

— * Vous ne lisez donc pas les journaux ? Pour moi, pour em' pSclnr k guene» et je ne pask pat même des Tcndiis et dtt saka^ de la banque intematicmale et de la métallurgie» pour empâdMT k 8uwni«9 U (audnkd'aboid mkttxaaner k paix.£t ça* les homn^ savent pas, Cest k gnnd malheur I AÎois, dkes-moi ce qu*eik deviendra dans le boucan de k guerre l'aâaire de ce pauvre komme que vous emmenez ?

— * La guerre... c'est pas certain !...

— - Vous verrez !••• et aion, savez-vous une chose, gendanne ) La chose pour laquelle Farigon a donné sa tête et qui va fadre tomber celle de ce malheureux marchand de quatorze juillet fou d'amour, eh bien, ça sen pennis l^ Je vous dis adieu, gendarme ; j'ai besoin d'être seul pour réfléchir, afin de sarvotr s'd faut aller ¥(âr si kSix-Neuf de Nïoicy est toujoun un régiment de nudi^^ si k Suisse c'est si beau qu'on k raconte. Sahit 1

Il safaiA pour de bon, et s'en lut.

A l'entrée du laubourg de Mulhouse, Pélissier et Pitolet aperçurent un monsieur barbu sautant dans k poussière de k route, d'une antique cakche de louage avant que le cocher, vêtu à k façon d'un employé sans travail, eût an€té conplèteraent ses chevaux. Marat marchant tête baissée ne s'aperçut pas tout de suite de ce <9à se passait* Pourtant, un bruit de course frappant ses oreilka» il sortit de son hébétude et leva les yeux. Le £K Ode se dressait devant lui, ses bras grands ouverts précipitamment refermés sur son anû prisonnier, l'étreignant et l'embrmant.

Les yenxdu médadn étaient pkins de knnesdcmt les pinsfeur^ des nnkîent sur ses joues jusqu'à se perdbie en sa belk badbe k k Galiien. Marat trouva k foroe de sourire et de renouvder, wam cette fois en hommage à l'amitié, d'un coeur attendri, k vidlk pki* «anterie du CkA des JcKotm :

— Ce pauvre docteur qui a ks yeux si rouges !

Le D" Ode biedooilk :

-*— le met» it trâu*. j « faut fMKte Mule,., on in*cwt dît...

3 faut vite mealer «n voiliife» c'est pœsiUe, Mûiier > — - MHs«»nnieiit donc, Mcmnear le Docteur, SecocHil les maîiit cnchamées de ton ami, k docteur dk — Chevance voulait venir... le ooeonge loi a nanqué... il m'a

tait promettre de te Œt/t^m^ û est bîeB anaHieuRaxM. râisskr poussa doiicemeal Mamt dans la calèche*

A quatre heures» c'était ce jocir4à le 31 juillet 1914, le tocsin sornia sur Chafceau-ftiard.

— - C'est le feu. Tabouret ? demanda Câine couchée auprès du oonlomner.

— Non, répondit tnuiquillement le poète aux doigts tachés de poix, c'est sûrement la guerre.

— - La guerre ?... «h i misère, £aut que je détale ; Pajou vu en avoir un coup de sang.

— Oui, imA y aller, ma Céline ; c'est plus convenable. *— Mais si... c'est la guerre, est-^e que tu pars aussi ?

— C'tldée foui, que je pars.

— Oàî

— A Épinal, d«ia un fort.

-*- Ah I mis^e de nous I gémtt-eHe en enfilant ses bas. Au Café de la Comédie, le capitaine Fajou, debout sur un guérp* doii de maafhre agitait son képi en criant : Vi^w la France I

— \^e l'armée I lui répondit l'abbé Combanel en secouant à son tour son tncofne.

Albert Grivaut traversait la place en courant. Le D' Ode l'anMa au passage :

*--' Ça y est cette fois r où rejoignez-vous > quel hdpitri ?

— Pas d'hôpital ; le 103® de ligne, à Alençon, et à cheval, moB pauvre vieux, je n'en nsdesœndraâ pas. Et vous ?

-*- A Meaux, aux dragons.

^-^ Pàr&nt, nous nous couionnerons ensemble.

— Ne pkûsiBitez pas, c'est terrible i Le pharmacien serra la main du docteur.

280 L-ENTREPRENEUR D-ILLUMINATIQNS

— Ode» regardez cette vieille bëte de Pajou trinquer avec Tabbé Gxnbanel que je me suis trois ans appUqué k traiter de tartuffe, sans y croire. Sont-ils grotesques ou sublimes ? L'un et Tautre, peut^tre. Et que serons-nous demain ? Ode» n'ayons-nous rien vu de plus affreux que la guerre ?

— Aucune horreur ne lui peut être comparée.

— Oui» elle fera mourir beaucoup de pauvres hommes sans souvenir... ne nous attendrissons pas» mon ami. J'ai quelques soins à donner à mon équipement et la boutique à boucler ; adieu» Ode ou au revoir.

— Et Marat I... Marat !... Marat qui ne verra pas ça !.•• ah I quel départ il nous eut organisé I... il n'y avait que lui pour pavoiser la gare et dresser un arc de triomphe de verdure et d'oriflammes sous lequel on eut fait passer nos mobilisés. C'aurait été beau comme en quatre -vingt treize, l'an deuxl... et que va-t-il devenir» sans nous, sans ses amis I On ne nous rappellera pas d'Allemagne pour témoigner. Le jugera-t-on seulement pendant la guerre ? Ah I voilà Ravageot.

— Mes amis, répondit Ravageot pressé de questions, je suis un juge fataliste qui croit que rien ne peut rien changer au sort du citoyen Marat. Nous entrons dans le délire qui l'a fait vivre ; nous y entrons par la porte rouge de la guerre. Quelque chose s'est effondré tout à l'heure sous le bourdon de la cathédrale. Peut-être nos iils connaitront-ils un joiu' quelque charmant maniaque ivre de notre temps comme Marat fût ivre de la Révolution. Adieu ; ie dédaigne de me faire maintenir comme m'y invite le Président Fanchon. Ma sainte femme de sœur s'interrompra de marier les soies et l'or sur des étoles pour broder sur un fanion : Compagim Raoageot. Je suis capitaine, mes amis, au 374® de réserve, le plus beau régiment de France.

— Et votre système, Ravageot ?... hein» votre théorie du Vaudeville français ?

— Ne souriez pas» monsieur le pharmacien aide-maior ; le système est confirmé et l'ouvrage terminé. Vous le publierez avec l'aide de vos amis de Paris, si je n'en reviens pas. On trouvera les fonds à cet effet chez mon notaire. Au revoir» Ode ; au revoir» ami... bonne chance... Bébert I

— Merci, rép<»Mlit le pliannaden sans broncher ; maïs dix ans pKis tfit je serais parti d'un meiQeur coeur et avec d'autres gars que mes infirmiers, sac au dos et simple griveton, comme on disait rue de Bud. C'est tout ce que je regrette.

Ode soupira :

— Dix. ans plus tôt I... Oui, j'aurais été plus fringant sur ma jument... et puis... l'Allemagne était moins forte... et puis Marat aurait vu ça I... C'est si injuste qu'il ne soit pas là I

— Sacré docteur ! au revoir pour tout de bon.

— Au revoir, Ravageot et si on ne se retrouve pas avant, à l'étape, à Berlm I

— C'est ça, à Berlin... ou à Versailles !

— Oh 1 vous, un juge d'instruction !

— Capitaine Ravageot, docteur, pour vous servir» Bonne chance, et vive la France I

Le Docteur, la tête perdue, cria par trois fois :

— Vive la France I.... Vive la République I... Vive le dtoyen Marat I...

— Chut I fit Ravageot en mettant un doigt sur ses lèvres ; chut I Votre pauvre ami est perdu et si vous criez trop^ fort, c'est peut'^ être l'autre Marat qui vous entendrait, et reviendrait I

Or, dans sa prison, l'entrepreneur d'illuminations avait été secoué par le tocsin et les rumeurs qui montaient de la ville alertée. Animal captif, il tournait autour de sa cellule, longeant les murs et, pour mieux entendre, collant son oreille à ces murs, comme si sa cellule eut été un donjon isolé au centre de la ville ; preuve que le malheureux n'avait plus toute sa conscience.

Qu'entendait-il ? Etait-ce le capitaine Pajou déclarant :

— Nous serons en Alsace avant cinq jours. Mais si, par malheur, il y avait un à-coup, n'oubliez pas que Château-Briard est un admirable centre de résistance. Je prends le commandement des vieux et des gamins et nous refaisons aux Kaiserlichs le coup de Champaubert. Mais la victoire va sourire à nos drapeaux I Mobilisés de Château-Briard, mes chers concitoyens, mes amis ! mes enfants I...

Un cortège s'était formé, précédé de Tabouret portant haut un

m L'ENTREPREWUR mLLWONKIVMS

tacolaMu Ui mlm^ m iomb cb mtfttw ftVHk'Oncidié c ée gaefve. C* awk coanoné pir :

Ciûnaume I

pu» ç avait été :

A B«lki 1 1 BtfGn 1

tur Taîr des lan^Hons. •

Maintenant les voîz harmooiiéei» ajustées par lamftae énotioii profonde cniplissaiesit Fair âectriquc dW c^

Cerf rAbaee ei la Lorramtt CtA FAbam ma mMmfmd /.*• Oh! ohlaklékl

Pajou gueulait» en serre-file, son képi dédoré au bout de softjaBC et Câine k son bras. Et l'on ne oossak de burlo' k oiBlîqiie d'cs« pérancc que pour chanter la ManmUabt :

Aux anoOf dtoyem!

Marat les entendît* kmamm et claqua des dents* Pùia il se ras contne la porte de la oeUidect, la bouche coUée au judas :

— Dupire I Dupîre L. k jour de gloire est arrivé I Naguère» au petit jour, dans les violons municipsux» Farigou

prenait patience en barytonnant :

VoÊdez-vom tirer Fcardant

S"f vous pltOtr r our sortir <fe ut pHsoitt

Si MmpbMI

Nbrat» Tassasûn de Francine par lui reprise à Fangou, et que ne visitait plus k £ant6toie de k brtiée, se prit à brasier :

— * Bandits L. auvrez-4noî L- J'ai trente-<inq ans decaptovifté L Mort aus fycsns !

Et puis :

— Fangou ? Je vous jure que je ne suis pasFarigou* niessiears

les jurés... mon nom c*est Marat» le citoyen Nfarat I... et ) u toute ma tête... vous ne me la couperez pas l...

Le cortège défila à trente mètres de la prison. Le chœur éclata phif farouche, emplissant le cachot du flot de toutes ses voix ;

Aux dnnOy cUotfonl Formez 001 boêaUleml

Le prisonnier parvint k renverser son baquet, d'un coup de pied» Tescalada, et les mobilisés de Château-Briard, échappés à la lente tuerie, se souviennent d'avoir aperçu l'entrepreneur d'illuminations — quelques secondes avant que le dément s'écroula foudroyé "— la face convulsée, ses mains puissantes s'ensanglantant à secouer les barreaux de la lucarne, lançant cet appel héroïque et désespéré, absurde, généreux, superbe :

— Citoyens I... enlevez la Bastille I... prenez la Bastille I.*. \frrt la Nation I...

Ces mots parvinrent jusqu'à l'un des patriotes avant qu'il put savoir qui les avait articulés. Il les reprit à son compte et tout le chœur après lui répondit au martyr :

— \^ve la Nation !

Otiobre 1919. — Septembre 1920.

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