‹ L'entrevue de Bayonne de 1565 et la question de la Saint-Barthélemy d'après les archives de SimancasChapitre 1 sur 7 · DE 1565 ET LA (JUESTION DE LA SAINT-BARTIIÉLEMY · texte numérisé non relu

DE 1565 ET LA (JUESTION DE LA SAINT-BARTIIÉLEMY

Chaque fois qu'il est question de la fameuse entrevue de Catherine de Médicis et de Charles IX, à Rayonne, avec le duc d'Albe et la cour d'Espagne, on se trouve en présence d'allégations contradictoires que rien au monde jusqu'ici n'est venu accorder, et qui se maintiennent inflexibles, comme les deux camps dont elles sont l'image.

Selon les uns, selon Lingard surtout, le plus autorisé et le premier d'entr'eux, il ne se forma à Bayonne, entre les princes catholiques qui se virent là pendant quinze jours, aucune espèce de ligue pour l'extirpation du protestantisme en France et dans d'autres pays. Les recherches de Von Raumer et celles de Mackintosh, ami de Fox et libéral comme lui, ne laissent aucun doute là dessus. Les dépêches secrètes de Salviati, nonce du pape à Paris, au moment du massacre des protestants, ne mentionnent que la blessure de l'amiral Coligny, les colères et les craintes, les embarras imprévus et les résolutions soudaines. Mackintosh a eu raison de les

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publier et de s'en montrer satisfait. 11 n'y a, sur le prétendu complot de 1505 à Bayonne, que des rumeurs, que des soupçons; il n'y a pas de preuves. « C'est bien plus, dit Lingard, « les soupçons mêmes ne sont pas permis. Il n'y a rien dans « les dépêches, absolument rien qui puisse faire soupçonner « que les personnes, assistant à l'entrevue, aient jamais « songé à former la ligue si hautement annoncée. La pré- « sence du duc d'Albe, voilà l'origine de ces suppositions et « de ces bruits, mais que l'histoire enregistre sans pouvoir « s'en servir (1). »

Et vraiment tout semble donner raison au prêtre anglais et catholique John Lingard, le plus grand historien de l'Angleterre depuis Hume et avant Macaulay. J'ajoute que ce serait fort heureux : on est moins responsable de mouvements subits que d'actions préméditées ; et l'on verrait sans peine une tache de moins sur des fronts sinistres et redoutés, sur le front d'une femme qui eut longtemps pour ministre Michel de Lhôpital. Brantôme, qui sait tant de choses et qui, à un endroit ou à un autre, finit par dire tout, n'accuse pas cette femme célèbre, mais plutôt « trois ou quatre autres, dit-il, qu'il nommerait bien, qui furent plus ardents qu'elle, et qui la poussère^it fort. » On devine aisément; ce sont Messieurs de Guise, ennemis personnels de l'amiral. « On ne « saurait, dit-il encore, ôter à plusieurs de la tête que cette « fusée n'eût été filée de longue main, et cette trame cou-

(1) Lingard, hist. d'Angl., t. IV^, p. 157, étlit. iu-S", textes et notes.

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« vée; ce sont abus. » Et raisonnant toujours en courtisan spirituel et en homme du monde, il s'explique cela par la disposition où nous sommes, quand surgit un grand événenement, d'en faire honneur à la prudence, aux calculs profonds, à la dissimulation des reines et des rois, « à quoi « ceux-ci, reprend-il, n'ont pas plus songé qu'en tridet (1), » autant vaut dire à l'antéchrist.

Mais, depuis Bra,ntôme et depuis Lingard, on a marché; on a fait des pr,ogrès dans le champ des découvertes. M. Weiss de Besançon, le savant M. Weiss a publié les volumes nombreux des papiers du cardinal Granvelle, et, dans ces papiers, des lettres du duc d'Albe, toutes adressées au roi Philippe II, toutes officielles et relatives précisément à la fameuse entrevue. Cela fit sensation parmi les historiens et les chercheurs. On tenait enfin les pièces accusatrices, ou du moins les pièces vraies. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire, travaillant à sa belle histoire d'Espagne, et en étant au xvi^ siècle, aux guerres de religion en France liées à celle des Pays-Bas, se mit à les lire, à les examiner, à les étudier ; et quel fut son jugement dans son IX*" volume, article : Catherine de Médicis et Philippe II? « On a souvent répété, «ï dit-il, que le plan de la Saint-Barthélémy avait été arrêté « dans ces conférences de Bayonne. Mais on sait mainte- « nant, à n'en pas douter, par les lettres du duc d'Albe,

(1) Brantôme IP vol., form. panth.. Vie de Cath. de Médîch.

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« qu'on ne put obtenir de Catherine aucun engagement « formel (1). »

C'en était fait; on avait une déception ; l'on n'était pas plus avancé; et n'être pas plus avancé après de pareilles lettres, c'était l'être moins. A la vérité, M. Rosseeuw-Saint- Hilaire nous assurait, dans le même volume, que les deux cours voulaient le même but, l'extermination des protestants, et que la pensée de la Saînt-Barthéle?ny germa dans Vâme de Catherine. Je le veux bien ; mais, à ne consulter que ces quelques lettres du duc d'Albe, l'éloquent et impartial historien va trop loin en s'exprimant ainsi. Il concilie les deux écoles, quand le duc d'Albe ne concilie rien et reste seul de son avis. Il faut voir ses lettres, trois ou quatre, et les réponses qu'on fait à ce duc; car Philippe II personnellement s'était refusé à l'entrevue, quoique Montluc, un des assistants, le pressât par lettre, au nom de la religion, dit le duc d'Albe, para beneficio de la religion, et que le roi de France, Charles IX, dût s'y trouver, mais un roi enfant. Philippe II avait fait partir sans lui sa troisième femme, Elisabeth, fille de Catherine de Médicis, une belle princesse de vingt ans, quand lui en avait quarante, jaloux, ombrageux, redoutant la cour de France, une cour moqueuse, et n'étant présent que par le célèbre duc d'Albe.

Voyons donc les réponses, les premières réponses au

(1) M. Rosseeuw-St-Hilaire, Hist. tVEsp., t. IX, p. 18.

duc d'Albe, brèves, sèches, précises, sans réplique. « Sire, il « faut prendre les armes contre les protestants, dii ce sei- « gneur à Charles IX. — Je n'ai pas envie de ruiner mon « royaume. » On avait fait la leçon au jeune roi, écrit le duc d'Albe, et il la récitait fort bien. « Je sais qui vous retient, « Madame, dit-il à Catherine de Médicis, c'est le chancelier « de L'hôpital. Aucun bien n'est à faire avec ce huguenot. — « Il ne l'est pas. — Si, ma mère, il l'est, répond Elisabeth; « il l'était avant mon départ de France et chacun le savait. — « Ma fille, vous êtes bien espagnole. — C'est mon devoir; « il faut renvoyer le chancelier. — Jamais. — Mais adoptez « au moins le Concile de Trente, dit le duc d'Albe. — Les « choses. Monsieur, ne se font pas en France comme en « Espagne. J'assemblerai des évêques, des conseillers d'État, « des membres du Parlement, et nous verrons. — Mais « l'hérésie fait les plus grands progrès. — Au contraire, « nous gagnons du terrain ; et, si vous voulez, faisons une « Ligue, mais en nous associant l'empereur d'Allemagne. » Elle savait trop bien que la situation de l'empereur en Allemagne, un empereur électif, Autrichien, président plutôt que maître d'une république féodale, enchaîné d'ailleurs par ^a paiœd'Augsbourg, ne lui permettait pas d'accepter. « Mais « le protestantisme, s'écria enfin le duc d'Albe, n'est qu'une « secte de coquins, una bellaqueria^ et si le roi de France « veut perdre un jour son royaume, le roi d'Espagne ne se « soucie pas de perdre le sien (c'est-à-dire les Pays-Bas). Il

« y a deux moyens de détruire le mal » Et la reine-mère

d'ouvrir de grands yeux et d'écouter; car la chose qu'on

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allait proposer, écrit le duc d'Albe, avait été concertée avec le M*' de Moiitluc, avec le duc de Moutpensier et avec le C*' de Bourbon. « Ces moyens, Madame, sont ceux-ci : 1° Donner « ordre aux gouverneurs de province, tous dévoués, hormis « doux, d'expulser immédiatement les ministres et fauteurs « de cette coquinerie; 2" Couper la tête, pour en finir, à cinq « ou six seulement que je connais, » C'est ce qu'il fit luiinêmo, trois ans après, dans la Flandre, sur les C*^^ d'Ep-mont et de Horn, et sur bien d'autres. Catherine cette l'ois ne répondit rien; elle garda un profond silence (1)...

Le lendemain et les jours suivants, on la trouva trèschangée. Elle ne voulut plus traiter de ces questions, si ce n'est dans sa maison à elle, et non dans l'hôtel de la cour d'Espagne. Elle ne parla que de mariages : mariage de Don Carlos, fils de Philippe II, avec Marguerite de France ; mariage de la princesse de Portugal avec le duc d'Orléans^ plus tard duc d'Anjou et Henri III, et ce duc d'Orléans était là, plus jeune que le roi Charles IX. « Voilà le remède au mal, « dit-elle, une plus grande union entre les cours catho- « liques. » Et, de la pièce très-petite où l'on causait, elle se lournait pour regarder la fête, préparée sur la place de Bayonne.

On ne pouvait montrer plus d'indifïérence. Le duc d'Albe

(1) l'apici-R du C^»' Grauvellc. Lettres du dut' d'Allu'. surtout celle Hu 21 juin.

n'en revenait pas ; le C*' Granvelle, dont nous avons une lettre à Philippe II, du 19 juin, pendant les entrevues, en gémissait, sans en être aussi étonné. Le duc d'Albe en resta là ; il sembla quitter la partie et abandonner Catherine à son système de bascule, à son malheureux sort. Sa dernière lettre à Philippe II no parle plus de Catherine et de l'entrevue; il y renonce. Il n'est question que de Marie Stuart, qui est disposée, dit-il, à épouser le fils de Marguerite Lennox (Henri Darnley).

Mais ici se posent, pour compléter l'histoire, fixer les doutes, bannir les obscurités et faire éclater la lumière, les grandes archives de Simancas, établies par Phillippe II même trois ans auparavant. Le savant Lafuente, historien moderne de l'Espagne, ne les a pas vues sur ce point ; il y apportait moins d'intérêt. Il se borne à dire, relatant sans doute ce qu'on pensait également en Espagne, « que le bruit « courut, y es fama, que dans ces conférences de Bayonne « on avait décidé de nouvelles Vêpres-Siciliennes contre les « huguenots de France, unas Visperas-Sicilianas con tos < hugonotes de Francia (1). »

Il a certes bien raison de constater ce bruit, intuition publique de vérité. Seulement on ne pouvait rien exécuter, en matière si grave, avec un prince de quatorze à quinze ans, majeur comme roi, mais enfant, sans volonté, sans ex-

(1) Lafuente, Hisf. d'Esp., t. VII, p. 78, I. II.

périence, et ne pouvant couvrir personne de sa haute responsabilité. Le duc d'Albc d'ailleurs était-il seul à Bayonne avec la reine Elisabeth? N'y avait-il pas d'autres seigneurs, possédant au même degré peut-être la confiance de Philippe II, et peut-être aussi ayant donné prise aux soupçons qu'enregistre T-;ifuente ? Les lettres nouvelles que nous avons trouvées à Simancas, au nombre de six, depuis le 3 février 1565, c'est-à-dire, dès la première demande d'entrevue faite par Catherine, jusqu'au 24 août de la même année, citent d'autres personnages très en faveur aussi auprès du roi et qui étaient du voyage : c'est don Juan de Acuna, capitaine-général de la province de Guipuzcoa et alcade de Fontarabie, celui que Philippe II charge de tout préparer pour l'entrevue, et qui, le 17 juin, écrit qu'il lui a envoyé une relation de tout ce qui s'est passé dans sa province ; c'est Francès d'Alava, un seigneur que Philippe II, dans ses missives, n'appelle que par son prénom, avec les termes d'une amitié familière, et qui fut de toutes les entrevues et dans tous les secrets. Avec lui, avec Francès d'Alava, nous avons l'explication delà correspondance écourtée (lu duc d'Albe. Voici les faits:

Le duc d'Albe continua ses entretiens avec Catherine de Médicis. Il n'était pas homme à lâcher pied sitôt, ayant un auxiliaire comme Elisabeth de France, une fille aimée et belle, que Catherine désirait tant de voir, dont elle était Hère, et qui — le duc d'Albe nous le dit — savait parler. Mais il n'écrivit plus ; il crut sans doute qu'il valait mieux

ne pas écrire; que ce qu'il avait dit ne pouvait rien compromettre, et qu'une continuation de détails épistolaires eût peut-être tout compromis. Les lettres connues sont toutes de Bayonne, et par conséquent du mois de juin, mois de l'entrevue, quoique les deux dernières soient sans date ; et, voici que, le 4 juillet suivant, quand la cour d'Espagne rentre et qu'on est déjà à Saint-Sébastien, Francès d'Alava écrit à l'illustrissime Francesco de Eraso, qui n'est rien moins que le ministre d'État de Philippe II en Espagne : « Monseigneur, le Duc d'Albe fera savoir à Sa Majesté et « à Votre Excellence ce qui a été concerté à Bayonne. » Nous savons tous un peu l'espagnol; mais c'est M. Magnabal qui a traduit nos lettres avec son autorité dans tout ce qui concerne la littérature et la langue espagnole. « El du- « que de Alva significara a Su Majestad y a vuestra si- « gnoria lo que lia concertado, etc. » Donc, entre les lettres du duc d'Albe, insérées dans les Papiers du cardinal Granvelle, et le 4 juillet, il y eut d'autres entretiens à Bayonne, il y eut du nouveau à Bayonne, et c'est avec la reine trèschrétienne, dit-on, avec Catherine de Médicis, con esta reyna christianissima.

J'avoue que je tremblais d'émotion, quand je vis cette révélation de Francès d'Alava, sur un sujet où l'on se passionne encore de part et d'autre, plein de contradiction et de controverse. Et la chose était certaine, arrêtée. La jeune reine Elisabeth montrait un contentement, une ferveur d'exécution incroyables, mosirar Su Majestad contenta-

miento,y erhor principalmente en laesecucion, Lui-même, Francès d'Alava, en sa qualité de vassal du Christ, Christiano basallo, recommandait au ministre cette entreprise, se emplee como yo, en lui baisant respectueusement les mains, y besa las illustrissimas manos. C'était l'esprit des croisades qui vivait encore en Espagne, parce qu'on avait oujours des Maures chez soi ou devant soi, et c'était une croisade, la pire de toutes, qui avait été résolue aux derniers jours de l'entrevue de Bayonne. « AhJ s'écrie Francès « d'Alava, aveuglé par sa passion ultra-chrétienne, l'entre- « prise sera un grand service pour Dieu, séria en ario ser- « vicio de Bios ; » et pour la préciser, il emploie un mot sinistre, d'une effrayante élasticité : « On inartellera ces ^o^Lu'ff^ ^v'- <^ « gens-là, dit-il, que an de mariillar estos eresiarcos. » (1- ^ •»/ /"- .gg bornera-t-on à eux, quoique ce soit déjà trop ? Non ; on

ira chercher et on frappera ceux qui ne sont pas hérétiques de nom, mais qui le sont en réalité, c'est-à-dire, on le voit bien, Michel de l'Hôpital et son parti des philosophes ou politiques, «y oirosque aunque no tienen nombre dello, la S071 (1). »

La lettre de Francès d'Alava n'est pas longue, vingtdeux lignes, mais elle est écrasante ; et, s'il faut la corroborer par une lettre plus longue, un témoignage plus étendu et plus auguste, comprenant dix grandes pages de manuscrit, voici Philippe II, le grave et invisible Philippe II qui

(1) Arcliiv. de Simancas, secrétariat d'État, liasse 147, f* B, ann. 1565.

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va parler, qui va résumer les premières et décourageantes dépêches du duc d'Albe, résumer ensuite les dernières conversations, et les dire à qui ?... Au pape même, par l'ambassadeur d'Espagne, auquel il écrit de sa campagne au liois de Séaovie, le c''' Pacheco. C'est la dernière de nos lettres, du 24 août 1565, et la meilleure. Je dis la meilleure, non pas précisément par ce qu'elle est du roi, non pas qu'elle soit plus forte que celle de son ami Francès, mais parce qu'elle lait la distinction entre la guerre civile, la prise d'armes, les batailles toujours désastreuses, dont Catherine ne voulait à aucun prix, et un autre remède auquel on s'était arrêté. « Prendre les armes, dit Philippe II, » ce qui voulait dire faire la guerre de rues, livrer de nouveau les campagnes aux gens de guerre et à l'invasion des étrangers qui vient toujours s'y joindre, — « c'était une mesure qu'on re- « gardait comme la destruction et la ruine du royaume de « France, era la destruycion y la ruina de aquelreyno. « La reine-mère aimait mieux un autre chemin... Mais, « ajoute-t-il, on parvint à lui démontrer clairement qu'elle « reculait par le chemin qui était de son choix, au lieu « d'avancer, et qu'il fallait en suivre un autre. » Fut-elle persuadée ? « Oui, répond Philippe II au cardinal Pacheco, « S8 persuadio la reyna Madré, et elle se déclara résolue à « porter remède aux choses de la religion, y resoluîo muij « de ver as a porter remedio a estas cosas de la religion. » Mais quel remède, si sa politique à double face, ses colloques, son double jeu ne suffisaient plus et si elle refusait obstinément une nouvelle guerre civile ? Evidemment le

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remède du duc d'Albe, le remède que ce seigneur avait

imaginé avec trois chefs du parti catholique.

Voilà pourquoi elle voulut le dire devant quelques-uns de ses conseillers catholiques, ceux-là sans doute, delante de algunos consejeros siiyos catholicos, ainsi que devant don Juan Manrique, qui descendait de cet illustre Gonzalès, père des sept enfants de Lara, et enfin devant le duc d'Albe, y del duque de Alva (1). Il y est, et par conséquent il n'a pas tout dit dans les lettres de la correspondance Granvelle.

Voilà pourquoi Philippe II s'écrie en triomphant, que le jour où l'on voudra apporter le remède, le sien incontestablement, le remède aura son effet : ce qu'il ne dirait point des armes et de la guerre, dont le succès est incertain : que el dia que lo quisiere remediar, estaremediado (2).

Je multiplie les pourquoi; mais les pièces sont là, je les analyse, et je tire les conséquences. Voilà pourquoi, diraije donc, cette résolution fut tenue secrète, et si secrète, qu'aucune autre personne ne l'entendit que les personnes présentes, esta résolucion fue tan sécréta, alla que ninguna persona la entendio sino los que estavan présentes. La raison en est donnée par Philippe II : c'est que, pour l'application du remède, il y aurait autant de difficulté dans une

(1) Arch. de Sim., secr. d'État, liasse 898, P 92.

(2) Même lettre.

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plus grande confidence qu'il y a de facilité avec le secret : c'est un bon médecin Philippe II, il veut atout prix guérir ses malades : porque, a enienderse, auria dificultad tan grande a rcmediarlo, quanto con el secreto la facUidad.

Philippe II se défie même, qui le croirait ! du Pape, à qui sa lettre doit arriver. « Que Sa Sainteté ne communique la « chose à personne, y asi su Santîdad no comunicarlo a « persona; » pas même à qui? On ne devinerait point : « pas même aux rois très-chrétiens — le mot est au pluriel « — ni lan poco a los reyes christianisimos^ » désignant Charles IX et ses frères, à qui il ne faut pas même s'en ouvrir non plus, ni tan poco. — C'était là le prodige machiavélique, de leur faire exécuter soudainement ce qu'on aurait préparé longuement (1).

On comprend maintenant le mot terrible de Martillar, émané de Francès d'Alava, et le silence de Catherine aux autos-da-fé que proposait le duc d'Albe, silence de réserve intime et non de dénégation. Catherine et lui avaient fini par s'entendre, et les papiers de Granvelle valaient moins par les notifications que par les réticences. Que l'habile directeur des archives d'Espagne, M. Barthélémy Diaz, reçoive ici publiquement l'expression de ma gratitude ! La vérité est faite, et il n'y aura plus à y revenir. Aucune lettre inédite de Catherine ne pourra infirmer, je crois, les déclarations mystérieuses de Bayonne. Les nuages sont dissipés ; le sphinx n'a plus d'énigmes, il est vaincu et découvert.

(1) Mém. Arcli. Même lettre de Thilippe II au Cal Pacheco

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Diontôt par conséquent, Michel de L'Hôpital et ses amis les politiques seront écartés et renvoj'és, pendant que les exécutions en masse commenceront en Brabant; bientôt le courrier du roi d'Espagne, dont parle Brantôme dans la Vie deColigny, Jean Bourachio, qui attend les événements à Paris, pourra partir en toute hâte; il pourra faire le voyage, de Paris à Madrid, dans trois jours et trois nuits, un miracle de train rapide à cette époque, et annoncer à Philippe II le pendant des massacres de Flandres. Tout devait peu à peu arriver, pas tout de suite, selon les occasions et le temps, sans rien préciser d'avance; mais cela devait arriver, cela arriva, et Catherine de Médicis est bien la grande coupable. Qui oserait s'en plaindre? Que pourrait gagner le catholicisme à vouloir blanchir une telle figure? Et d'autre part, la religion n'a rien à voir dans les fautes des hommes. «;i ce n'est pour les juger toutes, les proscrire et les condamner.

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