ACTE QUATRIEME
EVAN
A quoi bon vous expliquer une chose que vous devinez parfaitement?
LA REINE
Moi? Je vous jure que je ne devine absolument rien. (a part.) D'où vient cet homme? est-il des nôtres?
EVAN
Eli bien, à force de chercher, j'ai trouvé le secret, j'ai poussé le ressort et la porte s'est ouverte.
LA REI>"E
Quel secret? quel ressort? quelle porte?
EVAN
La porte qui communique...
LA BEINE , à part.
Est-ce un ami?
EVAN
Eh bien, alors...
(Il se met à genoux.
LA REINE
Mais, d'abord, relevez-vous, monsieur; cette position à mes pieds est une offense, du moment où elle n'est pas un hommage.
EVAN
Vous êtes bien sévère, madame, pour un homme qui croyait cependant avoir quelque droit à votre reconnaissance, et qui, ayant reçu cette bague en échange du service qu'il vous a rendu...
LA REINE
Mais, en vérité, monsieur, savez-vous à qui vous parlez?
Je parle à l'esprit, à l'ange, au démon, à la fée, au lutin, à
la femme que je poursuis, on plutôt qui me poursuit depuis mon arrivée à Londres.
LA REINE
Quoi !... Moi, monsieur, je vous poursuis?... Mais il faut que vous soyez fou pour me dire de pareilles choses.
EVAN
Eh bien, oui, je suis fou... j'en conviens... Je suis fou d'avoir cru qu'un dévouement dans lequel je risquais ma vie, éveillerait un sentiment de reconnaissance, si faible qu'il fût, dans le cœur de la femme qui en était l'objet! Je suis fou de vous suivre à travers les murailles, les portes secrètes, les escaliers dérobés, les appartements inconnus, où je me perds comme dans un labyrinthe, quand mes amis m'attendent, comptent sur moi, m'accusent peut-être de les trahir ! Je suis fou, si j'y tuis venu pour autre chose que pour vous dire : Reprenez cette bague, madame, qui, du moment où elle est niée par la iiiain qui la donna, n'a plus d'autre valeur à mes yeux que celle de l'or et de la pierre précieuse qu'il enchâsse. Prenez, madame, prenez.
LA REINE
Mais, monsieur, je ne puis prendre celte bague.
Pourquoi ?
LA REINE
Parce que je ne la connais pas, parce qu'elle n'a jamais été ma propriété, parce qu'elle ne vient pas de moi, enfin.
Vous ne la connaissez pas?... Ah! par exemple! vous la portiez à la main gauche, madame, à la même main que vous avez passée sous mon bras, quand vous avez réclamé ma protection sur la place de White-llall... Elle n'est point votre propriété? elle ne vient pas de vous? Et qui donc l'a apportée