ACTE PREMIER
JULIE
Oui.
NOÉMIE, inquiète.
Ne vaudrait-il pas mieux renouer petit à petit ?...
JULIE
Non. J'ai un penchant décidé pour les situations nettes. Puisque je dois la rencontrer tous les Jours, je préfère épuiser dès la première entrevue le sujet que, sans cela, nous aurions continuellement à l'esprit. Ensuite, nous serons banales avec sécurité...
NOÉMIE
Julie, à mon idée, ceci est encore de l'exaltation. Je l'ai remarqué bien des fois, dans la vie les choses s'arrangent d'elles-mêmes quand on les laisse aller... La Providence s'en mêle, voiià ce qu'il faut se dire.
JULIE
Que sa volonté soit faite! Je m'y soumets. .. Seulement, la vie me serait impossible dans un état de dissimulation perpétuelle. M'humilier, me frapper la poitrine, reconnaître mes torts, tant qu'on voudra : j'ai été religieuse. Mais au couvent on ne m'a pas appris à regarder en face une personne qui serait séparée de moi par un énorme secret. Les sœurs ne sont pas parfaites... Nous avions de petites bouderies, des piqûres d'épingles... De vrais enfantillages... Ici ce n'est oas le cas... Je parlerai à Jeanne.
NOÉMlÉ.
Comme tu voudras... J'emmènerai Christine faire un tour dejardin.
JULÎE.
Clirisline !... La lettre qu'elle m'a écrite pour m'aiinoncer la mort de sonpère m'a été au cœur... je la verrai avec plaisir.
NOÉMIE
Tu n'auras pas de déception... La douceur et la genti^liesse même, quoiqu'on l'ait beaucoup gâtée quand elle était petite... Elle était si délicate l
JULIE
Alors, elle aussi ?...
NOÉMIE
Née à sept mois... On a eu de la peine à l'élever... Enfin, de ce cùté là, les conséquences ne sont pas graves, car il n'y a pas en France de plus jolie ni plus forte jeune fille... C'est à toi seule, ma pauvre enfant, que ta folie a porté malheur... Les voici !...