‹ L'envers d'une sainte, comédie en trois actesChapitre 20 sur 66 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

La cousine Noémie vous a-t-elle dit qu'elle me plaisante parfois du vif sentiment d'admiration que j'éprouve pour vous? De ce côté-là, il n'y a pas de

désillusion.

JULIE

Vous n'y êtes pas du tout, Jeanne... Je ne mérite aucune admiration... J'ai péniblement lutté pendant des années, pour ne pas avancer beaucoup, allez, dans la voie de l'abnégation. Et puisque vous êtes si franche, laissez-moi ne pas être en reste de sincérité. Je vous vois prête à devenir ma sœur. Vous alliez me proposer, si je ne me trompe, une de ces amitiés précieuses qui reposent sur l'estime et une discrétion absolue... Eh bien, cela n'est pas possible... Quoi que vous puissiez penser de mon caractère, ouvrez les yeux et constatez qu'il manque de souplesse... Je suis une recluse... L'habitude est prise de me renfermer en moi-même... Il y a une aridité d ame qui ne se guérit pas. Vous me verrez souvent, nous serons compagnes de tous les jours, mais il y a un degré de confiance mutuelle que nous ne franchirons plus.

JEANNE, «ésolée et déroutée.

0 Julie, que vous me traitez durement !... En quoi l'ai-je mérité ?... Ainsi vous acceptez comme une chose toute simple, que nous soyons compagnes de tous les jours, sans avoir pu rester amies l'espace d'une heure?... J'en ai un grand chagrin, mais je ne puis m'imposer à vous... J'étais pourtant si fière de m'appeler votre sœur... Ce titre, que vous repoussez, je me croyais tenue de vous l'offrir... Celui qui a brisé votre vie, ne faisait qu'un avec moi, et il me semble si juste que ce soit sa femme qui panse les blessures qu'il a faites... Ce sentiment-là, Julie, qui le comprendra si ce n'est vous? Je me suisélevée

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jusqu'à lui dans rurdcnL désir de vous ressepnbler un peu.

JULIE

Jeanne, vous me faites rougir... Songez que je dois autant que possible continuer dans le monde une existence de religieuse... Ma vie sera très isolée... Je comprends ce que votre démarche exige de noblesse et je l'envie. C'est tout ce que me permet la grandeur d'âme que vous vantez tant, et dont il n'est pas difficile d'atteindre la cime, allez»

JEANNE

Au moins, puisque vous repoussez mon amitié, vous ne refuserez pas celle de ma fille... Au couvent vous étiez adorée de vos élèves. Serez-vous bonne pour Christine ?

JULIE

C'est à moi qui ai failli la tuer dès sa naissance que vous demandez cela?

JEANNE

Toujours cet affreux souvenir!... Oui, je le demande... Christine m'accable de questions sur vous... dont elle a entendu exalter les méritas par une ou deux pensionnaires du Sacré-Cœur qui viennent ici tous les ans i\ l'automne. C'est Christine f|ui a tenu fi vous annoncer elle-même la mort de son père... Elle m'a suppliée de lui abandonner ce soin, avec une insistance inexplicable... Je la vois prête à vous aimer tendrement, pour peu que vous ne la rebutiez pas, et son allection vous sera d'une grande douceur.

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