‹ L'envers d'une sainte, comédie en trois actesChapitre 23 sur 66 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JULIE

Il n'écoutait donc pas quand votre mère disait tant de bien de moi?

CHRISTINE

C'est depuis que papa est mort, dans nos conversations, le soir, maman raconte sa jeunesse, comment elle a connu papa quand il habitait Paris... De fil en aiguille, elle énumère les personnes de ce temps-là qui vivaient autour d'eux... Vous surtout... Une femme remarquable, intelligente, courageuse... Oh si vous l'entendiez !...

JULIE

Dieu m'en garde!... Expliquez-moi une chose: puisque c'est depuis la mort de votre père qu'on fait mon éloge, oii avez-vous pris l'inspiration de m'écrire si gentiment pour m'annoncer la triste nouvelle?...

CHRISTINE, troublée.

Comme parente, vous deviez être prévenue, et maman était anéantie. 11 a fallu penser à tout.. .

JULIE, la reg?\rdant fixement.

Êtes-vous bien sûre qu'elle était anéantie au point de m'oublier?

CHRISTINE, rougissant et détournant la tête

Peut-être pas, mais...

JULIE, lui prenant la main.

Mon enfant, un autre motif a dicté votre lettre. . . On n'écrit pas aussi tendrement à une inconnue... Il y avait des mots partis du cœur. . . J'ai été profondément touchée... Et à peine si vous saviez mon nom !

32 LFNVKHS D UNE SAINTE

CHRISTINE, se remeltanU

Oh que si !.. . Mademoiselle Dupré, qui a été trois

ans dans voire classe, me l'a lait connallre depuis longtemps... Elle ne tarit pas sur votre compte.

JULIE

Mademoiselle Dupré?

Elle est petite fille de monsieur Dupré Tinspecteur des forêts en retraite. Tous les ans elle vient chez son grand-père, et nous nous voyons beaucoup. Elle dit qu'aucune des dames du Sacré-Cœur ne vous va jusqu'à la cheville,

JULIE

Hélas! je viens de prouver que ces dames vivent dans une région trop haule pour moi!... Fiez-vous donc à la popularité !... D'ailleurs, je suis bien aise que mademoiselle Dupré garde bon souvenir de son ancienne maîtresse... Toujours est il, Christine, que vous saviez au moins mon nom, je le reconnais. De mon coté, je m'inquiétais de vous... Du lond de ma solitude, je m'informais de votre santé. On prétendait que vous n'étiez pas très robuste. 11 n'y paraît guère.

CHRISTINE

J'ai été excessivement délicate... Quand j'étais toute petite on a craint de me perdre.

JULIE

Des convulsions ?

CHRISTINE

Non, un accident... La nourrice m'a laissé tomber.

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